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Travail des enfants au Maroc : baisse dans le rural, persistance dans les villes

21.06.2026 à 13 H 55 • Mis à jour le 21.06.2026 à 13 H 55 • Temps de lecture : 4 minutes
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À l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre le travail des enfants, le Haut-Commissariat au Plan a publié, le 12 juin, une note rendant compte de son évolution au Maroc sur les 8 dernières années. Celle-ci indique que si le phénomène a connu une baisse prononcée en milieu rural, il semble atteindre un seuil incompressible en milieu urbain. Analyse
Travail des enfants au Maroc : état des lieux

Évolution des effectifs d’enfants au travail au Maroc (2017-2025)
- 2017 : 247 000 enfants
- 2018 : 231 000 enfants
- 2019 : 200 000 enfants
- 2020 : 147 000 enfants
- 2021 : 148 000 enfants
- 2022 : 127 000 enfants
- 2023 : 110 000 enfants
- 2024 : 101 000 enfants
- 2025 : 103 000 enfants

Évolution des effectifs d’enfants au travail en milieu rural (2017-2025)
- 2017 : 202 000 enfants
- 2018 : 191 000 enfants
- 2019 : 163 000 enfants
- 2020 : 119 000 enfants
- 2021 : 119 000 enfants
- 2022 : 104 000 enfants
- 2023 : 88 000 enfants
- 2024 : 78 000 enfants
- 2025 : 78 000 enfants

Évolution des effectifs d’enfants au travail en milieu urbain (2017-2025)
- 2017 : 45 000 enfants
- 2018 : 41 000 enfants
- 2019 : 37 000 enfants
- 2020 : 28 000 enfants
- 2021 : 29 000 enfants
- 2022 : 23 000 enfants
- 2023 : 22 000 enfants
- 2024 : 23 000 enfants
- 2025 : 25 000 enfants

Répartition par genre des effectifs d’enfants au travail (2025)
- Filles : 13,8%
- Garçons : 86,2%

Répartition par secteur des effectifs d’enfants au travail (2025)
Milieu rural
- Agriculture, forêt et pêche : 69,1%
- Services : n.d.
- Industrie : n.d.

Milieu urbain
- Agriculture, forêt et pêche : 20,4%
- Services : 51,2%
- Industrie : 28,4%

Répartition par statut des effectifs d’enfants au travail (2025)
Milieu rural
- Aide familiale : 57,9%
- Salarié : 32,6 %
- Apprenti : n.d.
- Autre : n.d.

Milieu urbain
- Aide familiale : 13,5 %
- Salarié : 58,6 %
- Apprenti : 25 %
- Autre : 2,9%

Dangerosité, vue d’ensemble
- Part des enfants au travail effectuant des travaux dangereux : 57,9%
- Effectif : 60 152 enfants
- Part dans la tranche 7–15 ans : 14,5%

Dangereux par secteur
- BTP : 71,3 %
- Industrie : 78,4 %
- Services : 76,3 %
- Agriculture, forêt et pêche : 43,6 %

Profil des enfants accomplissant des travaux dangereux
- Rural : 66,6%
- Garçons : 92,2%
- Entre 15 et 17 ans : 85,5%

Le lundi 15 juin, en réponse à une question orale de la députée Fatima Kheir (RNI, majorité), le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, s’est félicité des progrès réalisés par le Maroc en matière de lutte contre le travail infantile, qui a réussi, selon lui, à réduire le phénomène de 59 % au cours des 8 dernières années.


Cet autosatisfecit paraît discutable à la lecture de la note publiée quelques jours plus tôt par le Haut Commissariat au Plan (HCP), à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le travail des enfants. 


103 000 enfants engagés dans une activité économique 

Dans le cadre de son enquête nationale sur l’emploi, le HCP a recensé en 2025 près de 103 000 enfants âgés de 7 à 17 ans engagés dans une activité économique, soit 1,3 % de cette tranche d'âge. L’effectif marque effectivement un recul de 58,29 % par rapport à 2017, comme s’en est légitimement enorgueilli le ministre. Toutefois, ce dernier semble omettre que ce chiffre a évolué à la hausse sur un an, avec une progression de 2 % en 2025 par rapport à 2024. En clair, derrière la baisse sur le temps long, la tendance n'a rien de linéaire. 


Autre détail qui n’en est pas un : sur les quelque 144 000 enfants sortis du marché du travail entre 2017 et 2025, près de 86 % l'ont été en milieu rural, et seulement 14 % en milieu urbain. Cela signifie que le recul de l’emploi infantile est essentiellement le produit d’un reflux dans les campagnes, où le secteur agricole, principal employeur, a souffert ces 7 dernières années de sévères épisodes de sécheresse.


Une baisse grâce… à la sécheresse

La thèse d’un lien de causalité est d’autant plus opportune que la géographie du travail des enfants reste très marquée par une prédominance des zones rurales : 76,2 % des cas y sont recensés, contre 23,8 % en milieu urbain. La note du HCP y associe par ailleurs le corollaire de la déscolarisation : 88 % des enfants concernés ont quitté l'école, 1 % ne l'ont jamais fréquentée, et seuls 11 % étaient toujours scolarisés.


Mais c'est précisément l’évolution comparée dans les deux territoires qui interroge. En milieu rural, l’effectif des enfants au travail a chuté de quelque 61 % entre 2017 et 2024, avant de se stabiliser sur un an. Dans les villes, la baisse est plus modérée sur 8 ans (-44,43 %), et s’est même accompagnée d'un rebond de 8,7 % entre 2024 et 2025, avec 2 000 enfants nouvellement entrés dans le monde du travail. Autrement dit, alors que le travail infantile refluait en continu dans les campagnes, le résidu urbain, lui, ne diminue pratiquement plus depuis 2023 et tend même à croître, comme si la lutte butait sur un noyau dur difficile à résorber, au point de se poser en seuil quasi incompressible.


Secteurs prépondérants : l’agriculture et les services

Sans surprise, la répartition sectorielle est liée à la nature des activités économiques prépondérante dans chaque géographie. À la campagne, 69,1 % des enfants au travail le sont dans les secteurs de l'agriculture, de la forêt et de la pêche, et près de 6 sur 10 y sont des aides familiales (57,9 %), contre 32,6 % de salariés. En ville, l'activité se concentre dans les services (51,2 %) et l'industrie (28,4 %), avec une nette inversion des statuts : 58,6 % sont des salariés, 25 % des apprentis et 13,5 % des aides familiales.


C'est toutefois sur la question des travaux dangereux que le bilan est le plus inquiétant. Elle concernait en 2025 58,4 % de l’effectif, soit près de 60 000 enfants. Le recul est certes réel (ils étaient 162 000 dans ce cas en 2017, soit 65 % de l'effectif total), mais l'exposition demeure massive dans certains secteurs. Le HCP relève ainsi que 78,4 % des enfants travaillant dans l'industrie y sont soumis, 76,3 % dans les services et 71,3 % dans les BTP, contre 43,6 % dans l'agriculture, la forêt et la pêche. De quoi diluer les relents d’autocongratulation que comporte la réponse de Younes Sekkouri…

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