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ÉconomieBudget économique exploratoire 2027 : le HCP prévoit une croissance de 4,8% en 2026, et de 3% en 2027

20.07.2026 à 08 H 35 • Mis à jour le 20.07.2026 à 15 H 23 • Temps de lecture : 5 minutes
Par
Chakib Benmoussa, Haut-Commissaire au Plan.
Selon le Budget économique exploratoire 2027, publié par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), l'économie marocaine table sur une croissance de 4,8 % en 2026 avant un retour à un rythme plus modéré en 2027. Les détails

Le Haut-Commissariat au Plan a publié son Budget économique exploratoire 2027, un exercice de cadrage macroéconomique qui projette la trajectoire de l'économie marocaine à l'horizon 2026-2027, dans un contexte international marqué par l'escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Le document situe le point de départ de ce choc début 2026, avec la paralysie du détroit d'Ormuz, qui a renchéri les cours des matières premières et perturbé les chaînes d'approvisionnement mondiales. Selon les projections du HCP, la croissance planétaire devrait ralentir à 3 % en 2026, contre 3,5 % en 2025, avant une reprise limitée à 3,4 % en 2027.


Ce ralentissement touche l'ensemble des grandes économies. Les pays avancés verraient leur croissance reculer à 1,7 % en 2026, pénalisés par la flambée des coûts énergétiques qui pèse sur le pouvoir d'achat des ménages européens et japonais. Les États-Unis résisteraient mieux, portés par l'investissement privé dans l'intelligence artificielle et une politique budgétaire expansionniste, mais au prix d'un déficit public maintenu à 7 % du PIB. La zone euro, elle, plus exposée à la crise du détroit d'Ormuz et encore fragilisée par la guerre en Ukraine, verrait sa croissance chuter de 1,4 % à 0,9 %.


Du côté des économies émergentes, la Chine et l'Inde marquent le pas, respectivement freinées par la crise immobilière persistante et par le renchérissement de l'énergie. Cette décélération collective du commerce mondial, dont la croissance tomberait de 5 % à 3,5 % en 2026, se répercute directement sur la demande adressée au Maroc, qui devrait ralentir de 4,9 % à 2,6 %, la zone euro restant le premier débouché des exportations marocaines.


Une économie nationale portée par le rebond agricole

Dans ce contexte international dégradé, l'économie marocaine tire son épingle du jeu grâce à une agriculture exceptionnelle. La campagne 2025/2026 a bénéficié de précipitations abondantes et bien réparties, permettant de reconstituer les réserves hydriques et de porter la production céréalière à près de 90 millions de quintaux, soit une hausse de 50,6 % par rapport à la moyenne décennale. Cette embellie propulse la valeur ajoutée agricole à +19,1 % en 2026, avant un recul attendu de 6,8 % en 2027 sous l'hypothèse d'un retour à une campagne moyenne.


Le secteur primaire dans son ensemble progresserait de 18,1 % en 2026, contribuant à lui seul pour 1,9 point à la croissance nationale. Les activités non agricoles, elles, avancent à un rythme plus modeste de 3 %, freinées notamment par la construction, dont la croissance ralentit à 3,1 % sous l'effet de la hausse des coûts énergétiques et logistiques. L'industrie automobile et aéronautique fait toutefois figure d'exception, avec une progression attendue de près de 6 % en 2026, portée par l'assouplissement des normes antipollution européennes et la montée en puissance de la filière batteries électriques.


Le secteur tertiaire confirme sa résilience avec une croissance de 3,9 % en 2026, soutenu par le commerce, le tourisme et le transport. Les préparatifs de la Coupe du monde 2030 jouent déjà un rôle d'accélérateur, notamment pour l'hébergement, la restauration et les infrastructures de transport. Au final, le PIB national devrait croître de 4,8 % en 2026, avant de retomber à 3 % en 2027, un ralentissement largement attribuable à l'effet de base sur la production céréalière.


La demande intérieure reste le principal moteur de cette dynamique. La consommation des ménages progresserait de 4,4 % en 2026, soutenue par les acquis salariaux, la hausse des revenus agricoles et la vigueur des transferts des Marocains résidant à l'étranger. L'investissement brut, quant à lui, bondirait de 9,5 %, porté par les grands chantiers d'infrastructure liés aux échéances sportives internationales et par l'effort soutenu des établissements publics.


Des finances publiques sous tension, mais une trajectoire d'endettement maîtrisée

Le renchérissement mondial des matières premières n'épargne pas les comptes publics marocains. Face à la flambée des prix du gaz butane, qui a dépassé les 500 dollars la tonne, et à la nécessité de préserver le pouvoir d'achat des ménages, le gouvernement a dû approuver une rallonge budgétaire de 20 milliards de dirhams pour 2026. Les dépenses de compensation grimperaient ainsi à près de 1,2 % du PIB, tandis que les dépenses globales de l'État atteindraient 28,1 % du PIB avant de refluer à 26,9 % en 2027.


Sur le front des échanges extérieurs, le tableau reste contrasté. Les exportations de phosphates et dérivés pâtiraient des tensions logistiques et du renchérissement des intrants importés du Golfe, un choc partiellement amorti par la flexibilité de l'appareil productif de l'OCP et la suspension des droits compensateurs américains. À l'inverse, les importations énergétiques et de biens d'équipement resteraient orientées à la hausse, creusant le déficit commercial à 21,9 % du PIB en 2026. Le déficit du compte courant s'établirait à 3,9 % du PIB, contre 2,4 % en 2025.


Malgré ces pressions conjoncturelles, le document insiste sur la poursuite de l'assainissement budgétaire. Le déficit budgétaire devrait s'alléger à 3,4 % du PIB en 2026 puis 3,2 % en 2027, permettant de conforter l'inflexion baissière de la dette. L'encours de la dette du Trésor reculerait ainsi légèrement à 65,8 % du PIB en 2026, puis 65,2 % en 2027, tandis que la dette publique globale s'établirait à 76,1 % du PIB en 2027.

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