Bank Al-MaghribCrédit bancaire : la hausse modérée de l’encours masque des évolutions contrastées selon les segments
À fin mai 2025, l’encours global du crédit bancaire au Maroc s’est établi à 1 144,8 milliards de dirhams (MMDH), en progression annuelle de 4,4 %, selon les dernières données publiées par Bank Al-Maghrib (BAM). Cette hausse, relativement modérée au regard des niveaux d’inflation et de croissance nominale de l’économie, recouvre cependant des dynamiques différenciées selon les agents économiques, les objets de financement et les conditions d’octroi.
Le crédit aux agents non financiers a augmenté de 3,4 %, alors que celui destiné aux agents financiers a connu une progression plus marquée de 9,7 %, traduisant un regain d’activité dans le secteur des sociétés d’investissement, de leasing ou des institutions financières non bancaires. Pour les entreprises non financières privées, les concours bancaires ont progressé de 2,8 %, essentiellement portés par un rebond de 11,1 % des crédits à l’équipement et de 6,8 % des prêts à la promotion immobilière. En revanche, les facilités de trésorerie ont reculé de 2,8 %, traduisant un durcissement des arbitrages bancaires dans un contexte encore marqué par la prudence.
Les résultats de l’enquête de BAM sur les conditions d’octroi de crédit au titre du premier trimestre 2025 confirment cette tendance : les critères d’octroi ont été resserrés pour les crédits de trésorerie et ceux liés à la promotion immobilière, tandis qu’ils sont restés stables pour les prêts à l’équipement. Par taille d’entreprise, les banques indiquent avoir assoupli leurs conditions pour les grandes entreprises, mais les ont durcies pour les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME). En termes de demande, celle-ci aurait progressé pour tous les objets de crédit du côté des grandes entreprises, mais serait restée inchangée pour les TPME.
Du côté des ménages, les crédits ont affiché une hausse annuelle de 2,4 % à 387,4 MMDH, soutenue à la fois par les prêts à l’habitat (+2,5 %, à 251 MMDH) et les crédits à la consommation (+2,5 %, à 59,4 MMDH). BAM précise que les conditions d’octroi de crédits aux particuliers ont été globalement assouplies, tant pour les prêts à l’habitat que pour ceux à la consommation. La demande, quant à elle, a été en légère hausse pour les crédits immobiliers, mais en repli pour la consommation.
Concernant les taux d’intérêt, les conditions se sont légèrement détendues pour les entreprises. Le taux moyen des nouveaux crédits au T1-2025 s’est établi à 5,17 %, en baisse de 9 points de base (pbs) par rapport au trimestre précédent. Il ressort à 4,96 % pour les grandes entreprises et à 5,61 % pour les TPME. En revanche, pour les ménages, le coût du crédit s’inscrit globalement en hausse, atteignant 5,96 % au premier trimestre 2025. Cette évolution résulte d’une quasi-stabilité des taux sur les prêts à l’habitat (4,74 %), mais d’un renchérissement de 14 pbs des crédits à la consommation (7,13 %).
Le financement participatif continue, de son côté, à se développer, notamment sous forme de Mourabaha immobilière. Son encours a atteint 26,6 MMDH à fin mai 2025, en hausse de 16,8 % en glissement annuel et de 6,9 % depuis le début de l’année. Ce dynamisme témoigne d’une progression continue de la finance participative sur le segment de l’habitat.
Sur le front des ressources, les dépôts auprès des banques ont atteint 1 268,7 MMDH, en hausse annuelle de 8,2 %. Cette croissance est soutenue par les dépôts des ménages, en progression de 6,6 % à 935,8 MMDH, dont 211,4 MMDH détenus par les Marocains résidant à l’étranger (MRE). Les dépôts des entreprises non financières privées ont, pour leur part, bondi de 14,2 % à 224,4 MMDH, traduisant un certain rétablissement des marges de liquidité.
Les taux de rémunération des dépôts enregistrent cependant une tendance baissière. Les dépôts à terme à 6 mois ont vu leur taux reculer de 36 pbs à 2,36 %, et ceux à 12 mois de 3 pbs à 2,7 %. Le taux minimum de rémunération des comptes d’épargne a été fixé à 1,91 % pour le second semestre 2025, en baisse de 30 pbs par rapport au semestre précédent.
Enfin, l’enquête de conjoncture menée par Bank Al-Maghrib indique que l’accès au financement bancaire a été jugé « normal » par 84 % des industriels au premier trimestre 2025, tandis que 10 % l’ont jugé « difficile ». Le coût du crédit est perçu comme stable par 73 % des entreprises et en baisse par 21 %, confirmant une relative détente sur le front des conditions de financement malgré la sélectivité accrue de certaines banques.
Ce tableau de bord brosse ainsi le portrait d’un crédit bancaire en croissance maîtrisée, mais où la sélectivité s’accentue selon la taille des emprunteurs et la nature des projets financés, dans un contexte de rééquilibrage prudent du système bancaire.
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