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ArmementHarmattan AI s’allie aux FAR pour produire des systèmes de défense autonomes

17.06.2026 à 22 H 35 • Mis à jour le 17.06.2026 à 22 H 35 • Temps de lecture : 6 minutes
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La licorne française, adossée à Dassault Aviation, annonce avoir signé avec les Forces Armées Royales un accord prévoyant la production locale de systèmes autonomes, un centre de recherche dédié à l'intelligence artificielle militaire et des coopérations académiques

Harmattan AI, jeune entreprise française devenue en moins de deux ans la première licorne du secteur de la défense dans l'Hexagone, a annoncé le 17 juin la signature d'un « partenariat stratégique majeur » avec les Forces Armées Royales (FAR).


Selon Harmattan AI, l'accord traduit la décision du royaume de déployer « à grande échelle à partir de 2026 » des capacités de défense aérienne autonome de nouvelle génération, et de se doter d'une base industrielle de défense souveraine. Trois chantiers sont confiés à l'entreprise : l'implantation, sur le sol marocain, de capacités de fabrication de systèmes autonomes, la création d'un centre de recherche et développement consacré à l'intelligence artificielle appliquée aux systèmes de défense, et la conclusion de partenariats avec des établissements marocains d'enseignement supérieur et de recherche. « Ce partenariat démontre notre capacité à accompagner des nations souveraines dans le développement de leur base industrielle de défense », y déclare Mouad M'Ghari, PDG et cofondateur de Harmattan AI, qui présente l'accord comme « les fondations d'un partenariat de long terme ». Signe concret de cet ancrage, le Maroc figure désormais parmi les implantations affichées par l'entreprise, aux côtés de la France, de la Suisse, des Émirats arabes unis, du Royaume-Uni et des États-Unis.


Le communiqué se garde toutefois de préciser la nature exacte du dispositif, se bornant à évoquer des « capacités de défense aérienne autonome ». Plusieurs analystes en renseignement de sources ouvertes sont allés plus loin dans la lecture affirmant qu’il s’agirait d’un réseau national automatisé de défense aérienne destiné à contrer les menaces aériennes sans pilote, soit une interprétation résolument tournée vers la lutte anti-drones. Une interprétation icohérente avec le cœur de métier de Harmattan AI.


L'entreprise commercialise des capacités de défense aérienne très courte portée, parmi lesquelles son intercepteur autonome Gobi, conçu pour détecter, cibler et neutraliser une menace en moins d'une minute, y compris des munitions rôdeuses du type Shahed-136, ainsi que des plateformes de renseignement et de commandement. Un maillage automatisé d'interception relèverait donc bien de son domaine de capacités.


Un fondateur né au Maroc en 2000

Fondée en avril 2024 par Mouad M'Ghari, né à Rabat en 2000, de nationalité française et formé à Polytechnique, à l'École normale supérieure puis au Massachusetts Institute of Technology (MIT), Harmattan AI s'est imposée à un rythme inédit dans un secteur réputé pour ses cycles longs. Le 12 janvier, elle a bouclé une levée de fonds de série B de 200 millions de dollars (M $) menée par Dassault Aviation, qui la valorise à 1,4 milliard de dollars (MM $) et lui ouvre la perspective de développer les fonctions d'intelligence artificielle embarquée du futur Rafale F5 et des drones de combat appelés à l'accompagner. Son carnet de commandes connu restait jusqu'ici cantonné au périmètre européen : un millier de micro-drones notifiés par la Direction générale de l'armement (DGA) française pour l'armée de terre à l'été 2025, 3 000 systèmes autonomes pour le ministère britannique de la défense, et une coopération avec l'ukrainien Skyeton. S'il se confirmait dans ses modalités, le contrat marocain constituerait à la fois sa première implantation industrielle hors de France et son premier débouché annoncé au-delà de la sphère de l'OTAN et de l'Ukraine.


Pour le nouveau projet avec les FAR, une implantation est prévue au Maroc. Un directeur général pour Harmattan Maroc a déjà été désigné, apprend Le Desk. Il s'agit d'Amir Benmhajoub, profil similaire à celui de Mouad M'Ghari, lui aussi polytechnicien. Benmahjoub rejoint Harmattan après avoir passé plus de six ans chez un géant américain de la tech, Palantir.


Une industrie militaire en gestation

L'annonce s'inscrit dans un programme que Rabat structure méthodiquement depuis cinq ans. Promulguée en juillet 2020 et entrée en vigueur en 2021, la loi n° 10-20 relative aux matériels et équipements de défense et de sécurité a posé le socle juridique d'une base industrielle nationale, en encadrant la fabrication, l'importation et l'exportation d'armement, jusque-là dépourvues de cadre dédié. Sur ce fondement, le conseil des ministres présidé par le Roi Mohammed VI a approuvé, le 1er juin 2024, la création de deux zones d'accélération industrielle (ZAI) réservées à la défense, en application de l'article 55 de la loi. Leur aménagement a été confié, par décret du 22 mai 2025, à une coentreprise réunissant l'Agence des logements et équipements militaires (ALEM) et MEDZ, filiale de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) : la Société de gestion des zones industrielles de défense, qui prolonge un accord stratégique signé en novembre 2023 entre l'Administration de la défense nationale, les ministères de l'Économie et de l'Industrie, la CDG et l'ALEM. Les premiers investisseurs y sont attendus à partir du premier trimestre 2027.


Ce dispositif a déjà attiré plusieurs industriels étrangers, sur le principe du transfert de technologie. L'Indien Tata Advanced Systems a inauguré en 2025 une usine de véhicules blindés à Berrechid, le Turc Baykar, via sa filiale Atlas Defence, doit entretenir des drones à Benslimane, où s'élève par ailleurs un centre de maintenance d'avions militaires associant MEDZ, le belge Sabena et l'américain Lockheed Martin. Thales y a ouvert un site de maintenance aéronautique à Benslimane. D’autres projets israéliens dans l’industrie des drones, à l’instar de BlueBird avec le SpyX, sont aussi dans le pipe. L'arrivée d'une licorne française spécialisée dans l'IA de défense, étendrait ce périmètre, jusqu'ici dominé par les blindés, les munitions et la maintenance aéronautique, au segment plus avancé des systèmes autonomes et de l'intelligence artificielle embarquée.


Jusqu’ici Harmattan AI ne livre par ailleurs aucun paramètre chiffré, ni montant, ni volume, ni calendrier précis, ni localisation des futurs sites, pas davantage de précision sur leur éventuel rattachement à l'une des deux zones d'accélération industrielle. Enfin, si Dassault Aviation est devenu en janvier l'actionnaire de référence de Harmattan AI, rien ne l'associe à ce stade à l'accord conclu avec Rabat.

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