Lue à plat, la séquence diplomatique qui s'est jouée sur la question du Sahara entre mars 2014 et avril 2026 dessine une courbe peu commune dans l'histoire récente des relations internationales : un démarrage lent, un palier historique en 2020, puis une accélération hyperbolique en 2024-2025.
La cartographie produite à partir de ces données est tout aussi explicite : l’appui au Maroc sur la question du Sahara a recouvert le ventre de l'Afrique, le bassin caribéen, s’est solidifiée dans la péninsule arabique, et s’est étendue à l'Europe occidentale et centrale. Les zones des absences se concentrent aujourd'hui sur la Russie, la Chine, l'Asie du Sud-Est, une partie du cône sud-américain et l'Iran.
Cent vingt-trois États plus l'Union européenne ont officiellement endossé le plan d'autonomie marocain ou explicitement reconnu la souveraineté du royaume sur le territoire. Le mouvement n'a plus d'équivalent depuis le ralliement à la décolonisation post-1960, mais avec une dynamique inverse : non plus l'émergence d'États souverains, mais la consolidation d'une souveraineté chahutée cinquante ans durant pas les résidus de la Guerre froide.
Cette bascule n'est pas seulement quantitative. Elle est désormais codifiée en en légitimité internationale depuis le 31 octobre 2025, date d'adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2797 qui érige l'initiative marocaine de 2007 en base exclusive des négociations. Pour la diplomatie marocaine, c'est l'aboutissement d'une stratégie patiente initiée cahin-caha au lendemain de la « Marche verte » de 1975 et systématisée depuis le retour de Rabat à l'Union africaine en 2017. Pour ses contradicteurs, l’Algérie, son proxy du Polisario, et un noyau dur d'États tiers-mondistes, c'est la consécration c'est la défaite sur fond de nostalgie de luttes communistes. Pour les chancelleries qui ont basculé, enfin, c'est l'acceptation d'un réalisme géostratégique qu'aucune doctrine purement idéologique n'avait su contenir.
Anatomie d'une accélération
L'histogramme des prises de position annuelles raconte une histoire en trois temps. Entre 2014 et 2019, la diplomatie marocaine pose des balises : 15 pays cumulés, à raison de 2 ou 3 par an, principalement en Afrique de l'Ouest et dans les Caraïbes, sans effet d'entraînement majeur. Le premier vrai palier s'ouvre fin 2020 (7 pays cette année-là), avec la reconnaissance américaine, suivent trois années de consolidation entre 2021 et 2023 (entre 9 et 13 pays par an) où s'engrange un effet boule de neige. Mais la masse critique est ailleurs : 28 pays en 2024, 28 encore en 2025, et déjà 12 en 4 mois pour 2026. Près de 45 % du total se concentrent sur ces 2 années et demie. La courbe s'est exponentialisée.
La heatmap régions-années met en lumière une particularité décisive : les colonnes 2024 et 2025 contiennent la masse critique des bascules européennes (22 des 31 États européens recensés se sont prononcés en 2 ans), tandis que l'Afrique étale sa contribution sur l'ensemble de la période. Lecture immédiate : un travail diplomatique africain de longue haleine, contre un effondrement plus brutal, et plus tardif, des résistances européennes.
Quatre actes, quatre verrous
La chronologie de la bascule peut se lire comme une succession de 4 verrous sautés, dont chacun a provoqué une libération régionale.
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