PolitiqueÀ trois mois des législatives, l’Istiqlal articule son « contrat politique » en cinq engagements
C'est dans la salle du Palais des congrès Bouregreg de Salé, devant un millier de membres de son instance dirigeante, que le Parti de l'Istiqlal (PI) a posé dimanche les premières pierres de sa campagne. À l'occasion de la quatrième session ordinaire de son conseil national (l'organe qui fait office de parlement interne entre deux congrès), le secrétaire général, Nizar Baraka, a présenté ce qu'il a qualifié de « contrat politique » destiné à structurer aussi bien le programme électoral du parti que son action s'il venait à diriger le prochain exécutif.
La séquence prépare le terrain : le scrutin destiné à renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants a été officiellement fixé au mercredi 23 septembre, ouvrant un compte à rebours d'une centaine de jours. Issu des élections de septembre 2021, où il était arrivé troisième avec 81 sièges derrière le Rassemblement national des indépendants (102) et le Parti authenticité et modernité (86), l'Istiqlal participe depuis lors à la majorité conduite par Aziz Akhannouch. Baraka y occupe lui-même le portefeuille de l'Équipement et de l'Eau depuis octobre 2021. Reconduit au secrétariat général en avril 2024 pour un second et dernier mandat, il ne cache pas son ambition d'arriver en tête et de conduire le gouvernement issu des urnes. Un positionnement à double détente qui le conduit à se présenter en alternative tout en assumant le bilan d'un exécutif dont il est membre.
Cinq « engagements » présentés comme un socle de confiance
Le document présenté par la direction décline le projet en cinq axes, formulés comme des engagements « sans concession ».
Le premier porte sur la protection de la famille et du système de valeurs. Le parti y réaffirme son attachement à la défense de l'identité nationale et de ce qu'il nomme l'« humanisme marocain », en référence à l'héritage de son fondateur Allal El Fassi. La direction lie cet axe aux transformations sociales en cours, à l'influence des réseaux sociaux et à la baisse de la natalité, qu'elle érige en sujet d'interpellation politique. Le texte met en garde contre les appels à « légiférer pour un système de valeurs étranger » à la société marocaine, formulation qui renvoie aux débats récurrents sur les libertés individuelles et la réforme du Code de la famille.
Le deuxième axe est consacré à la défense du pouvoir d'achat et à la rupture avec la rente. L'Istiqlal y refuse que les classes moyennes, les salariés et les retraités servent de « variable d'ajustement » des équilibres financiers, et fustige une « culture de la rente, du gaspillage et de la hamza ». Le parti appelle l'État à reprendre la main face à la « prédation libérale » et aux intermédiaires des marchés, et propose plusieurs leviers : amélioration des conditions de concurrence, réduction du nombre d'intermédiaires « non producteurs de valeur », transparence des circuits de commercialisation, renforcement des capacités de stockage et de logistique. À l'oral, Baraka a précisé vouloir mettre fin aux fraqchiya, ces intermédiaires informels accusés d'alimenter la spéculation, en confiant la distribution et la gestion de produits de consommation à des agences dédiées.
Le troisième engagement affiche une posture de « zéro tolérance » à l'égard de la corruption et des conflits d'intérêts. Le secrétaire général a annoncé la proposition d'une loi interdisant formellement les conflits d'intérêts, et plaidé pour un Maroc de l'égalité des chances, où la réussite procéderait du mérite plutôt que du privilège, de la proximité ou de la situation de monopole.
Le quatrième axe défend le maintien des services publics. École publique, santé publique et protection sociale y sont présentées non comme des charges budgétaires mais comme des piliers de la dignité et de la cohésion nationale. Le parti conditionne tout futur contrat gouvernemental à des engagements mesurables sur la qualité de l'enseignement, l'accès aux soins et l'efficacité de la couverture sociale. Baraka a notamment dit redouter une fuite des ressources humaines du secteur public de la santé vers le privé.
Le cinquième et dernier engagement érige la souveraineté nationale en « première des priorités ». Au-delà des acquis qu'il juge déjà structurels, le parti entend étendre cette logique à des secteurs d'avenir : hydrogène vert, technologies numériques et biologiques, données souveraines, intelligence artificielle, sécurité alimentaire et hydrique, énergies renouvelables, métaux stratégiques et critiques. L'objectif affiché est de réduire la dépendance extérieure, de renforcer l'immunité de l'économie et d'accroître la capacité de négociation du Maroc sur les scènes régionale et internationale.
Une stratégie adossée à l'eau, à l'industrie et au Sahara
Au fil de son intervention, Baraka a articulé ces engagements autour de chantiers concrets. La gestion des ressources hydriques a occupé une place centrale, ce qui n'a rien de fortuit, l'eau relevant précisément du département qu'il dirige, le ministre insistant sur la poursuite des projets d'interconnexion des bassins, présentés comme un sujet de politique publique dépassant les clivages partisans. Il défend de longue date une lecture de la politique de l'eau comme « enjeu de souveraineté nationale », articulée autour du dessalement, des transferts entre bassins et de l'équité territoriale, ce qui irrigue directement le cinquième axe de son contrat. Sur le terrain économique, le parti défend une accélération de l'industrialisation nationale dans le cadre de la Charte de l'investissement, avec pour objectif de renforcer la production locale et de réduire la dépendance aux marchés extérieurs, notamment dans l'industrie de pointe et l'agro-industrie. Le contrat proposé fait également de la mise en œuvre du plan d'autonomie au Sahara, sous souveraineté marocaine, un marqueur politique, le secrétaire général se prévalant des récentes reconnaissances internationales engrangées par la diplomatie royale.
En clôture, Baraka a appelé ses structures régionales et provinciales à se mobiliser en vue d'une « phase décisive ». Reste, pour le parti de la Balance, à transformer ces orientations en un programme lisible pour l'électeur et, pour son secrétaire général, à concilier un discours de rupture avec la rente et la corruption avec sa propre appartenance à un gouvernement en place depuis 2021, dont il devra défendre le bilan tout en s'en posant en alternative.
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