BanquesRachat de la BMCI : Holmarcom soumet l’opération au Conseil de la concurrence
Le Conseil de la concurrence a reçu la notification du projet de concentration portant sur la prise de contrôle exclusif de la Banque marocaine pour le commerce et l'industrie (BMCI) par Holmarcom Finance Company (HFC). L'opération entre ainsi dans son parcours d'instruction devant l'autorité, une formalité incontournable du droit de la concurrence dès lors qu'un seuil de contrôle est franchi.
L'avis de notification précise le périmètre de l'opération : HFC, filiale financière du groupe Holmarcom, prendrait le contrôle exclusif de la BMCI. La société acquéreuse est active dans l'assurance, la banque et les services financiers spécialisés. Elle est elle-même détenue à 81,98 % par Holmarcom SA, le holding dont les intérêts couvrent la finance, l'agro-industrie, la distribution, la logistique et l'immobilier. Du côté de la cible, le Conseil rappelle le profil d'une banque universelle, adressant une gamme complète de produits aux particuliers, aux entreprises et aux institutionnels.
Cette notification ne préjuge pas de la décision finale : il s'agit d'une étape préalable à l'examen au fond, au cours duquel l'autorité appréciera les effets de l'opération sur les marchés concernés.
Le verrou réglementaire d'un rapprochement annoncé
Le passage devant le Conseil de la concurrence s'inscrit dans le calendrier ouvert fin avril, lorsque Holmarcom et BNP Paribas ont officialisé, le 29 avril, la signature d'un accord de cession. Le groupe français y transfère à HFC la participation de 66,74 % qu'il détenait dans la BMCI, soit la quasi-totalité de son contrôle, communiquée à l'époque autour de 67 %. La réalisation effective de la transaction est attendue au quatrième trimestre 2026.
Le feu vert de l'autorité de la concurrence n'est toutefois qu'un maillon d'une chaîne d'autorisations. L'opération reste suspendue à l'agrément de Bank Al-Maghrib, gardienne de l'agrément bancaire, et, la BMCI étant cotée, au regard de l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), le franchissement de seuil de contrôle ouvrant la voie au traitement des actionnaires minoritaires. C'est l'addition de ces validations qui conditionne le bouclage en fin d'année.
Vers la fusion avec Crédit du Maroc
L'enjeu dépasse la seule reprise des parts de BNP Paribas. Holmarcom contrôle déjà Crédit du Maroc, racheté au Crédit Agricole en 2022, et a clairement affiché son intention de fusionner les deux établissements. C'est à ce stade que le dossier prend toute sa dimension concurrentielle : l'examen du Conseil portera moins sur l'addition mécanique de parts de marché que sur la physionomie du nouvel ensemble appelé à émerger du rapprochement.
Holmarcom Finance Company (HFC) a indiqué travailler à un rapprochement entre la BMCI et le Crédit du Maroc (CDM), filiale dont elle contrôle déjà 54,61 % du capital. Création : Le DeskLa logique industrielle repose sur la complémentarité des deux réseaux. La BMCI est historiquement tournée vers la clientèle corporate, les grandes entreprises et les activités à plus forte valeur ajoutée, Crédit du Maroc est davantage ancré dans la banque de détail, le financement des PME et l'économie réelle. L'articulation des deux portefeuilles dessinerait un acteur de taille intermédiaire, généralement situé au quatrième rang du marché par le produit net bancaire, derrière le trio de tête : Attijariwafa Bank, la Banque centrale populaire et Bank of Africa et au coude-à-coude avec CIH Bank.
Une page française qui se tourne
Au-delà de la mécanique capitalistique, l'opération solde une séquence plus longue. Avec le départ de BNP Paribas du capital de la BMCI, c'est la dernière grande filiale de détail d'une banque française au Maroc qui passe sous pavillon national, après le retrait du Crédit Agricole et la cession des activités de Société Générale, devenue Saham Bank fin 2024.
Le groupe français ne quitte pas pour autant le Royaume : il conserve ses métiers de banque de financement et d'investissement ainsi que la location longue durée via Arval, et un partenariat commercial de long terme avec HFC doit assurer la continuité de service pour les clients des deux groupes. Pour Holmarcom, en revanche, la BMCI constitue la pièce manquante d'un pôle financier intégré (banque, assurance et services spécialisés) que le holding de Mohamed Hassan Bensalah construit méthodiquement depuis plusieurs années.
L'instruction qui s'ouvre devant le Conseil de la concurrence en fixera l'un des derniers paramètres avant que ce nouvel ensemble ne devienne réalité.
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