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ExécutifGenZ212 : le gouvernement « tend la main » aux jeunes, mais dans un cadre qu’il veut « institutionnel »

02.10.2025 à 22 H 05 • Mis à jour le 06.10.2025 à 09 H 47 • Temps de lecture : 6 minutes
Par
Younès Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Mustapha Baïtas, porte-parole du gouvernement, et Abdeljebbar Rachidi, secrétaire d'État chargé de l'Insertion sociale, lors du point de presse donné à l'issue du conseil de gouvernement tenu le 2 octobre 2025
Face aux manifestations du mouvement GenZ212, les déclarations du Chef du gouvernement, suivies par celles du porte-parole de l’exécutif Mustapha Baïtas et ses collègues Younès Sekkouri et Abdeljebbar Rachidi, dessinent une ligne commune : un appel au dialogue, mais sous conditions. Derrière les chiffres et les promesses de réformes se dessine la volonté de garder l’initiative, tout en canalisant la contestation dans un cadre institutionnel

Il a fallu près d’une semaine pour que le gouvernement réagisse enfin aux manifestations du mouvement GenZ212. Après les déclarations du Chef du gouvernement, qui a affirmé que le gouvernement est prêt à dialoguer avec les jeunes, le point de presse du porte-parole de l’Exécutif, Mustapha Baïtas, a permis de nuancer la position de ce dernier.


Aux côtés de Baïtas, Younès Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, et Abdeljebbar Rachidi, secrétaire d'État chargé de l'Insertion sociale, ont également pris part à ce point de presse. Les trois responsables gouvernementaux ont repris la même rhétorique : affirmer la volonté d’écoute et de dialogue, mais en fixant les termes et les contours d’un débat qui doit, selon eux, se dérouler dans un cadre institutionnel strict.


La jeunesse entendue et légitimée

Pour Mustapha Baïtas, la réaction de l’exécutif n’a pas tardé. Le porte-parole rappelle que « le Chef du gouvernement a fait part clairement de la compréhension de ces revendications et de sa disposition à s’engager dans un dialogue sérieux et responsable ». Selon lui, « ce dialogue requiert deux parties » et l’exécutif a exprimé sa volonté « depuis des jours » d’amorcer le processus « immédiatement ».


Sauf que dans les faits, ce n’est pas le gouvernement en tant que tel qui s’était exprimé au cours des derniers jours, mais bien la coalition de la majorité, à travers un communiqué publié en début de semaine. L’exécutif, lui, était resté silencieux, et ce n’est qu’à l’issue du conseil de gouvernement de ce jeudi 2 octobre que sa position officielle a été présentée.


En tout cas, et que ce soit par la voix des partis de la majorité ou de ses ministres, le gouvernement Akhannouch insiste sur cette ouverture sur les voix et les « expressions  » de la jeunesse. Là encore, la légitimité de la colère de la génération Z est reconnue. Sekkouri admet d’ailleurs que « la mobilisation des jeunes est liée à la réalité qu’ils vivent eux et leurs familles », faisant écho aux déclarations de sa consœur pamiste Fatima Ezzahra El Mansouri.


Si pour sa part, Baïtas tempère le propos, il rejoint toutefois la position qui reconnaît les griefs d’une jeunesse s’insurge aujourd’hui contre une injustice qu’elle considère avoir trop longtemps perduré. « Le chef du gouvernement a clairement fait part de la compréhension de ces revendications », souligne ainsi le porte-parole du gouvernement.


Des attentes anticipées ?

Au-delà d’une simple reconnaissance, le gouvernement serait sur la même longueur d’onde que les jeunes qui mènent ces protestations, estime Baïtas, insistant sur le fait que l’exécutif « s’est fermement engagé, de manière volontariste, dans le chantier de réforme du système de santé, qui a hérité d’un ensemble de dysfonctionnements accumulés durant des décennies  ». Une idée également reprise par Sekkouri, qui rappelle que « le gouvernement a effectivement commencé à mettre en œuvre un ensemble de programmes liés aux revendications de la jeunesse  ».


