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Festival

Demi Portion : « Le rap marocain n’a rien à envier au rap américain ou européen »

17.11.2022 à 16 H 29 • Mis à jour le 18.11.2022 à 14 H 33 • Temps de lecture : 4 minutes
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Demi Portion est ce que l’on appelle un OVNI du rap français. A l’ère de la trap et des superproductions, Rachid Daif, de son vrai nom reste accroché au hip-hop qui a bercé son enfance et son adolescence. On l’a interviewé à Rabat en marge de Visa For Music

Demi Portion est ce que l’on appelle un OVNI du rap français. A l’ère de la trap et des superproductions, Rachid Daif de son vrai nom reste accroché au hip-hop qui a bercé son enfance et son adolescence. « J’essaie de sortir de ma zone de confort mais j’ai peur de rater le virage », confie-t-il au Desk. Franco-marocain natif de Sète, il a collaboré en 2015 avec l’acteur marocain Said Taghmaoui sur le vidéoclip de Demi-Parrain, tourné dans les rues de Casablanca, la ville des ses origines familiales .


A 39 ans, il se produit pour la première fois au Maroc, invité pour l’ouverture du festival Visa For Music, à Rabat. « Ça me fait tellement plaisir mon frère, tu ne t’en rends pas compte », nous souffle-t-il à la fin de l’entretien mené sur les marches marbrées du Théâtre national Mohammed V, face à l’impossibilité de s’isoler en coulisses.


On a toujours dit de ton travail que c’était une sorte de pont entre l’ancienne et la nouvelle génération de rap français. A 39 ans, est-ce que tu assumes désormais ton statut d’ancien ?

Je ne me considère ni ancien ni nouveau. Sans manquer de respect aux Sages Poètes de la rue, à Assassin à Oxmo Puccino ou à tous les grands, j’ai suivi ce chemin dans les années 80 et 90, mais par la suite j’ai préféré façonner mon propre style dans lequel je me retrouve bien.


Tu te dis que tu as encore du temps devant toi

Oui, c’est ça (rires), mais pas trop non plus.



Tu as collaboré avec ElGrande Toto sur Casablanca (2020) et c’est ton unique featuring dans Mots croisés (2022) . Peut-on dire maintenant que tu es son demi-parrain ?

On a réussi à faire venir Toto au Demi Festival. Ça fait longtemps qu’on se côtoie, je le considère aujourd’hui comme un frère. Aujourd’hui, il représente bien la musique marocaine et essaie de l’exporter au maximum, tout autant que d’autres qui sont peut-être moins connus, comme Draganov. Ils n’attendent rien de personne et font tout tous seuls.


Il y a dans ton travail une espèce d’obsession des années 90. C’est quasiment tout le temps en filigrane dans tes morceaux. Pourquoi ?

On dit que le bomba revient, moi je te dirais qu’il n’a jamais disparu. Parfois j’essaie de sortir de cette zone de confort. Je respecte les artistes de mon époque qui ont réussi le virage. Pour ma part, je ne veux pas encore m’aventurer là-dedans. Je crains de rater le coche et me retrouver à forcer un renouvellement. Aujourd’hui, je suis content de pouvoir persévérer dans ce style.


Les rappeurs marocains peuvent-ils se frayer une place auprès de l’auditoire francophone en Europe ?

Les rappeurs français ont beaucoup bloqué sur le rap américain. Ça consiste uniquement à bouger la tête et prendre la vibe. On écoute sans forcément comprendre un mot. Puis il y a eu la vague du rap UK et sa drill. Aujourd’hui, le rap marocain est un mélange de tout cela. Vu comment c’est bien fait, ça n’a rien à envier au rap américain ou européen. Aujourd’hui, tu peux trouver des petits producteurs qui sortent des dingueries sur un ordinateur Acer. Le rap marocain a attendu beaucoup de temps avant d’atteindre une envergure internationale. A l’époque de Muslim, Don Bigg, l’idée était de faire passer des messages et de prendre des risques, c’était bien plus difficile qu’aujourd’hui.



Aujourd’hui la concurrence est tellement rude dans le milieu du rap. Les artistes se sentent quasiment obligés de publier tout le temps des projets pour exister. Ce n’est pas ton cas. Pourquoi ?

J’habite à Sète, tout est beaucoup plus lent dans le sud. On prend deux fois plus de temps pour réfléchir (rires), on se prend la tête parfois pour des choses complètement insignifiantes. On est donc loin de la machine parisienne où il faut enchaîner les sons. En revanche, j’enchaîne les concerts. On en fait en moyenne 80 par an. C’est le cas depuis 25 ans maintenant. C’est plus la scène qui m’attire que le studio. Je cherche pas à être sur les journaux et à faire parler de moi.


Après Rabat, tu t’embarques dans ce que tu appelles un tour du monde avec plusieurs dates prévues en Polynésie française mais aussi au Vietnam…

Pendant le confinement, on a trouvé des organisateurs indépendants et on s’est rendu compte qu’il y avait moyen d’aller à la rencontre des gens là-bas dans des bars et des associations qui n’ont pas beaucoup de ressources. On essaie de pas les saigner et de trouver un équilibre entre leurs budgets, les billets d’avion et le cachet.


Un pronostic pour les parcours de la France et du Maroc à la Coupe du monde ?

Apparemment le Maroc va aller loin (il sourit). Vu que c’est organisé cette année par un pays musulman (il fait des guillemets avec les doigts), espérons que ce soit un pays africain qui puisse aller loin. Le ballon c’est le ballon, il y a toujours des surprises. En tout cas je vais suivre le Mondial à fond même si je serai en décalage horaire (rires).

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