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SaharaLa nomination de Peter Pham, pro-Maroc, bloquée au Département d’Etat

26.08.2017 à 11 H 45 • Mis à jour le 26.08.2017 à 12 H 04
Par Kenza Filali
La nomination de J. Peter Pham, un allié du Maroc, en tant que prochain secrétaire adjoint pour les affaires africaines au Département d'Etat américain, a suscité une levée de boucliers de la part du sénateur de l’Oklahoma, James Inhofe, connu pour ses positions pro-Polisario. Une obstruction dont l’issue demeure toutefois encore incertaine

Un sénateur républicain a menacé de bloquer le choix de l’administration Trump dans sa conduite de la diplomatie américaine en Afrique, évoquant un désaccord sur le statut du Sahara occidental avec le Maroc, selon des sources diplomatiques américaines citées par Foreign Policy.


L’administration américaine avait prévu de nommer l’universitaire J. Peter Pham, en tant que prochain secrétaire adjoint pour les affaires africaines au Département d’Etat. Mais il n’a pas encore annoncé la décision en raison d’objections du sénateur de l’Oklahoma, James Inhofe, connu pour ses positions pro-Polisario. Celui-ci voudrait que l’administration Trump prenne « une position plus ferme sur le statut du territoire contesté au Maroc ».


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Plus de sept mois se sont écoulés depuis l’élection de Trump et son administration n’a pas réussi à combler de nombreux postes supérieurs au Département d’Etat et à travers le pouvoir exécutif en raison de la désorganisation et de la lutte des clans qui prévaut autour des postes clés et des mesures jugées répressives à l’encontre de candidats du camp adverse à Trump.


Mais, dans ce cas, relève Foreign Policy, « un sénateur républicain seul réprime une nomination qui aurait autrement bénéficié d’un large soutien bipartite au Sénat ».


Sans secrétaire adjoint pour l’Afrique en place, et des ambassadeurs clés encore non affectés en Afrique du Sud et en République démocratique du Congo, les critiques affirment que « l’administration est sans direction lorsqu’il s’agit de définir des politiques sur une série de problèmes qui affectent le continent ».



La Maison Blanche, ce mois-ci, a finalement nommé un directeur principal pour l’Afrique au Conseil national de sécurité –  Cyril Sartor de la CIA –  après plusieurs mois de vacance du poste.


L’administration américaine a reporté en juillet une décision sur la suspension permanente des sanctions contre le Soudan. Les responsables actuels et anciens des États-Unis et les experts en Afrique ont accusé la Maison Blanche du retard à nommer des fonctionnaires à des postes supérieurs chargés de la politique africaine. Le Département d’État a rejeté les critiques en disant qu’il fallait plus de temps pour évaluer pleinement la question.


Avec tant de postes en Afrique encore vacants, un membre du Congrès a déclaré que l’administration risquait d’être prise au dépourvu par une grave crise humanitaire ou de sécurité, en particulier au Congo, où les tensions augmentent.


Les fonctionnaires de l’administration tiennent des pourparlers avec Inhofe pour essayer de résoudre le différend, mais il n’est pas clair si le sénateur d’Oklahoma est prêt à retirer ses objections, ont déclaré les adjoints du Congrès.


Il n’est pas clair encore précisément ce qu’Inhofe exige de l’administration ou s’il encourage une alternative au candidat de l’administration qui a les faveurs du Maroc.


Le bureau d’Inhofe a refusé de commenter l’affaire, disant qu’il ne discute pas des propositions de nomination avant qu’elles ne soient annoncées. Et l’administration Trump n’a pas répondu non plus aux demandes de commentaires transmises par la presse.


Inhofe, plus connu pour ses positions critiques vis-à-vis des effets du changement climatique, défend depuis toujours les thèses du Polisario.



« Le peuple du Sahara occidental a langui dans des camps désertiques depuis plus de 30 ans alors que le conflit n’est pas résolu », avait déclaré Inhofe en 2010. « J’ai visité les camps et j’ai rencontré leur chef (…) et perçu la persévérance et l’espoir qu’un jour ils jouiront des droits fondamentaux que tous les humains méritent –  le droit à la vie et à l’autodétermination », avait-il déclaré.


Inhofe et plusieurs autres membres du Congrès ont exhorté le Maroc à organiser un référendum sur l’indépendance du territoire et souhaite que les États-Unis appuient la tenue de ce vote. « Au cours des années, les États-Unis, qui valorisent la coopération du Maroc dans d’autres fronts, ont choisi de ne pas faire pression pour un plébiscite ou de reconnaître le gouvernement du Sahara occidental et ont favorisé une plus grande autonomie pour la région », commente Foreign Policy.



Le magazine rappelle que « le gouvernement marocain a dépensé des millions de dollars au cours de la dernière décennie pour son lobbying à Washington contre l’indépendance du Sahara occidental ». Le Polisario a également cherché à défendre ses thèses devant le Congrès mais « leurs dépenses de lobbying ont pâlit en comparaison », avait commenté Foreign Policy.


Malgré l’accent mis par Inhofe sur la question, le secrétaire adjoint aux affaires africaines ne supervise pas l’élaboration des politiques pour le Maroc, qui relève du Bureau des affaires du Proche-Orient du Département d’Etat, rappelle le média américain.


Pham, actuellement directeur du département Afrique à l’Atlantic Council, a consacré sa carrière à l’étude des enjeux africains. Il a été Conseiller lors la campagne présidentielle du sénateur John McCain de 2008 et de Mitt Romney en 2012. AllAfrica avait d’abord signalé que Pham, un républicain, était le premier choix pour le poste de secrétaire adjoint.


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Malgré ses racines républicaines et ses vues controversées sur les questions de sécurité, Pham a forgé des contacts et des amitiés avec d’autres experts africains à travers le spectre politique, y compris le militant des droits humains John Prendergast, qui a travaillé dans l’administration Clinton, et en sa qualité de fondateur du projet Enough qui vise, entre autres, à mettre fin aux génocides en Afrique.


Prendergast a déclaré qu’il croyait que Pham était bien outillé pour la fonction et qu’il ne serait pas entravé dans sa mission n’ayant jamais servi au Département d’Etat.


« Peter a une expérience en Afrique profonde », a déclaré Prendergast au Foreign Policy. « Il a eu de bonnes relations avec beaucoup de nos meilleurs diplomates, donc le facteur expérience sera moins déterminant ».

Par Kenza Filali
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