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Media Fail

Les fantaisies de la presse sur Jouahri « meilleur gouverneur de banque centrale au monde »

15.10.2017 à 19 H 40 • Mis à jour le 15.10.2017 à 19 H 44
Par Kenza Filali
À l'origine
« Le prix du meilleur gouverneur de banque centrale au monde décerné par le magazine spécialisé américain Global Finance, a été octroyé, samedi à Washington, au Wali de Bank Al Maghrib, Abdellatif Jouahri », annonce l’agence MAP, immédiatement reprise en fanfare par la presse à l'instar de La Nouvelle Tribune, ou d'Infomédiaire.

« Le prix a été reçu par Anis El Youssoufi, responsable du Département des relations internationales au sein de Bank Al-Maghrib, au nom de Jouahri, lors d'une cérémonie spéciale organisée au National Press Club, en marge des réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale », poursuit la MAP.

« Jouahri s’est distingué au Central Banker Report Cards 2017, un classement annuel établi par le magazine, en obtenant la note "A" (performance excellente), qui le place au sommet de la liste au même titre qu’une poignée de gouverneurs de banques centrales, à l’instar de ceux des Etats-Unis, de Taiwan et d’Australie », peut-on lire dans la dépêche.

« Ce classement, qui évalue les performances des gouverneurs de 83 pays clés en plus de l'Union européenne depuis 1994, est basé sur une échelle allant de "A" à "F" ("A" pour "performance excellente" et "F" pour "Echec total") », précise la MAP.

« Dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, Abdellatif Jouahri est le seul, avec les gouverneurs des banques centrales du Liban et d’Israël, à avoir réussi à se hisser cette année au top de ce classement mondial, qui prend en compte les performances en matière de contrôle de l’inflation, de croissance économique, de stabilité monétaire, et de gestion des taux d’intérêt », assure l’agence, qui ajoute enfin qu’ « au cours de cette cérémonie, qui coïncide cette année avec le 30è anniversaire du magazine, d'autres institutions financières ont été primées dans d'autres catégories de prix ».
Les détails
Depuis 23 ans, Global Finance évalue les banquiers centraux sur la qualité de leur travail. Leurs notes sont en grande partie basées sur le contrôle de l'inflation, la croissance économique, la stabilité de la monnaie et la gestion des taux d'intérêt. D'autres facteurs pris en compte sont les compétences des banquiers centraux dans la surveillance des institutions financières et leur détermination à protéger leur indépendance face à la pression politique.

« Une récolte agricole exceptionnelle et l'augmentation des exportations de phosphate pourraient stimuler la croissance économique du Maroc à 4,8% cette année. Le Fonds monétaire international n'a eu que des éloges pour l'engagement du pays en faveur des réformes financières et structurelles après la visite d'une équipe du personnel en juillet. Le FMI a approuvé une ligne de liquidité préventive de 3,5 milliards de dollars pour le Maroc l'année dernière, mais il n'a pas été utilisé. Bank al-Maghrib, la banque centrale, se dirige progressivement vers un taux de change flexible, ce qui, selon les analystes du FMI, permettra à l'économie de mieux absorber les chocs extérieurs et de préserver la compétitivité du pays », peut-on lire sur la fiche d’appréciation de Global Finance dédiée à Abdellatif Jouahri.
Les faits réels
Global Finance utilise le terme de « rating » et non de « ranking » pour évaluer les banquiers centraux, comme le note à juste titre l'économiste Zouheir Aït Benhamou dans un tweet :



 

A ce titre, le Marocain Abdellatif Jouahri est noté « A » au même titre que l’Israélien Karnit Flug, et que le Libanais Ryad Salameh dans la zone MEA. En tout, si on compile la liste mondiale, la brochette atteint la quinzaine...

Cette « gradation » n’a pas pour objet d’établir un classement du meilleur au pire, mais un score, et ne signifie absolument pas qu’un prix a été décerné dans cette logique, comme l’ont écrit la MAP et la presse qui l’a suivie dans sa grossière erreur d’interprétation.
Le verdict
A trop vouloir à chaque occasion (méritée ou pas) faire du Maroc et de ses officiels des champions sur piédestal, la communication officielle du royaume se perd dans des déductions trompeuses qui confinent à la démagogie et à la propagande stériles...

Par Kenza Filali
Le Desk Désintox