Seules 15 % des Marocaines de 60 ans et plus perçoivent une pension. Pour les hommes, le chiffre est de 37 %. Le ratio des montants moyens versés est plus brutal encore : 11,1 % en 2020, soit des pensions féminines 9 fois inférieures aux pensions masculines. Une étude publiée ce 18 mai par le Haut-Commissariat au Plan en partenariat avec ONU Femmes Maroc soutient que cet écart se comblera moins vite que ne le prétendent les optimistes démographiques, et qu'il viendra buter, à partir de 2040, contre un plafond structurel autour de 41 % que le seul renouvellement des générations ne franchira pas.
Le diagnostic est porté par un rapport analytique de 184 pages, accompagné d'un résumé exécutif, qui projette les dynamiques du marché du travail et du système de retraite marocains jusqu'en 2070. Il s'agit du diagnostic le plus intégré qu'on ait produit sur une question habituellement traitée en silos : informalité, participation féminine, vieillissement. Sa conclusion est inconfortable. Laissé à lui-même, le système produira une convergence, mais pas celle que les réformateurs vendent.
Un système, pas trois problèmes
L'apport conceptuel central tient au traitement intégré de trois dynamiques. Une économie informelle absorbant plus des trois quarts de l'emploi total selon la définition retenue par le rapport (non-affiliation à une couverture maladie et à un régime de retraite) et plus de 95 % dans l'agriculture. Une participation économique féminine de 19,1 % en 2024 contre 68,6 % pour les hommes, l'une des plus faibles parmi les pays à revenu intermédiaire, dont 71,9 % se déroule dans l'informel et où la majorité prend la forme d'aide familiale non rémunérée. Un ratio de dépendance vieillesse passant de 18,7 % en 2021 à 39,3 % projetés en 2050.
Le HCP démontre que ces trois axes forment un système avec rétroactions. L'informalité érode la couverture contributive. La faible participation féminine étrangle la base de cotisation. Le vieillissement convertit les écarts d'hier en pressions fiscales et en charges de soin non rémunérées, qui pèsent à leur tour sur l'emploi féminin. La part des 60 ans et plus passerait de 12,3 % en 2020 à 36,1 % en 2070, le rapport de dépendance global, après être passé par un creux de 57,3 % en 2035, précisément la fenêtre d'action identifiée par le rapport, remonterait à 87,5 % à l'horizon final.
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