ExportationsOCP : 2,5 millions de tonnes d’engrais sécurisés par l’Inde
Le gouvernement indien a confirmé le 10 mars devant le Rajya Sabha avoir sécurisé 8,6 millions de tonnes d'engrais via des accords à long terme avec trois pays : 3,1 millions de tonnes avec l'Arabie Saoudite, 3 millions de tonnes avec la Russie et 2,5 millions de tonnes avec le Maroc, par l'intermédiaire du groupe OCP. L'annonce, faite par le ministre Jagat Prakash Nadda, vise à rassurer sur la disponibilité des fertilisants pour la campagne « Rabi 2025-2026 », alors que les données parlementaires font état d'un approvisionnement jugé « adéquat » en urée, DAP, MOP et NPKS sur l'ensemble du territoire.
Cette stratégie de diversification répond à un besoin pressant. Les importations indiennes de DAP en provenance de Chine se sont effondrées, passant de 2,2 millions de tonnes en 2023-2024 à 850 000 tonnes en 2024-2025, Pékin ayant progressivement restreint puis interrompu ses exportations. Pour compenser, New Delhi a multiplié les partenariats, notamment avec le Maroc : début 2025, OCP Nutricrops a conclu des accords avec six entreprises indiennes portant sur 2,5 millions de tonnes de DAP et de TSP, couvrant 22 % des besoins indiens sur les dix premiers mois de l'année. Le groupe, qui détient déjà 28 % de Paradeep Phosphates et dispose d'une coentreprise avec Chambal Fertilizers et Tata Chemicals, s'impose comme un pilier structurel de la sécurité alimentaire indienne.
En parallèle, le gouvernement indien a renforcé la production domestique, passée de 16 millions de tonnes en 2014-2015 à 21,1 millions de tonnes en 2024-2025, en élargissant le régime de subvention NBS de 22 à 28 grades et en maintenant la subvention de fret pour le superphosphate simple.
L'annonce intervient en pleine guerre au Moyen-Orient, alors que la fermeture de fait du détroit d'Ormuz par l'Iran perturbe les flux mondiaux d'énergie et d'engrais. Mais le fait que New Delhi signe un accord massif avec l'Arabie saoudite – dont les exportations dépendent précisément de ce détroit – suggère que l'Inde parie sur une réouverture rapide du passage. De fait, le ministère indien du Pétrole affiche sa sérénité, revendiquant huit semaines de stocks de brut et de produits pétroliers, et le gouvernement envisage de déployer la marine indienne pour escorter ses navires marchands bloqués dans le Golfe.
Dans ce contexte, comme le relève Le Desk, la crise place OCP dans une position ambivalente : la paralysie des exportations de son rival saoudien Ma'aden lui ouvre des parts de marché, mais menace aussi ses propres approvisionnements en soufre et en ammoniac depuis le Golfe. Fort d'un chiffre d'affaires de 113,9 milliards de dirhams (MMDH) en 2025 (+17 %) et d'installations atlantiques éloignées des zones de conflit, le géant marocain dispose néanmoins d'atouts solides pour tirer parti d'une crise que ses clients, à commencer par l'Inde, semblent considérer comme temporaire.
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