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Maroc-Israël : des relations commerciales boostées par la nouvelle alliance stratégique

25.08.2022 à 19 H 36 • Mis à jour le 26.08.2022 à 10 H 08 • Temps de lecture : 8 minutes
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Elles ne sont pas encore au niveau de l’ambition affichée par les deux pays, mais les dernières statistiques du commerce extérieur entre Rabat et Tel Aviv, rendues publiques par la base de données des Nations Unies sur le commerce mondial (Comtrade) montrent une hausse significative de leurs échanges dans le sillage de leur rapprochement stratégique

Selon la base de données des Nations Unies sur le commerce mondial (Comtrade) mise à jour en août 2022, les exportations marocaines vers Israël s'élevaient à plus de 117 millions de dollars (M $), tandis que les importations marocaines depuis Israël s'élevaient à 30,72 M $, au cours de l'année 2021.


En 2018, avant la normalisation des relations diplomatiques entre Rabat et Tel Aviv, les exportations d'Israël vers le Maroc ne dépassaient pas les 5 M $ tandis que les exportations marocaines vers Israël s'élevaient à plus de 60 M $, selon la même source.


Dans le détail, les exportations du Maroc vers Israël se répartissent comme suit : Textile (79,96 M $), légumes et fruits (4,57 M $), sucres et sucreries (21,22 M $), viandes et poissons (2,79 M $), équipements électriques et électroniques (1,20 M $) ...


Les exportations israéliennes vers le Maroc concernent principalement les aéronefs et engins spatiaux (18,96 M $), les plastiques (4,17 M $ les produits chimiques (3,66 M $) et les équipements électriques et électroniques (1,48 M $).


La base de données statistiques des Nations Unies indique que les importations du Maroc vers Israël ont enregistré la plus forte baisse jamais enregistrée dans l'année qui a suivi la rupture des relations, puisqu'elles sont passées de 1,75 M $ en 2000 à 885 000 dollars en 2001, avant de remonter à un million, les années suivantes.


Les données révèlent également que les échanges commerciaux entre les deux pays n'ont jamais cessé (certains par ailleurs supposés dans le domaine sécuritaire n’ayant pas été reconnus). D'ailleurs, les exportations d'Israël vers le Maroc en 2000 et 2001 ont été supérieures à celles enregistrées avant la rupture des relations diplomatiques.


Une coopération militaire d’envergure

Après une première entente sur une collaboration en matière de cyberdéfense, en marge de la visite du ministre israélien de la Défense Benny Gantz au Maroc en novembre 2021, Israël a signé un accord « historique » de coopération militaire avec le Maroc. 

 

Dans ce contexte, un média local rapportait que la firme israélienne Skylock Systems (appartenant au groupe Avnon), spécialisée dans les technologies anti-drones, aurait conclu un contrat avec le Maroc pour lui fournir son système Skylock Dome qui détecte, vérifie et neutralise les drones.


Quelques mois plus tard, Rabat négociait avec l’IAI pour l’acquisition de missiles Barak-8, avant de signer un accord d’une valeur de plus 500 millions de dollars sur le système de défense antimissiles Barak MX que l’Israël Aerospace Industries (IAI) fournira aux Forces armées royales (FAR).


En mars dernier, le Maroc a signé un mémorandum d’entente dans le secteur de l’aéronautique avec Israël Aerospace Industries (IAI), en marge de la visite de l'ancien ministre israélien de la Défense et président du conseil d’administration de l’IAI, Amir Peretz.


Comme nous le rapportions précédemment, ce partenariat « s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Déclaration conjointe entre le Maroc et Israël signée le 22 décembre 2020 à Rabat, dans laquelle les deux pays ont exprimé leur volonté de promouvoir une coopération économique bilatérale dynamique et innovante dans les domaines de l'investissement et de la technologie ».

 

Si l’armée royale opère déjà des drones israéliens Harfang, le Maroc a versé 22 M $ à Israel Aerospace Industries pour des drones kamikazes. Deux tranches de versements à la firme israélienne figurent sur ses rapports financiers pour le troisième trimestre 2021, soumis à la Bourse de Tel Aviv. Les paiements correspondent à l’achat de drones « suicide » Harop.


Le Maroc aurait aussi commandé des drones auprès de Bluebird Aero Systems.


Rabat serait en outre intéressé par le bouclier antimissiles d’Israël (Dôme de Fer) qui permet notamment d’intercepter des projectiles et des cibles de petite taille : obus, roquettes et drones. Le système, déployé aux frontières du territoire palestinien de Gaza, assurerait une meilleure défense du mur de sable au Sahara, mais aussi des zones civiles et militaires à caractère sensible.


En dépit du lobby pro-algérien au Sénat américain, le texte de loi sur les engagements de dépenses militaires au titre de l’exercice fiscal 2023 prévoit une coopération soutenue avec le Maroc, pays signataire des Accords d’Abraham et ce dans le cadre des efforts de Washington à concrétiser un axe arabe face à la menace iranienne et de ses proxys dans la région. Une alliance trilatérale confirmée par la présence de Tsahal aux exercices African Lion en 2022 et prochainement à titre d’exemple par l’usage des bases aériennes du royaume, qui devrait booster les exportations de matériel militaire israélien vers le Maroc.


