RapportS&P Global Ratings : les banques marocaines sur une trajectoire de consolidation en 2026
Porté par un environnement macroéconomique plus favorable et par la montée en puissance des grands chantiers d’investissement, le secteur bancaire marocain devrait aborder l’horizon 2026 sur une trajectoire de consolidation progressive, selon S&P Global Ratings. L’agence anticipe une accélération de l’activité de crédit, une amélioration graduelle de la qualité des actifs et le maintien d’une rentabilité solide, tout en soulignant la persistance de vulnérabilités structurelles liées aux créances en souffrance et à certaines expositions géographiques.
Dans son analyse, S&P Global Ratings estime que l’économie marocaine devrait afficher une croissance moyenne d’environ 4 % jusqu’en 2026. Cette dynamique serait soutenue par l’ampleur des programmes d’équipement en cours et à venir, dans un contexte marqué par la préparation de la Coupe du monde de football 2030, l’extension des infrastructures de transport et l’accélération des investissements dans les secteurs de l’énergie et de la santé. Ces projets, souvent structurés autour de partenariats entre acteurs publics et privés, génèrent des volumes de financement significatifs, appelés à bénéficier directement au système bancaire.
Une reprise graduelle du crédit, tirée par les entreprises
Après plusieurs exercices de croissance modérée, l’activité de crédit devrait s’accélérer. S&P anticipe une progression des encours comprise entre 3,5 % et 4 % en 2026, contre une hausse estimée à 3,1 % en 2025. Cette évolution serait principalement portée par les prêts aux entreprises, en lien avec la reprise de l’investissement productif et les besoins de financement induits par les grands chantiers nationaux. L’assouplissement progressif des conditions monétaires et les mesures publiques favorables à l’investissement devraient également soutenir la demande de crédit.
La solidité de la collecte constitue, selon l’agence, un autre pilier de cette dynamique. Le système bancaire marocain bénéficie d’une base de dépôts stable et largement fragmentée, dominée par des ressources peu coûteuses. Les transferts des Marocains résidant à l’étranger représentent environ 16,3 % des dépôts, tandis que près de 71 % de ces derniers ne sont pas rémunérés. Cette structure permet aux banques de financer la croissance du crédit sans recourir massivement aux marchés internationaux, d’autant que le secteur demeure globalement créancier net sur le plan extérieur.
Créances en souffrance : une décrue attendue, mais un niveau encore élevé
S&P Global Ratings prévoit une amélioration modérée de la qualité des actifs à l’horizon 2026. Le ratio des créances en souffrance devrait reculer autour de 8,5 % à 8,6 %, contre environ 8,9 % attendu en 2025. Cette évolution serait favorisée par une conjoncture économique plus porteuse, un redressement mesuré des valeurs immobilières et des radiations ciblées de créances anciennes.
La baisse progressive du niveau des prêts non performants devrait s’accompagner d’un recul du coût du risque, attendu entre 90 et 95 points de base en 2026, après un niveau proche de 110 points de base en 2024 et 2025. L’agence souligne que l’amélioration des recouvrements et les reprises de provisions, rendues possibles par la progression des revenus disponibles, devraient contribuer à cette normalisation.
Malgré ces perspectives, S&P insiste sur le caractère encore élevé du stock de créances douteuses, supérieur à celui observé dans de nombreuses économies émergentes. Cette situation s’explique par l’existence d’un portefeuille ancien de prêts problématiques, dont l’assainissement reste lent. À ce titre, l’agence évoque les réflexions en cours autour de la création d’un marché secondaire des créances en souffrance, destiné à accélérer le nettoyage des bilans bancaires, tout en rappelant que sa mise en œuvre dépendra d’évolutions du cadre judiciaire.
Afrique subsaharienne : relais de croissance sous surveillance
L’exposition croissante des grandes banques marocaines à l’Afrique subsaharienne constitue un autre élément central de l’analyse de S&P. Environ un quart de leurs actifs est désormais localisé dans cette région, caractérisée par des environnements économiques et politiques plus volatils. Cette présence accrue accroît le profil de risque global des établissements, mais elle continue, selon l’agence, de contribuer positivement à leurs résultats. S&P estime que les perspectives de ces activités africaines devraient s’améliorer à partir de 2026, à mesure que les économies concernées retrouvent des trajectoires de croissance plus favorables.
Une rentabilité appelée à rester solide
Sur le plan de la rentabilité, S&P Global Ratings anticipe le maintien de performances robustes. Après une période marquée par une forte contribution des gains de marché entre 2023 et 2025, l’agence prévoit une stabilisation des produits d’exploitation en 2026. La croissance des volumes de crédit et la préservation des marges devraient compenser le repli attendu des revenus non récurrents.
La diminution progressive des charges de dépréciation, combinée à une bonne maîtrise des coûts d’exploitation, devrait soutenir les résultats nets. À la fin du premier semestre 2025, la rentabilité moyenne des fonds propres des dix principales banques marocaines atteignait 13,1 %, contre 11 % un an auparavant, un niveau jugé cohérent avec le profil de risque du secteur.
Des exigences prudentielles plus contraignantes
Enfin, S&P met en avant le renforcement du cadre prudentiel. Les ratios de solvabilité se sont améliorés, portés par la progression des résultats et par des émissions de dette subordonnée et d’instruments de fonds propres additionnels. Au premier semestre 2025, le ratio global de solvabilité s’élevait à 14,3 %, tandis que le ratio CET1 atteignait 12,3 %.
Depuis décembre 2025, les établissements d’importance systémique nationale sont soumis à un ratio CET1 minimal de 11 %, soit 200 points de base au-dessus du seuil applicable aux autres banques. Selon S&P, cette exigence accrue pourrait conduire certains acteurs à arbitrer entre distribution de dividendes, rythme de croissance et recours aux marchés de capitaux, dans un contexte de normalisation progressive du cadre réglementaire aligné sur les standards internationaux.
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