FootballMondial 2026 : le Maroc lobe le Brésil, l’Écosse gâche la fête
Il y a des buts qu'on encadre. 21e minute, MetLife Stadium paré de rouge et de jaune : Brahim Díaz lance Saibari dans la profondeur, Alisson sort, et au lieu de bourriner, Saibari lève la tête et lobe. Le ballon retombe sous la barre, juste avant la pause fraîcheur. Lob story. Le Maroc mène contre le quintuple champion du monde et personne ne peut crier au casse, parce que dans les dix premières minutes, les Lions ont frappé six fois contre une au Brésil.
30 minutes sans le moindre respect pour le maillot jaune
Ouahbi avait sorti la panoplie : Bilal El Khannous titulaire à gauche, Saibari en faux 9 pour décrocher entre les lignes, pressing déclenché pile quand le ballon arrivait dans les pieds des défenseurs auriverde. Sorties de balle fluides d'un côté, patate chaude de l'autre. Dès la 5e, le boulot de Mazraoui finissait sur une frappe d'El Aynaoui contrée in extremis. Dans la foulée, Hakimi armait un tir croisé qui filait loin. A la 27e, le capitaine remettait ça, juste à côté, sur une nouvelle transition éclair. Seule sueur froide marocaine : un débordement de Vinicius conclu d'une tête d'Igor Thiago (14e), preuve que cette Seleção pique même avec des bouts de ficelle. Fait notable : les Lions ont paru nettement moins gênés par la chaleur que leurs hôtes.
Vini ne sonne pas avant d'entrer
À la 32e, justement, le talent a fait le reste. Une-deux Casemiro-Vinicius, le Madrilène enroule, Bono est battu. La logique collective ne réclamait rien : le génie se passe de logique. N'empêche : sur l'action, le placement de Hakimi et la couverture d'El Aynaoui méritaient un carton à eux deux. La formule de la soirée est toute trouvée : puissance collective d'un côté, génie de Vini de l'autre. Symétrie cruelle : chacune des deux équipes a eu son momentum en première période, et chacune a vu ses filets trembler pile pendant que l'autre dominait.
Les Lions ont perdu le fil entre la fin de la première et le début de la seconde. Piqué au vif depuis le but de Saibari, le Brésil est revenu plus agressif, mieux dans sa tête et dans ses jambes, à réduire les espaces qu'il offrait à la perte du ballon. Et le compteur d'alertes s'est emballé : horizontale somptueuse de Bono sur un geste acrobatique de Paquetá juste avant la pause, frappe puissante d'Igor Thiago sur une touche jouée trop vite (52e), Raphinha au point de penalty servi par Vinicius (79e), Bounou s'interpose sans trembler. Pire : Issa Diop a glissé un ballon en retrait beaucoup trop court, et seul un Bounou ayant anticipé la boulette a évité la correctionnelle. « Au four et au moulin », le gardien. Mais à l'autre bout, il a fallu une double parade d'Alisson dans le temps additionnel pour priver le Maroc de la victoire. Ce 1-1 pouvait basculer à pile ou face : score juste, prestation « inégale et inconstante ».
Don Carlo fait la moue, Ouahbi sourit à moitié
Les bancs ont raconté le match. Dès la pause, Ancelotti a sorti ses deux avertis : Casemiro et Roger Ibáñez pour Fabinho et Danilo, et la Seleção a retrouvé du jus. Ouahbi, lui, a d'abord fait permuter El Aynaoui et Bouaddi, avant de lancer Talbi et El Mourabet pour Ounahi et Brahim Díaz à l'heure de jeu sans éteindre l'incendie. En conférence de presse, Don Carlo n'a pas fait dans la dentelle : première période ratée, anxiété, ballons perdus, et un « faut s'améliorer » lâché à CazéTV qui en dit long sur les standards maison. Détail piquant : c'est le même Ancelotti qui, au tirage, avait fait du Maroc l'adversaire « principal » du Brésil. Prophétie auto-réalisée. Ouahbi jouait la satisfaction tempérée : « nous avons bien joué », mais il faut « apprendre à finir les matchs comme on les commence », jurant que ses joueurs « n'étaient pas euphoriques » au vestiaire, « car ils savaient qu'il y avait mieux à faire ».
Brasília sous le choc, le reste du monde aussi
Le vrai marqueur de la soirée : partout, le même mot. Respect. À Brasília, la trogne peinte en jaune, des supporters confessaient avoir « frôlé la correctionnelle » et prévenaient : « si on rejoue le Maroc, on va droit dans le mur ». La presse brésilienne a moins célébré Vini qu'elle n'a salué l'adversaire. Ailleurs, fierté panarabe et quelques sceptiques égyptiens qui demandaient si ce Maroc n'était pas « gonflé médiatiquement », Tartan Army côté britannique. Au rayon des notes : Bono homme du match incontestable selon certains, Saibari pour l'intelligence et le geste, Bouaddi (18 ans) pour la maturité, Hakimi a pesé devant, même si son placement sur l'égalisation lui colle un astérisque. Le vrai enseignement reste collectif : encaisser un sale quart d'heure sans se liquéfier.
Et l'Écosse devient essentielle
Sauf que. Pendant que tout le monde commentait le récital marocain, l'Écosse pliait son affaire un peu plus au nord : 1-0 contre Haïti à Foxborough, but de John McGinn (28e). Classement qui pique : Écosse en tête, Maroc et Brésil deuxièmes à un point, Haïti dernier. Le prochain client des Lions, le 19 juin, c'est l'Écosse. Et ce match-là devient le match essentiel.
Pour les amateurs de traumatismes, l'écho de 1998 glace : même poule Brésil-Écosse, déjà. À l'époque, le Maroc avait collé un 3-0 à l'Écosse… et était rentré à la maison avec quatre points, plombé par un exploit norvégien contre un Brésil déjà qualifié. Grosse différence en 2026 : le format à 48. Deux premiers qualifiés par groupe, plus les huit meilleurs troisièmes. Le coup du « je gagne tout et je sors quand même » est devenu très improbable.
Lecture froide pour finir : un point pris sur le plus gros morceau du groupe, c'est la moitié difficile du boulot. Une victoire contre l'Écosse, et le ticket est quasi composté, première place dans le viseur. Le résultat le plus clinquant du week-end, le nul accroché au Brésil, n'est pas celui qui décide de l'avenir immédiat des Lions. Celui qui le décide, c'est un match qu'ils ont regardé depuis les vestiaires : la victoire de l'Écosse à Foxborough.
La suite : Maroc – Écosse, vendredi 19 juin, Gillette Stadium (Foxborough). Le Brésil, lui, hérite d'Haïti le même jour.
©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.

