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Le bloc notes de la rédaction

Concert

Neila Tazi : le Festival d’Essaouira a réhabilité l’héritage africain du Maroc

01.07.2017 à 00 H 02 • Mis à jour le 05.07.2017 à 18 H 56
Par et
À cet égard, la productrice du festival a rappelé l'anthologie de la musique des Gnaoua qui a été réalisée afin de graver définitivement les textes chantés et le répertoire musical, de nombreux mâalems ayant disparu emportant avec eux une part de cette mémoire

Le Festival Gnaoua et Musiques du Mondes d’Essaouira, qui célèbre cette année ses vingt ans, a largement contribué à la réhabilitation d’un patrimoine important du Maroc, qu’est la culture gnaouie, fortement ancré dans un riche héritage africain, a souligné Neila Tazi, productrice de cette manifestation culturelle internationale.


En vingt ans d’existence, le chemin parcouru est considérable et « nous souhaitons rappeler à quel point, au-delà de la dimension culturelle, le Festival Gnaoua et Musique du Monde d’Essaouira a révélé le visage d’un Maroc nouveau, à la fois authentique et moderne, singulier et universel, et résolument africain », a indiqué Tazi dans une interview exclusive à la MAP.


Depuis sa création, le festival s’est appuyé sur un concept fort et est devenu un événement fédérateur et unique, loin de tout schéma établi, a-t-elle poursuivi, relevant qu’il s’est en permanence remis en question et essayé d’être au plus près des évolutions de la société.


« Nous avons ouvert de nouveaux espaces d’échange et de dialogue comme le Forum des droits de l’Homme, et des activités dédiées à la jeunesse comme les workshops avec les musiciens invités et les ateliers de musique pour jeunes », a-t-elle fait remarquer.


Pour la productrice du Festival, en étant à l’écoute des nouvelles formes de créations artistiques et musicales, aux tendances nouvelles, « nous essayons d’être le plus inclusifs possible et très attentifs à notre environnement local et global ».


Après avoir mis en avant la dimension culturelle qui est un des vecteurs les plus importants de la construction des relations à l’échelle continentale, Neïla Tazi a affiché la volonté de donner encore plus de résonance à l’échelle internationale à ce pan important du patrimoine national qu’est la culture Gnaoua.



Elle a, à cet égard, rappelé que la tournée, en mars dernier, à travers trois grandes villes (New York, Washington et Paris), a permis à des musiciens exceptionnels de rejoindre de grands maâlems Gnaoua sur scène pour fusionner leurs univers musicaux conformément à l’esprit de cette messe artistique et culturelle d’envergure.


Et d’ajouter que la présence du festival dans des salles mythiques telles que le Lincoln Center, le Kennedy Center (USA) ou encore le Bataclan (France) témoigne, si besoin est, de la notoriété de cette musique et qu’au-delà des rythmes et de la danse, c’est une culture porteuse de messages de paix et de tolérance, de partage et de respect mutuel.



De belles surprises pour cette 20è édition

Au sujet de la programmation de cette vingtième édition, Neïla Tazi a promis des concerts exceptionnels, des fusions inédites réunissant le meilleur de la tagnaouite et des musiques du monde, ajoutant qu’en véritable marque de fabrique du festival, le concept des fusions fait de chaque concert un moment unique et inédit, renouvelant à chaque fois l’aventure musicale.


« De belles surprises attendent le public, elles viennent du Congo, du Brésil, du Royaume-Uni, des USA, du Sénégal et d’Inde outre le Maroc. Et je dois dire qu’à chaque fois la magie opère. Que ce soit avec des grands noms du jazz ou de la musique africaine, avec des groupes des musiques du monde venus de Corée, des Emirats Arabes Unis ou de Géorgie, les maâlems Gnaoua arrivent à travers leur musique à donner de l’espace musical et créer le dialogue », a-t-elle dit.


