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Transferts des MRE : le durcissement des règles en Europe, principal défi pour l’écosystème marocain

11.06.2026 à 15 H 27 • Mis à jour le 11.06.2026 à 15 H 27 • Temps de lecture : 5 minutes
Par
Abderrahim Bouazza, DG Bank Al Maghrib.

Le durcissement des conditions d'exercice de l'activité d'intermédiation menée par les filiales des banques marocaines au sein de l'Union européenne constitue l'un des principaux défis auxquels fait face l'écosystème national des transferts de fonds des Marocains résidant à l'étranger (MRE). C'est ce qu'a affirmé jeudi à Rabat le directeur général de Bank Al-Maghrib (BAM), Abderrahim Bouazza, lors d'une rencontre organisée à l'occasion de la Journée internationale des envois de fonds à la famille (IDFR).


Le dossier est suivi de près par les autorités marocaines et leurs homologues européens, a indiqué le responsable, qui a relevé l'appui de la France au maintien de l'autorisation d'exercer les opérations dites d'activité relais sur son territoire, via un aménagement du cadre légal afférent.


Abderrahim Bouazza a par ailleurs décrit un écosystème financier national qu'il juge plus inclusif, adossé à une infrastructure bancaire élargie : au-delà du réseau bancaire, celle-ci compte des établissements spécialisés dans les paiements et le transfert de fonds, des institutions de microfinance, des plateformes de financement participatif (crowdfunding) et un système de garantie publique des crédits bancaires. Il a toutefois reconnu la persistance d'écarts importants dans l'accès aux services financiers entre milieux rural et urbain, entre les genres et entre les générations, des écarts que la Stratégie nationale d'inclusion financière (pilotée conjointement par le ministère de l'Économie et des Finances et la Banque centrale) vise prioritairement à réduire.


Le directeur général de BAM a rappelé que plusieurs réformes ont été menées au cours des dernières décennies sur les plans institutionnel, réglementaire et bancaire pour développer l'inclusion financière des bénéficiaires de transferts et renforcer la contribution des MRE à l'économie. La Banque centrale a notamment cherché, avec les parties prenantes, à améliorer l'efficience et la transparence du dispositif, à favoriser l'accès numérique aux services financiers et à réduire les coûts, en particulier grâce à la levée des clauses d'exclusivité imposées par les opérateurs internationaux à leurs partenaires locaux.


La mobilisation de ces transferts vers l'entrepreneuriat et l'appareil productif reste néanmoins faible, surtout en milieu rural, a estimé le responsable. Selon la dernière enquête du Haut-Commissariat au plan (HCP) qu'il a citée, 87 % des transferts sont affectés à la consommation courante des ménages. Il a attribué cette faiblesse à la complexité des procédures administratives, à l'environnement des affaires et au manque d'incitations.

Abderrahim Bouazza a fait valoir que les réformes en cours (il a mentionné la Charte de l'investissement, la Charte des très petites entreprises et la généralisation de la protection sociale) créaient selon lui des conditions plus favorables à une réorientation des transferts vers l'investissement productif et la création d'emplois, notamment dans le monde rural. Ces chantiers participent, a-t-il conclu, d'une même ambition de bâtir une économie plus inclusive et plus résiliente.


Du côté français, le chef de mission adjoint de l'ambassade de France au Maroc, Charles Thépault, a indiqué qu'environ un tiers des transferts des MRE provenaient de France. Premier pays d'origine de ces flux, la France représente près de 31 % des montants reçus par le Maroc, soit plus de 3,3 milliards d'euros par an. Ces transferts traduisent la solidité du tissu social franco-marocain et contribuent à la résilience des ménages, à l'inclusion économique et au développement local, a-t-il souligné, plaidant pour un dialogue bilatéral et multilatéral permettant d'envisager ces flux comme des outils d'investissement solidaire, au bénéfice notamment des femmes et des jeunes des territoires ruraux.


Le chef adjoint de la délégation de l'Union européenne au Maroc, Daniele Dotto, a pour sa part rappelé que les transferts de fonds constituaient une réalité économique mondiale majeure, mobilisant près d'un milliard de personnes et générant environ 600 milliards d'euros à l'échelle internationale. Au Maroc, les quelque cinq millions de MRE alimentent l'économie nationale à hauteur de transferts annuels avoisinant les 120 milliards de dirhams, qui soutiennent les familles, financent l'éducation des enfants et permettent le développement d'activités génératrices de revenus. L'UE travaille, aux côtés des autorités marocaines, de BAM, du Fonds international de développement agricole (FIDA) et d'autres partenaires, à simplifier ces transferts et à en réduire les coûts pour les populations les plus vulnérables, en particulier les femmes et les habitants du monde rural, a-t-il expliqué, citant le programme DigitRemit actuellement en cours.


Meryem Azaiz Alaoui, chargée de la Facilité de financement pour les envois de fonds au FIDA au Maroc, a indiqué que l'édition de cette année de l'IDFR, placée sous le thème de la résilience rurale, de l'entrepreneuriat et de l'emploi, entendait mettre en lumière la contribution des MRE au soutien des familles et au développement du Royaume. Rappelant que les transferts ont atteint 120 milliards de dirhams en 2025, elle a estimé que leur impact pouvait être renforcé lorsqu'ils sont associés à des mécanismes d'inclusion financière, à la digitalisation et à l'investissement productif, en particulier dans les zones rurales.


La rencontre a été organisée par le FIDA, en collaboration avec l'ambassade de France au Maroc, BAM, le ministère de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, ainsi que la délégation de l'UE au Maroc. Célébrée chaque année le 16 juin, la Journée internationale des envois de fonds à la famille a été proclamée par l'Assemblée générale des Nations unies pour reconnaître la contribution des travailleurs migrants et des diasporas au développement durable.

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