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«Djihadistes de père en fils», le docu glaçant sur les enfants formés à la terreur

17.11.2019 à 23 H 46 • Mis à jour le 17.11.2019 à 23 H 46
Par et
Nommé aux Oscars et Prix du meilleur documentaire au festival de Sundance en 2018 où son réalisateur Talal Derki avait déjà été distingué en 2014 pour «The Returns of Homs», le film choc «Djihadistes de père en fils» («Of Fathers and Sons») décrit l’univers des jihadistes à travers le processus de radicalisation de leurs enfants. Un film sombre et terrifiant sur l'emprise d'une idéologie mortifère

Des enfants s’amusent près de chez eux dans les paysages arides et poussiéreux du nord de la Syrie. Leur jeu n’a pourtant rien d’ordinaire : ils utilisent une bombe en guise de ballon.


La scène est l’une des plus glaçantes de Djihadistes de père en fils, le dernier documentaire du réalisateur Talal Derki sur le quotidien de jihadistes dans sa Syrie natale, diffusé mardi prochain à 20h50 sur Arte.


« Je voyais mon garçon de 6 ans à travers la lentille de la caméra », a-t-il confié dans un entretien à l’AFP, à Los Angeles, à propos de cette scène « qui (lui) a brisé le cœur ».


Le cinéaste a suivi dans la province d’Idlib pendant plus de deux ans une famille islamiste d’une région ravagée par la guerre, près de la frontière avec la Turquie, s’intéressant surtout aux enfants afin de suivre leur processus de radicalisation.


« Cette chronique subtile transmet, séquence après séquence, la destruction à l’œuvre et l’emprise d’une idéologie mortifère qui exalte la force. Mais elle capte en même temps, et c’est ce qui la rend déchirante, la vérité de l’enfance, dans son immédiateté et sa vulnérabilité, sa cruauté et son innocence », raconte Arte.



Il en ressort un documentaire sombre et troublant de 98 minutes qui offre une rare plongée dans l’univers des jihadistes.


Sorti en novembre 2018 aux Etats-Unis, le film a été nominé aux Oscars et a remporté le prix du meilleur documentaire du festival de Sundance, où Talal Derki avait déjà été distingué en 2014, dans la même catégorie, pour The Return to Homs.



Djihadistes de père en fils ( Of Fathers and Sons en anglais) suit les pas d’Abou Oussama -l’un des fondateurs du Front al-Nosra, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda- tandis qu’il prépare au jihad deux de ses huit fils : Oussama (13 ans), comme le héros de son père, Oussama ben Laden, et Ayman (12 ans), en référence à Ayman al-Zawahiri, l’actuel chef d’Al-Qaïda.


Ancien cameraman freelance pour Reuters et CNN installé sous protection policière à Berlin, Talal Derki dit avoir gagné la confiance d’Abou Oussama en se faisant passer pour un photographe de guerre acquis à la cause jihadiste. Il a, sur deux ans et demi, séjourné à plusieurs reprises avec la famille, partageant ses moments les plus intimes.


L’horreur du documentaire ne découle pas de la violence, du sang ou d’autres scènes morbides. Elle s’impose surtout au spectateur par la transformation brutale des enfants, d’âmes innocentes à combattants jihadistes.


« C’est un film qui vous fait comprendre comment fonctionne le cerveau », explique le Syrien de 42 ans, toujours hanté parce ce qu’il a vu. « Je continue à m’en remettre. Je dois prendre des cachets pour m’endormir, car sinon je fais des cauchemars ».


De ses nuits agitées remonte sûrement une autre scène du film dans laquelle l’un des enfants annonce fièrement à son père avoir tué un petit oiseau.


« Nous avons posé sa tête et l’avons coupée, comme vous l’avez fait, père, à cet homme », raconte le garçon.


L’environnement désertique, labouré par les bombes, et l’invisibilité des femmes de la famille ajoutent au sentiment de désespoir qui traverse le film.


« Les femmes sont les plus grandes victimes dans cette société », estime Talal Derki. « J’ai été là-bas pendant deux ans et demi et je ne sais même pas à quoi ressemble la mère de ces enfants. On ne prononçait pas son nom et je n’ai jamais entendu sa voix ».



Après avoir documenté, dans The Return to Homs, la révolution syrienne et la répression brutale du régime de Bachar al-Assad, Of Fathers and Sons était selon lui une nouvelle étape logique pour tenter d’expliquer le chaos dans lequel se trouve aujourd’hui la Syrie.


« Nous devons utiliser notre arme, le cinéma, pour montrer ce qu’il s’y passe vraiment, qui sont ces gens, et le lavage de cerveau qu’ils font subir à population », dénonce-t-il.


« Nous devons réfléchir avant de bombarder une région, avant de laisser un dictateur tuer son propre peuple avec des armes lourdes ».


Une fois tournées les dernières images de son documentaire, Talal Derki s’est fait tatouer le bras droit et percer l’oreille afin de ne pas être tenté de s’infiltrer à nouveau parmi les jihadistes. « C’est ma façon de m’assurer que je n’y retournerai pas ».


Djihadistes de père en fils, de Talal Derki, documentaire, 98 mn, diffusion sur Arte, 19 novembre, 20h50

Par La rédaction
Le Desk Culture