Cette édition offrira, de même, aux festivaliers des concerts nostalgiques avec Gnawa Diffusion, Loy Ehrlich et Band of Gnawa, Hindi Zahra, Titi Robin, Mehdi Haddab, a tenu à faire savoir Mme Tazi, révélant qu’il y aura aussi des concerts découverte notamment avec la légende du blues, Lucky Peterson en fusion avec Mustapha Bakbou, l’incontournable Ismaël Lô pour la première fois à Essaouira, tout comme le brésilien Carlinhos Brown en fusion avec Mohamed Kouyou et le jazz new age de Bill Laurence en fusion avec un jeune Gnaoui à l’avenir prometteur Khalid Sansi.


Revenant sur le bilan du festival depuis son lancement il y a dix-neuf ans, Tazi estime que le pari est « réussi », indiquant, à ce propos, que de l’avis des Gnaoua eux-mêmes le festival a redonné vie à cette culture qui était menacée de disparition et qu’il leur a permis de mettre leur art et leur tradition en valeur, et de faire rayonner les noms de grands mâalems au Maroc et à l’international.


Selon elle, le festival a été pionnier en ce sens où il a initié un mouvement culturel qui n’a cessé de prendre de l’ampleur au cours de ces années, à l’image de groupes de la nouvelle scène musicale marocaine, mais aussi de courants musicaux que l’on retrouve partout dans le monde.



Une valorisation du côté profane de cette musique

« Nous avons choisi de valoriser le côté profane de cette musique durant ces trois jours de fête parce que le public est nombreux et les concerts ont lieu essentiellement sur les grandes scènes », a relevé Tazi, tenant à préciser que le répertoire traditionnel est présenté dans des petits lieux, les zaouias et des riads dont la capacité d’accueil est limitée.


Elle a, en outre, assuré que le travail va bien au-delà des jours du festival, à travers l’association Yerma Gnaoua qui œuvre à la sauvegarde et la promotion de l’art des Gnaoua.


À cet égard, elle a rappelé l’anthologie de la musique des Gnaoua qui a été réalisée afin de graver définitivement les textes chantés et le répertoire musical, de nombreux mâalems ayant disparu emportant avec eux une part de cette mémoire.


Et de poursuivre que le projet qui lui tient à coeur est maintenant l’inscription de la culture Gnaoua au patrimoine oral et immatériel de l’humanité de l’Unesco, précisant que le dossier de la demande a été déposé il y a plus d’un an. « Nous fondons tous nos espoirs sur le ministère de la Culture et sa direction du patrimoine pour le faire aboutir », a-t-elle souhaité.

Des retombées socio-économiques indéniables

Au sujet des retombées socio-économiques du festival, elle indiqué que cette manifestation a bénéficié il y a trois ans du soutien du cabinet marocain Valyans Consulting qui a mené une étude avec pour objectif d’évaluer l’impact socio-économique sur la ville d’Essaouira. Des estimations ont été réalisées sur la base d’enquêtes de terrain menées auprès des institutionnels (province, conseil municipal, délégation du Tourisme, etc.), des opérateurs économiques (hôteliers, restaurateurs, commerces, artisans, etc.) et des visiteurs.


Les conclusions de l’étude démontrent que 60 % des répondants associent Essaouira à l’art, au festival et aux Gnaoua, et que chaque dirham investi dans le festival en a généré 17 pour la ville.


Des remontées concrètes qui confortent la volonté d’inviter l’ensemble des acteurs concernés, publics ou privés, à renforcer à l’avenir le cadre de la collaboration, pour inscrire le festival dans une vision à long terme, pour assurer sa pérennité et son développement conformément aux exigences d’un tel projet.


Par ailleurs, Tazi a affiché sa satisfaction et sa fierté d’avoir réussi à célébrer vingt années de ce festival « militant sans interruption et avec la même passion ».


« C’est bien la démonstration qu’avec de la volonté, du travail collectif on peut avancer même si les choses sont difficiles. C’est une belle réalisation dont l’esprit et la générosité perdurent et font oublier tous les obstacles que nous avons pu rencontrer », a-t-elle conclu.

Par La rédaction
Le Desk Culture