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Archéologie

Les plus anciens bijoux du monde découverts au Maroc

20.11.2021 à 14 H 00 • Mis à jour le 20.11.2021 à 14 H 01
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Dans une grotte de l'ouest du Maroc, non loin de la ville côtière d’Essaouira, des archéologues ont découvert les plus anciens bijoux du monde : un ensemble de perles de coquillages datant d'il y a 142 000 et 150 000 ans

Fabriquées à partir de coquilles d’escargots de mer, les ornements sont apparus lors de fouilles menées entre 2014 et 2018 près de de la grotte de Bizmoune, à environ 16 km de la ville côtière d’Essaouira. Les archéologues ont découvert la grotte en 2004, et les premières fouilles avaient été menées en 2007, 2008 et 2009. L’équipe à l’origine de la découverte a publié ses découvertes plus tôt cet automne dans la revue Science Advances.


La découverte archéologique à la grotte de Bizmoune est un nouvel indice qui vient révéler le plus ancien comportement symbolique humain et l’un des plus anciens éléments de parure découverts à ce jour.


Elle est constituée de 32 coquilles façonnées de gastéropodes marins dans un niveau datant de 142 000 à 150 000 ans et qui sont des artefacts fabriqués à partir de coquilles marines récoltées par les humains et issues d’une mer qui était située à une cinquantaine de kilomètres de la grotte de Bizmoune.


Le travail intentionnel d’un artisan

Perforées volontairement par l’Homme afin d’être portées comme colliers, bracelets et même attachées aux vêtements, ces coquilles marines portaient une couleur rouge (oxyde de fer) qui peut avoir comme signification le sang, la vie ou les liens de parenté. Beaucoup ont des bords lissés et polis, suggérant le travail intentionnel d’un artisan. Ils sont similaires à d’autres découvertes sur le continent africain, mais les premiers exemples n’avaient auparavant que 130 000 ans. Ce type de parure préhistorique apparaît plus abondamment au Maroc qu’ailleurs dans les quelques pays d’Afrique et du Moyen-Orient.


Les archéologues ont utilisé des datations en série à l’uranium, qui mesurent la désintégration radioactive de l’uranium, pour tester l’âge des billes et des couches environnantes de cendres et de sédiments. Les perles proviennent de deux espèces d’escargots de mer : la Columbella rustica, de la famille des escargots colombes, et Tritia gibbosula, communément appelée la nasse gonflée.


La découverte de Bizmoune offre aussi des informations cruciales sur l’origine du comportement symbolique de l’être humain, pouvant avoir plusieurs significations, à savoir des indices sur les relations et rapports entre membres du même groupe ou d’autres communautés, ou sur la présence d’une langue commune et d’une identité.


Ces coquillages découverts ne peuvent nullement être consommés en vue de leurs tailles qui est moins de 4 cm et mettent également en avant la place de la femme qui aurait un rôle important dans les sociétés d’Homo sapiens d’il y a 150 000 ans, de par la forme générale des artefacts qui rappellerait celle d’une femme.


Les perles vieilles de 150 000 ans pourraient avoir été portées comme boucles d'oreilles ou sur un collier. Photo d'Abdeljalil Bouzouggar / Université de l'Arizona.


C’est ainsi que des coquilles du même genre ont été découvertes plutôt dans plusieurs sites en Afrique et au Moyen-Orient, notamment la grotte de Blombos en Afrique du Sud (datant de 75 000 ans), la grotte de Skhul en Israël (environ 135 000 ans) et au Maroc au Rhafas, Oujda (80 000 ans), Berkane (82 000 ans), à Ifri n’Ammar, Nador (80 000 ans), à El Mnasra, Témara (110 000 ans) et dans la grotte des Contrebandiers à Témara (116 000 ans).


La découverte de Bizmoune a été portée par une équipe de chercheurs pluridisciplinaire et internationale, dirigée par le professeur d’archéologie préhistorique à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), Abdeljalil Bouzouggar.


Une identité partagée de groupe

 « Ces coquillages retrouvés n’ont pas été uniquement portés à des fins d’embellissement, mais aussi pour renvoyer des messages et mettre en avant une identité partagée par un même groupe », a-t-il précisé. Selon le chercheur, les implications de cette découverte révèlent pour la première fois l’utilisation préhistorique du corps humain en tant que support afin de communiquer avec ses semblables.


« [Les perles] faisaient probablement partie de la façon dont les gens exprimaient leur identité avec leurs vêtements », a déclaré Steven L. Kuhn, professeur d’anthropologie à l’Université de l’Arizona et l’un des auteurs de l’article dans Science Advances. « Ils sont la pointe de l’iceberg pour ce genre de trait humain. Ils montrent qu’il était présent il y a même des centaines de milliers d’années, et que les humains étaient intéressés à communiquer avec de plus grands groupes de personnes que leurs amis immédiats et leur famille ». Et d’ajouter : « Nous ne savons pas ce qu’ils voulaient dire mais ce sont clairement des objets symboliques qui ont été déployés de manière à ce que d’autres personnes puissent les voir ».


Le Maroc, cette terre d’addition des civilisations et des cultures et d’histoire ancestrale, n’a cessé d’assouvir la curiosité humaine sur ces origines. Ainsi, plusieurs découvertes du paléolitique ont été identifiées, notamment la première activité humaine à Carrière Thomas (Casablanca), vieille de 1.3 millions d’années, l’Homo sapiens à Jebel Irhoud (Youssoufia/300 000 ans), la première innovation symbolique au monde à Bizmoune (Essaouira) et le plus ancien ADN d’Homo sapiens en Afrique à la Grotte des Pigeons (Taforalt/15 000 ans).


La grotte de Bizmoune est le nom que la population locale attribue à cette cavité. C’est un mot issu de l’Amazighe qui signifie l’endroit aux lions ou la tanière de la lionne.

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Le Desk Culture