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Grand écran

Ce que Faouzi Bensaïdi a à dire de son film, « Jours d’été », l’adaptation marocaine de Tchékhov

14.11.2022 à 20 H 35 • Mis à jour le 15.11.2022 à 18 H 43 • Temps de lecture : 6 minutes
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Dans « Jours d’été », Faouzi Bensaïdi revisite la fameuse pièce de théâtre d'Anton Tchékhov « La Cerisaie » et séduit le public de la 19ème édition du Festival International du Film de Marrakech. Au lendemain de la projection, le réalisateur marocain s'entretient avec Le Desk pour revenir sur la genèse de son film et sa particularité. Les détails

Le réalisateur marocain Faouzi Bensaïdi, signe son retour sur le grand écran avec son cinquième long métrage, « Jours d’été », projeté ce dimanche en avant-première dans le cadre de la 19ème édition du Festival International du Film de Marrakech.


Ouvrant le Panorama du Cinéma marocain du Festival, « Jours d’été » a été plus qu’applaudi par un public conquis. « Il y a avait quelque chose de très émouvant d’être présent. On sentait que la salle était très prise par le film mais aussi très réactive », nous confie Faouzi Bensaïdi« C’est un film de comédiens », poursuit-il. Le long métrage de Bensaïdi est d'ailleurs porté par une constellation d'acteurs marocains, dont Mouna Fettou, Mouhcine Malzi, Nadia Kounda, Mohamed Choubi et d’autres acteurs qui étaient tous présents à cette avant-première.


Entre rires, confusions et silence complet, la salle des ambassadeurs au Palais des Congrès de Marrakech était hypnotisée par la reprise de Faouizi Bensaïdi de la pièce de théâtre d'Anton Tchekhov « La Cerisaie ». « Jours d’été » entrecroise le drame et le burlesque et raconte l’histoire des membres d’une famille criblée de dettes, revenus de France pour se réunir à Tanger dans la maison de leur enfance et son domaine qui doivent être vendus pour les sauver d'une situation financière désastreuse.


Genèse de Summer Days

A notre question de savoir ce qui a inspiré ce long métrage, Faouzi Bensaïdi nous parle de ses dix années de théâtre et de leur influence continue. C’est le point de départ d’une idée qui a germé petit à petit dans l’esprit du réalisateur, avant de se concrétiser quand ce dernier a été amené à animer un atelier de direction d’acteurs à l'École supérieure des arts visuels de Marrakech (ESAV). Un cours durant lequel il a invité des comédiens à travailler sur une pièce de théâtre pour apprendre à ses étudiants à diriger les acteurs.


« C’était pour moi un retour au théâtre et c’est comme ça que l’idée de la reprise de la pièce de Tchékhov est née », nous confie-t-il. Ensuite, « j’ai rencontré des producteurs qui ont accepté de travailler sur ce projet ». Il souligne que même si le tournage du film, qui a duré trois semaines, a nécessité très peu de moyens, « beaucoup d’argent a été investi dans un film d’auteur, du Tchekhov même ». « La productrice, les acteurs et l’équipe technique y ont cru. Et ça c’est de la générosité humaine qui se reflète d’ailleurs dans le film où on ressent quelque chose de très humain », a-t-il poursuivi.


Le réalisateur marocain Faouzi Bensaïdi au Festival International du Film de Marrakech lors de son entretien avec Le Desk. Crédit: Le Desk


Entre l'oubli et la mémoire

Un des thèmes majeurs qu’on a pu relever dans le film de Faouzi Bensaïdi, est l’importance de l’oubli et de la mémoire. Oublier pour adoucir la tristesse, guérir les blessures et continuer à vivre et se remémorer pour s’accrocher à un passé triomphal et fuir le présent. Chacun des personnages du film a un rapport particulier avec la temporalité et cherche à se détacher d’une époque où il est ou était malmené par la vie, que ce soit le présent ou le passé.


