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Expo

Au Comptoir des Mines de Marrakech, Abdallah Elhariri dans tous ses éclats

10.04.2024 à 14 H 02 • Mis à jour le 10.04.2024 à 14 H 02 • Temps de lecture : 5 minutes
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A partir du samedi 11 mai, le Comptoir des Mines Galerie accueille les œuvres d'Abdallah Elhariri pour un solo-show, offrant ainsi ses cimaises à une fusion singulière de recherches novatrices et de périodes emblématiques de l'artiste

« Le 11 mai prochain, nous revisiterons le parcours d'un grand artiste marocain (…) Depuis ses recherches à l'École des Beaux-Arts de Casablanca en 1967, son travail n'a pas reçu l'attention ni la reconnaissance qu'il méritait. À mon sens, il aurait dû occuper une place beaucoup plus importante dans notre histoire artistique au Maroc. Il nous incombe, au Comptoir des Mines, de démontrer la véracité de ces propos  », peut-on lire dans un post de Hicham Daoudi, le maître de céans.


Peintre qui a taillé des œuvres d’une belle eau, témoin exigeant d’événements culturels dateurs…Abdallah Elhariri, né en 1949 à Casablanca, écume la scène culturelle depuis près d’un demi-siècle. Aussi serait-il malaisé de tenter de reconstituer son itinéraire, tellement il est opulent. Tout au plus pourrions-nous en rappeler brièvement es saillies.


Flashback !

Nous sommes en 1966. Abdallah Elhariri se trouva face à l'École des Beaux-Arts de Casablanca, troublé par son incapacité de parler français. Malgré un premier essai infructueux, poussé par l'encouragement de son frère, il persista. Réussissant l'examen en arabe, il fut admis dans l'institution. Sous la direction de Farid Belkahia, l'école connut une transformation significative, marquée par le départ des enseignants français et une réorientation vers une intégration plus profonde des talents marocains, accompagnée d'une révision des programmes et des méthodes pédagogiques. Parmi ses mentors figuraient Mohamed Melehi, Mohamed Chabâa, Bert Flint, Toni Maraini, Jacques Azéma et Naima El Khatib-Boujibar.


À l'école, El Hariri s'engagea pleinement à telle enseigne qu'il fut chargé de diriger un atelier. C'est avec Mohamed Chabâa qu'il développa une affinité particulière. Initialement attiré par un stage cinématographique en France, Chabâa lui proposa plutôt de se joindre à son cabinet d'architecture d'intérieur, une opportunité qu'El Hariri saisit avec enthousiasme. Parallèlement à leur collaboration au sein de la revue Souffles, Abdallah Elhariri et Mohamed Chabâa partagèrent une passion commune pour la calligraphie arabe, se dédiant ensemble à cet art tout en explorant divers autres domaines artistiques.


Après son départ des Beaux-Arts, l'abstraction d'Abdallah Elhariri, imprégnée du style hard-edge, reflète encore les caractéristiques distinctives de son éducation à l'École de Casablanca. Son abstraction se caractérise par des formes ondulantes et morphologiques, l'incorporation de pictogrammes, l'utilisation d'aplats de couleurs vibrantes et une vivacité dans l'exploration de la palette chromatique, entre autres éléments distinctifs.


Dans les premières années des années 1970, Elhariri entreprit un voyage vers Rome, où il débuta ses études à l'Institut Européen d'Architecture et de Design. Par la suite, il se rendit à Paris, restant néanmoins fidèle à ses racines marocaines malgré l'exposition à diverses influences artistiques.


De retour au Maroc, ses compositions se distinguent par leur minimalisme affirmé, marqué par une utilisation pondérée de la couleur, et par l'exploration de la grille comme élément structurant de ses œuvres.