Pour appuyer son propos, Baïtas met en avant les chiffres : « Le budget du secteur de la santé est passé d’environ 20 à près de 32 milliards de dirhams, tandis que celui du secteur de l’éducation a dépassé les 80 milliards, contre 50 milliards auparavant ».


Ces données, affirme-t-il, « illustrent la prise de conscience du gouvernement de l’ampleur du retard accusé dans ces deux secteurs stratégiques ». Mais, au-delà des montants, le ministre a insisté sur l’objectif, qui est de « rétablir la place de l’hôpital et de l’école publics quant aux prestations des services de base  » et « consolider les valeurs nationales, religieuses et sociétales ».


Des objectifs qui n’ont vraisemblablement pas encore été atteints. Dans le secteur de la santé, la colère sociale actuelle trouve ses racines dans les vives manifestations provoquées par la série de décès « évitables » dans l’hôpital Hassan II d’Agadir. L’acuité des dysfonctionnements du secteur a été telle que le ministre de tutelle Amine Tehraoui a pris une batterie de mesures drastiques, impliquant le limogeage de plusieurs responsables, suivies par une série de visites dans différents hôpitaux du Royaume.


Le gouvernement tend la main…

Tout en défendant son bilan, le gouvernement se dit prêt à mieux faire. Plus que cela, « la main du gouvernement est tendue et prête au dialogue », déclare Rachidi. Le secrétaire d'État chargé de l'Insertion sociale insiste aussi sur la volonté du gouvernement Akhannouch de passer à l’action. « Nous ne nous contenterons pas d’écouter, mais nous sommes prêts à établir un agenda, à honorer nos engagements et à prendre en compte les différentes expressions de la jeunesse », déclare-t-il.


Un engagement réitéré par Sekkouri. À son tour, ce dernier confirme que le gouvernement est prêt à « traduire ces revendications en actions concrètes  ». Et d’ajouter : « Nous sommes à un stade qui requiert le lancement et la structuration d’un dialogue sur l’ensemble des questions importantes et non pas seulement celles liées à la santé et à l’enseignement  ».


… mais dans un cadre précis

Mais cette ouverture ne va pas sans conditions. Pour le ministre, la première étape consiste aujourd’hui à organiser un dialogue avec les manifestants, qui doit être « institutionnel  », « en présentiel » et « en toute transparence », afin de mettre sur la table la liste des revendications, de présenter la réponse gouvernementale, puis de lancer le processus de mise en œuvre des engagements dans des délais raisonnables.


Ainsi, un hic apparaît déjà à partir de ce que Sekkouri qualifie de la première étape : pour se faire entendre et voir leurs revendications traitées, les jeunes doivent jouer selon les règles du gouvernement et dans un cadre traditionnel. Selon lui, il ne suffit pas d’écouter les revendications : il faut d’abord définir les thèmes « discutables », fixer un calendrier et organiser les échanges selon un protocole précis.


« Nous voulons porter le débat sur les revendications de la jeunesse de l’espace virtuel et de la rue à un dialogue au sein des institutions », ajoute de son côté Rachidi. Le responsable insiste en effet sur l’importance d’un dialogue avec les jeunes, « porté par le gouvernement ou les partis politiques et même au sein du Parlement  », tous disposés à abriter le débat public sur les questions sociétales qui constituent l’agenda des revendications de la jeunesse.


Cette approche, technique et institutionnelle, laisse peu de place à la spontanéité et à l’exigence d’une jeunesse qui non seulement veut voir ses préoccupations traitées rapidement et de manière concrète, mais ne s’identifie plus aux structures politiques traditionnelles, aux partis et aux instances qu’elle juge déconnectés de sa réalité quotidienne. Alors que l’exécutif reste attaché aux mêmes règles du jeu que le mouvement GenZ212 a été créé pour contester, il faudra probablement encore attendre pour voir les pouvoirs publics réellement interagir avec les voix des jeunes. D’autant plus que, comme le souligne Sekkouri, encore faut-il « identifier clairement les interlocuteurs ».

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