On a d’une part une famille, noyée dans les dettes, mais qui possède une immense maison à Tanger. Celle-ci s’aveugle et s’accroche à un passé glorieux où l’argent coulait à flot refusant d’écouter les conseils de Larbi, qui pour sa part est un personnage décrit comme « raisonnable » et qui autrefois travaillait pour cette famille à qui il recommande de vendre la maison pour réduire les dettes.


Selon Faouzi Bensaïdi, « ce qui est beau chez Tchekhov c’est qu’on ne sait jamais qui a tort et qui a raison ». Dans ce film, on ne sait pas s’il faut avoir les pieds sur terre, « être le fils de son temps », pour reprendre les mots de Bensaïdi, et s’acclimater avec le contexte dans lequel on vit, ou s’accrocher à un souvenir onirique et le défendre jusqu’au bout des ongles, quitte à se faire chasser de sa maison, comme les membres de cette famille.


En effet, le film est fidèle à la pièce de théâtre et au monde de Tchékhov, dans le sens où « Jours d’été » n’a pas une vocation moralisatrice. Le public est autorisé en fin de projection à tirer ses propres conclusions et à choisir entre la mémoire et l’oubli, le pragmatisme et le rêve.


L’amour Tchékhovien

À la différence de « Volubilis », l’avant-dernier long-métrage de Faouzi Bensaidi qui mêle amour et sensualité, on a l’impression que les personnages de « Jours d’été » sont très maladroits en amour. Faouzi nous explique que cette maladresse et cette impression continue de rater quelque chose dans sa vie, dont l’amour, est le propre de Tchékhov. Il nous reparle d’ailleurs, de l’une des dernières scènes du film lorsque deux amants voués à finir leur vie ensemble et se marier, se ratent pour la énième fois. Ils se rencontrent à maintes reprises mais n’arrivent jamais à se dire les choses en face. « La vie est un ratage continu, mais un beau ratage », déclare Faouzi.


« Nous passons souvent à côté de nos plus belles histoires d’amour, mais cette vie vaut la peine d’être vécue », poursuit-il ému. C’est d’ailleurs un des aspects qu’il aime beaucoup chez Tchékhov, nous confie-il. « Le médecin déchu interprété par Mouhammed Choubi est un personnage Tchékhovien par excellence », lance-t-il ensuite avant d’ajouter que ce médecin dans le film, a raté sa carrière mais continue de vivre et de chercher sa place dans ce monde.


Du Tchékhov marocanisé

« Je suis Marocain jusqu’au bout des ongles, le Maroc a imprimé ma rétine à jamais. Même si je vis entre le Maroc et la France, je dirai que finalement cette position me permet quelque chose d’exceptionnel. Quand je suis au Maroc, je continue d’avoir une vie quotidienne. Je vais dans des cafés, et j’arrive à déceler le nouveau même dans le langage », nous explique Faouzi Bensaïdi.


C’est d’ailleurs cet attachement pour le Maroc et le rapport qu'a le réalisateur avec l’actualité marocaine même s'il passe une grande partie de son temps à l’étranger, qui fait que la pièce de théâtre de Tchékhov est joliment revisitée tout en restant fidèle au contexte marocain.


Le public s'est retrouvé dans chacun des personnages du film dont le portrait est dressé avec finesse. Faouzi Bensaïdi a ainsi réussi à s’approprier une pièce de théâtre russe grâce notamment à un dialogue qui brise la glace entre le spectateur et les personnages et permet une immersion dans les péripéties du film et le vécu de cette famille qui cherche à se débarrasser de ses dettes tout en gardant sa maison.


Par ailleurs, dans la pièce de théâtre de Tchékhov, ce dernier évoque un groupe de mendiants qui occupent la maison de la famille qui seront chassés une fois surpris dans la demeure. Bensaïdi reprend ce passage et l’adapte à un sujet d’actualité en faisant un clin d’œil aux migrants subsahariens de passage au Maroc. « J’ai voulu donner une dimension actuelle à ce passage dans la pièce de théâtre », nous explique-t-il. Finalement, la famille sera chassée de sa demeure tout comme ces migrants qui ont été violemment éjectés. Un acte qui nous rappelle la violence du monde actuel sur lequel le réalisateur marocain porte un regard acéré.

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