Plus tard, Abdallah Elhariri délaissa progressivement son langage plastique rigoureux pour se tourner vers de nouveaux horizons, explorant notamment la technique des surfaces brûlées. Ce procédé transforme la matière par le feu, offrant des textures et des pigments complexes qui évoquent un sol nu et rocheux. Sur ces surfaces, il intègre des formes esquissées et des lettres de l'alphabet arabe, conférant à chaque tracé une dimension nouvelle et expressive.


La vision artistique d'Elhariri s'inscrit dans une recherche incessante d'un état pur de l'œuvre picturale, où la tâche et la ligne tracée délimitent les fondamentaux de la peinture. Son exploration de l'intégration de la lettre dans l'espace de la toile révèle une passion pour les expressions visuelles chargées d'ambiguïté, suscitant de nombreuses interrogations tout en offrant un terrain fertile pour la créativité artistique contemporaine.


El Hariri en toutes lettres

La démarche artistique de ce graphiste de formation et peintre par passion, réside dans une entreprise de déconstruction et de fragmentation du concept de lettre à travers l'expression picturale. Cette approche engendre une rupture radicale avec la signification traditionnelle de la lettre, laquelle se métamorphose en objet d'abstraction, libérée de ses connotations linguistiques conventionnelles pour s'intégrer dans une esthétique visuelle complexe.


La représentation de la lettre chez Elhariri se caractérise alors par une fragmentation délibérée, éloignée de sa forme conventionnelle, et tend vers une expression plus libre et parfois lyrique. Par moments, elle se métamorphose en motif abstrait ou en une ombre évanouie, abandonnant ainsi sa fonction linguistique pour devenir un élément d'orchestration plastique.


L'aspect calligraphique, souvent relégué à l'arrière-plan, se manifeste à travers des signes imbriqués dans la composition, parfois de manière lacunaire ou effacée, rappelant par moments l'esthétique brute du graffiti urbain. Ces graphies entrent en dialogue avec des fonds colorés qui, selon les cas, accentuent leur présence ou en altèrent la lisibilité, ajoutant ainsi une strate supplémentaire à leur interprétation esthétique.



Une œuvre d’Abdallah Elhariri, réalisée en 1976 à Rome, en technique mixte sur toile (70 x 70 cm / 1536 x 1533).


Au pied de la lettre

De la peinture géométrique au minimalisme, en passant par les expressions gestuelles, la calligraphie reste un élément constant en arrière-plan. C'est dir qu'Abdallah Elhariri a traversé une pléthore de métamorphoses esthétiques.


Récemment, son travail pictural a pris une tournure gestuelle, caractérisé par des traits tantôt retenus, tantôt véhéments, tandis que les signes, lorsqu'ils apparaissent, sont soit suggestifs, soit affranchis de toute signification évidente.


Abandonnant progressivement la calligraphie, Abdallah Elhariri a exploré une nouvelle voie artistique en se tournant vers la technique des surfaces brûlées. En utilisant des matériaux tels que le plastique et le linoléum, il expose ces surfaces à une flamme de chalumeau, révélant ainsi des pigments, des teintes et une texture minérale complexes, évoquant la nature brute d'un sol dénudé et rocheux. Cette transformation de la matière par le feu représente un nouveau chapitre dans son parcours artistique.


Sur ces surfaces altérées, l'artiste esquisse des formes, crée des masses aux nuances variées, et incorpore une multitude de lettres de l'alphabet arabe en constante migration. Ainsi, la lettre devient un symbole animé d'une valeur plastique profonde, incarnant le geste qui anime l'espace pictural.


« Je suis artiste peintre, pas calligraphe  j’ai exploité la lettre arabe. J’ai mes racines-territoires mais je n’ai pas de frontières », répète poétiquement Abdallah Elhariri, soulignant ainsi sa liberté artistique et son engagement à explorer de nouveaux horizons.



  • Exposition Individuelle d'Abdallah Elhariri,  à partir du 11 mai, au Comptoir des Mines Galerie, à Marrakech.

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