Energie, agriculture, startups…

Comme nous le rapportions précédemment, la société israélienne Ratio Petroleum a signé en octobre 2021, un accord avec l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) qui lui a accordé une licence exclusive pour l’exploration des gisements potentiels de pétrole et de gaz au large de Dakhla.


Dans le cadre de cet accord, Ratio Petroleum aura 75 % des droits d'exploration pour le pétrole et le gaz dans une zone de 109 mille kilomètres carrés, et devra supporter 100 % des frais liés à l'exploration. La société israélienne cherchera des hydrocarbures dans les eaux peu profondes et profondes à environ 3 000 mètres, et l'accord restera en vigueur pendant une période de huit ans, avec possibilité de prorogation pour deux années supplémentaires en cas de découverte de ressources naturelles.


Afin de promouvoir les relations économiques et commerciales et le développement technologique entre le Maroc et Israël, le président de la CGEM, Chakib Alj a conclu en mars dernier un partenariat avec un groupement d’hommes d’affaires israéliens.


Cet accord « permettrait l'instauration d'un dialogue ouvert et durable entre la CGEM et les organisations professionnelles israéliennes, qui uniront leurs efforts pour créer une coopération forte entre les communautés d'affaires respectives dans les secteurs clés, mais aussi pour créer un échange d'informations et d'expériences dans des domaines d'intérêt commun, tels que l'import/export, l'innovation et la technologie".


Dans une perspective d’élargir la coopération entre le Maroc et Israël depuis la reprise des relations diplomatiques en fin 2020, et en marge de la visite de la ministre israélienne de l'Économie et de l’Industrie Orna Barbivai le 21 février, les deux pays ont signé un accord commercial destiné à faciliter les investissements.


Dans ce cadre, la ministre israélienne avait déclaré qu’« Israël aspire à faire passer le commerce avec le Maroc de 131 millions de dollars actuellement à 500 millions de dollars « bientôt » ».


L'accord stipule que « le Maroc et Israël affirment leurs droits et obligations actuels l'un envers l'autre en vertu de l'accord de l'Organisation mondiale du commerce ». Il stipule également que « chaque partie doit prendre huit mesures pour développer davantage le commerce entre les deux pays, y compris l'échange d'expériences et la coopération en matière de normalisation et de réglementation ».


Selon l'accord, les procédures portent également sur « la conduite d'une discussion pour la création de zones industrielles qualifiées au Maroc, et l'exonération de certains matériaux des droits de douane ou de toutes autres redevances fiscales ».


Comtrade Maroc-Israël
Comex Maroc-Israël : 2018-2021. Source : Comtrade / ONU. Infographie : Mohamed Mhannaoui/ Le Desk


A titre d’exemple, en août dernier, le plus grand producteur et exportateur d’agrumes d'Israël Mehadrin a conclu une joint-venture avec un exploitant agricole à Souk El Arbaâ, afin de produire au Maroc une grande quantité d’avocats destinés à l’export, à longueur d’année et à moindre coût. Le début de la plantation d’avocats était prévu pour le mois de mars de cette année et la production annuelle maximale est estimée à 10 000 tonnes d’avocats.


Autre exemple, dans le domaine du dessalement d’eau de mer, le Maroc est intéressé par l’expertise de l’Israélien Omis Water Ltd.


Le Maroc (à travers le bureau de liaison du Maroc à Tel-Aviv et la marque Morocco Now) a sponsorisé Axis Tel-Aviv 2022, une conférence annuelle informelle réunissant des investisseurs, des leaders de l'industrie et des experts, destinée à présenter les startups israéliennes les plus performantes et de faire découvrir l'écosystème d’innovation de Tel-Aviv. Là encore, les débouchés pour les firmes de la « Startup Nation » sont importants. A titre d’illustration, l'Israélien Kavkom, spécialiste de la VoIP vient de créer une filiale au Maroc, à travers la maison-mère installée à Jérusalem.

Le Maroc, un tremplin pour l'Afrique ?

Selon un article de recherche d'Al Jazeera Media Institute, intitulé "Caractéristiques des relations maroco-israéliennes dans le contexte de la normalisation : amis ou alliés ?", une partie conséquente de la coopération entre le Maroc et Israël a été menée de manière informelle, parrainée par le secteur privé dans les domaines du tourisme, de l'agriculture et du commerce, dans le sens où les données concernant l'étendue de la coopération ne sont pas exhaustives et parfois trompeuses. 


Cependant, grâce à la normalisation politique, la normalisation économique a officiellement permis aux produits israéliens d'entrer sur le marché marocain, les protégeant d'éventuels appels au boycott populaire.


L'auteur de l'article ajoute que « le Maroc n'est pas un marché important pour Israël, dans le sens où il représente un point d'entrée important pour étendre sa présence économique sur le continent africain, étant donné que les projets communs entre eux permettraient au Maroc d'agir comme intercesseur ».


Exemple parmi d’autres, la société israélienne à capitaux mexicains, Netafim, leader mondial de la technologie du goutte-à-goutte, discrètement implantée au Maroc depuis des années, a décidé, le jour de l’annonce du rétablissement des relations entre Rabat et Tel-Aviv, la création d’une filiale gabonaise à partir de son antenne marocaine.

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