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Expo

Maria Karim, état d’âme et abysse au rendez-vous

23.02.2019 à 11 H 08 • Mis à jour le 23.02.2019 à 11 H 08
Par
16 autoportraits singuliers de l’artiste Maria Karim envoûtent les visiteurs du Palais Badii de Marrakech. Une déambulation dans les profondeurs de l’âme de l’artiste qui au fil de cinq années de travail se découvre avec une œuvre aussi marquante que magistrale

On peut dire que c’est un pari réussi pour une toute première exposition individuelle. Exposant au Palais Badii de Marrakech du 21 février au 24 mars, l’artiste Maria Karim a rapidement réussi à se démarquer, en présentant des autoportraits singuliers, fruits d’un travail s’étalant sur plus de cinq ans.


Ce sont 16 peintures qui viennent décrire les tourments de l’artiste, son évolution et son devenir. Au style soigné, les différents autoportraits, dignes d’une autofiction, impressionnent par leur précision. Pourtant sans yeux, ils viennent infirmer le célèbre dicton « les yeux sont le reflet de l’âme », permettant d’attirer le spectateur par une profondeur dans les traits du visage, ne changeant pas d’un portrait à un autre, comme pour nous rappeler qu’il s’agit toujours de la même personne au fil du temps, mais dans des états d’âme différents.



L’artiste pourrait bien changer donc, son état psychique influant le physique aussi. Mais l’âme des portraits qu’on peut voir au fil de l’exposition, et à qui on accole à chaque fois des prénoms, reste le même. L’occasion de questionner le devenir biologique humain, comme précisé par Salma Lahlou, curatrice de l’exposition.


Ora, Sofia, Ecra ou Mironda, l’artiste reste toujours là avec sa marque singulière. Au fil des portraits, présentés dans une scénographie rappelant celle des musées, les couleurs sont les mêmes, la figure restant centrale sur un fond blanc. Les portraits quant à eux ont été élaborés via l’utilisation de variantes de bleu, en plus d’un rouge caractérisant les tubes, comme signe d’un soudain changement ou d’une blessure passagère. Un choix qui n’est pas anodin : « Ce bleu c’est la guérison. Il apaise le corps. J’ai appris plus tard qu’il servait à soigner les victimes d’irradiation. Le rouge c’est la blessure et l’ancrage », précise Maria Karim.



Par un texte rédigé par la curatrice Salma Lahlou, on apprend que le parcours de Maria Karim est intrinsèquement lié au cadre esthétique de l’oeuvre présentée. Lauréate de l’école des beaux-arts de Casablanca, puis de l’école supérieure des arts à Aix en Provence, elle y acquiert déjà la maitrise technique pour ensuite découvrir la photographie qui définira la première partie de sa carrière.


En parallèle, elle continue à dessiner des portraits, tout en hésitant sur le bleu à utiliser, le changeant au fil des rencontres et des conseils. Elle laissera finalement le projet de côté, se consacrant à la vidéo et participant à plusieurs festivals. Il faudra attendre son retour au Maroc, en 2011, puis un 1er janvier 2014 pour finalement décider de réaliser les portraits présentés durant l’exposition. Et avec ça, viendra aussi la décision de se consacrer exclusivement à la peinture.


Remarque pertinente, la peinture de Maria Karim étant tellement singulière que l’artiste n’a même pas souhaité apposer sa signature. Une manière de s’affirmer dans un milieu où elle est promise d’entrer par la grande porte.



Hésitations, doutes, remises en question, abandon puis regain d’énergie seront son quotidien durant les cinq années de création, comme le témoignent les personnes proches l’ayant côtoyé à son atelier à Marrakech durant cette période. Toute une série d’émotions aujourd’hui dépeintes par les tourments d’un portrait féminin subissant les aléas du temps.


Maria Karim, Autoportraits, 2014-2019

Marrakech 1_54 Contenporary African Art Fair 21-24 février 2019

Exposition du 21 février au 24 mars 2019

16 peintures à l’huile réalisées entre 2014 et 2019

Par Soufiane Sbiti @sbiti_
Le Desk Culture