Il y a, dans la manière dont une institution statistique choisit son horizon, une décision politique qui ne dit pas son nom. En retenant 2060, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a fait un choix qu'il justifie en deux lignes dans son rapport Projections de la population du Maroc 2024-2060, publié ce mois-ci : un horizon « suffisamment long pour observer les effets structurels des évolutions démographiques », mais « assez proche pour limiter l'incertitude ». L'argument est irréprochable sur le plan scientifique. Il a produit, sur le plan du débat public, un effet secondaire massif.
Depuis la publication du rapport, la presse raconte la même histoire, et c'est celle que le HCP a mise en avant : le vieillissement. Un Marocain sur quatre aura 60 ans ou plus en 2060, les personnes âgées passeront de 5 à 10,9 millions, le rapport de dépendance grimpera à 73,5 %, les caisses de retraite, déjà déficitaires, ne tiendront pas. Tout cela est vrai. Tout cela est aussi commodément lointain. 2060, c'est dans 34 ans, soit 7 législatures. Aucun ministre en exercice, aucun directeur de caisse, aucun élu du 23 septembre prochain n'aura de comptes à rendre sur 2060.
Les annexes du même rapport, 30 pages de tableaux année par année, passées inaperçues, racontent une histoire autrement plus dérangeante. La décennie qui vient concentre trois basculements simultanés. Le premier est une vague de jeunes, et non une pénurie. Le deuxième est le vieillissement, mais bien avant la date annoncée. Le troisième est une contraction scolaire brutale, suivie d'un rebond que personne n'anticipe. Et, contrairement au récit de 2060, aucun de ces trois mouvements ne dépend d'une hypothèse contestable. Les personnes concernées sont toutes nées, toutes recensées, toutes comptées lors du recensement général (RGPH) de 2024.
Abonnez-vous pour continuer la lecture
à partir de 40 dh par mois
(facturé annuellement)
Choisir une offre
