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Le bloc notes de la rédaction

Expo

Tollé contre la Fondation des musées pour une exposition impliquant Chaibia

15.10.2018 à 18 H 46 • Mis à jour le 15.10.2018 à 18 H 46
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Une exposition prévue le 23 octobre au MMVI de Rabat, mêlant les œuvres de Chaibia Tallal, Fatima Hassan El Farrouj et Radia Bent Lhoucine, provoque la consternation dans le milieu artistique. Hossein Tallal, fils de Chaibia, témoigne d’un choix unilatéral de Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées (FNM) qui n’a pas obtenu son consentement

La Fondation nationale des musées subit un tollé de critiques. En cause, une exposition réunissant trois artistes-peintres marocaines, Chaibia Tallal, Fatima Hassan El Farrouj et Radia Bent Lhoucine. Sous le titre évocateur « Voyages aux sources de l’art », le vernissage devrait avoir lieu le 23 octobre à 18h au MMVI de Rabat. Si le président de la Fondation, Mehdi Qotbi, nous confie que « le rôle du musée est de mettre en avant le patrimoine marocain artistique », l’idée ne fait pas l’unanimité dans le milieu artistique. Parmi les premiers à dénoncer le cadre voulu pour l’exposition, le fils de Chaibia.


L’artiste Hossein Tallal, 75 ans, reproche aux organisateurs de ne pas s’être concerté avec lui. « À l’origine, on m’a appelé pour faire une exposition sur Chaibia Tallal. Mehdi Qotbi et Abdelaziz Idrissi m’ont invité à venir au musée afin de repérer les espaces devant accueillir les œuvres choisies », témoigne-t-il. « J’avais même réalisé une liste des œuvres et proposé comme titre de l’exposition ‘Art et Archives’ », explique-t-il. Déception pour lui, lorsque sur les lieux, il ne rencontre finalement qu’Abdelaziz Idirissi, le directeur du musée d’art contemporain et par ailleurs commissaire de l’exposition, le temps d’une dizaine de minutes.


La déconvenue sera encore plus grande lorsque quelques semaines plus tard, il découvre dans la presse qu’il ne s’agira pas d’une exposition dédiée à sa mère, mais plutôt un évènement réunissant aussi Fatima Hassan El Farrouj et Radia Bent Lhoucine, mère du peintre Miloud Labied.


« Un rapport violent » avec un membre estimé et respecté de la famille de Chaibia Tallal, que ne tarde pas à dénoncer Hicham Daoudi, patron d’Art Holding Morocco. Dans un post publié sur Facebook, ce spécialiste du marché de l’art au Maroc égrène ses griefs contre la Fondation nationale des musées. « Nous, dans la scène artistique, on a pour principe de respecter le droit moral et le droit d’auteur, c’est la base même de notre métier », regrette Daoudi, soulignant l’amertume vécue par Houssein Tallal.



Une distinction artistique qui n’a pas été respectée

« Qu’il critique, c’est son affaire », réplique Mehdi Qotbi, faisant fi des arguments qui fusent sur l’incohérence de l’évènement. « Les modes d’expression sont différentes. Les destinées de chacune le sont aussi », précise Hicham Daoudi. Même constat chez Aziz Aouadi, marchand d’art reconnu, qui abonde dans le même sens en indiquant que « Hossein Talal considère, concernant le travail de sa mère, que c’est de l’art brut. A savoir qu’on y fait abstraction de la culture, on peint comme un enfant. Si on voit l’œuvre d’un peintre d’art brut, on ne peut pas savoir s’il est Marocain, Australien ou d’une autre nationalité », explique-t-il pour distinguer l’œuvre de Chaibia Tallal de celles des deux autres peintres marocaines exposées. « Pour ce qui est de l’art naïf, il est question de peindre de façon simplifiée la représentation qu’on voit. Une scène de mariage, de couscous ou autre, qui nous renseigne sur la culture propre au peintre », ajoute-il.


Autant d’éléments soutenus également par Hicham Daoudi qui insiste sur la distinction à faire dans ce cas particulier. Le fait étant que ce type d’expositions laisse « des traces dans l’histoire de l’art marocain. C’est un travail scientifique qui pourrait servir les années prochaines », nous explique-t-il, comme pour prioriser la rigueur artistique et scientifique qui doit accompagner tout travail d’exposition.


Une vision différente de celle de Mehdi Qotbi et de l’exposition soutenue par sa Fondation nationale des musées. « Nous avons pensé qu’il fallait donner la possibilité à trois femmes qui ont un langage semblable d’exposer ensemble », ajoute le patron de la Fondation, par ailleurs lui-même peintre, pour insister que les trois artistes « ont une qualité semblable, aucune n’est meilleure que l’autre. Ce sont des artistes qui sont respectables », sans pour autant s’attarder sur les considérations qui les différencient.



Quoi qu’il en soit, l’exposition devrait avoir lieu contre vents et marées le 23 octobre. Les invitations sont déjà lancées, alors que d’autres voix de la scène artistique dénoncent l’intérêt donné à l’évènement par ses organisateurs, qui contraste d’ailleurs avec le soin apporté à d’autres expositions d’artistes internationaux. Preuve en est, son matériel ne comportant ni catalogues ni indications concernant le contenu exposé, et encore moins d’explication rationnelle quant au thème choisi : « Voyage aux sources de l’art », une assertion infirmée par autant de spécialistes interrogés qui estiment inapproprié de dater le fait originel de l’art marocain de cette manière inconvenante.

Par Soufiane Sbiti @sbiti_
Le Desk Culture