Aït Amira, ou les tomates de la colère
Mercredi 1er octobre. Depuis quelques jours, la contestation bat son plein aux quatre coins du Maroc. Simultanément aux manifestations pacifiques menées par le mouvement GenZ212, né sur les réseaux sociaux, de véritables émeutes ont éclaté dans différentes zones. Les plus spectaculaires ont eu lieu dans le quartier Sidi Youssef Ben Ali, à Marrakech, et à Lqliâa, petite ville du Souss où le degré de violence a atteint un niveau sans précédent. Il en fut de même dans la localité voisine d’Aït Amira et ses environs.
Dans cette commune rurale, située à une cinquantaine de kilomètres au sud-est d’Agadir, des affrontements ont éclaté entre les forces de l’ordre et une foule d’émeutiers, principalement des mineurs, qui ont saccagé des voitures, incendié des bennes à ordures et vandalisé des agences bancaires.
Passée la sidération des premières heures, les questions se sont multipliées face à ce déchaînement de violence : quel engrenage a pu mener à une telle explosion sociale ? Qui sont ces très jeunes personnes qui ont défié l'autorité ? Et surtout, pourquoi cette bourgade, que seuls les spécialistes du secteur agricole savaient jusqu’alors placer sur une carte, est-elle devenue le foyer d'une insurrection qui ne dit pas son nom ?
Près d’une semaine après ces événements, une équipe du Desk s’est rendue sur les lieux pour tenter de déchiffrer les ingrédients de cette déflagration soudaine, et comprendre ce qui a mis le feu aux poudres.
Pour rejoindre la commune rurale d’Aït Amira, nous avons l’embarras du choix : plusieurs routes, certaines plus praticables que d’autres, mènent à cette petite localité flottant dans une mer de serres. Saisissante, la vue aérienne de cette zone, livrée par les images satellite, montre une poche de terre ocre cernée par une multitude de cases en plastique grisâtre.
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