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Media Fail

Sahara: ce qu’a réellement dit Guterres au sujet des parties

22.01.2022 à 20 H 00 • Mis à jour le 22.01.2022 à 20 H 38
Par
À partir d'une déclaration d'Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, sur l'implication des deux parties dans le dossier du Sahara, à savoir le Maroc et le Polisario et d'une dépêche de l'AFP reprenant les propos, plusieurs médias ont vivement interpellé l'agence de presse française ce samedi. Voici ce qu'il en est réellement
À l'origine
Au commencement, une dépêche de l'Agence France Presse (AFP) qui fait sortir de leurs gonds médias officiels et semi-officiels: l'AFP y mentionne : « Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a réclamé vendredi un intérêt plus fort des deux côtés, le Maroc et le Front Polisario indépendantiste, pour résoudre le problème du Sahara occidental et pas seulement de maintenir un processus sans fin ». 

« Il est temps pour les parties de comprendre la nécessité d'un dialogue, de chercher une solution et pas seulement de maintenir un processus sans fin sans espoir de résolution », reprend aussi l'agence de presse française.

Ce qui pousse rapidement plusieurs médias de la place, dont notamment Le360, à écrire que « l'AFP déforme les propos du Secrétaire général de l'ONU ». « Après vérification, Le360 a constaté que la dépêche de l’AFP déforme outrageusement les propos du chef de l’ONU », précise-t-on. « Le titre de la dépêche AFP, publiée hier, vendredi 21 janvier, est mensonger », lit-on de même source.

La très officielle agence MAP a aussi réagi, en publiant deux dépêches: la première pour reprendre, comme on le verra, partiellement les propos de Guterres, et la seconde pour affirmer que « l'AFP vogue à contre-courant de l'ONU ». On y soupçonne par ailleurs l'AFP de parti-pris, sur fond de remontrances diplomatiques de Rabat envers Paris qui n'a jamais voulu marcher dans le pas de l'ex président américain Donald Trump en reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental... Une reconnaissance attendue de la part d'un pays pourtant allié indéfectible du Maroc.

« La faute professionnelle de l’AFP, s’ajoute ainsi à une série de papiers suggérés, de déclarations et de reportages zélés qui ne sont pas sans rappeler une campagne anti-Maroc orchestrée par des milieux qui s’agitent «hystériquement» contre les intérêts du Maroc et de la France », fait-on savoir.

D'autres médias ne manquent pas de reprendre la MAP, tandis que certains n'hésitent pas à demander des comptes à l'AFP. C'est le cas par exemple de Médias24 qui précise que « l'AFP est l'une des grandes agences de presse internationales. Elle est relayée sur tous les continents. Ceci lui confère la responsabilité morale et professionnelle de rectifier le contenu de sa dépêche. On verra bien si elle juge utile de le faire ou pas, et donc l'idée qu'elle se fait de sa mission ». 

Pour sa part, LeSiteInfo « se demande à quoi joue l'AFP ». Même réaction du côté des habituels Barlamane, Maroc Diplomatique ou encore Morocco World News.
Les détails
La conférence de presse d'Antonio Guterres a eu lieu ce 21 janvier. Il y a répondu à une série de questions de la part de journalistes qui représentent des médias internationaux.

L'échange qui nous intéresse a lieu entre le correspondant de l'agence de presse espagnole EFE et le patron de l'ONU. Le journaliste Mario Villar choisit de parler dans sa langue natale et pose la question suivante: « Concernant le Sahara Occidental, avec la visite de M. [Staffan] de Mistura dans la région, voyez-vous des possibilités de déblocage du conflit et quel serait votre message pour les pays qui ont de l'influence ? ».

Le secrétaire général lui demande de reposer la question en raison d'un soucis technique. Il le refait.

Réponse de Guterres en langue espagnole, selon ce que nous avons pu récolter à partir de la retranscription officielle de l'ONU: « Tout d'abord, Staffan de Mistura a effectué sa première visite dans la région. J'ai bon espoir que le processus politique se développera à nouveau et mon message aux parties est qu'il s'agit d'un problème qui dure depuis tant de décennies dans une région du monde où nous voyons des problèmes de sécurité extrêmement graves, où nous voyons le terrorisme se multiplier au Sahel et de plus en plus près des côtes. Il est dans l'intérêt de tous de résoudre une fois pour toutes ce problème du Sahara Occidental. Mon message est donc le suivant : il est temps que les parties comprennent la nécessité d'un dialogue, de la recherche d'une solution et ne se contentent pas de maintenir un processus sans fin, sans espoir de résolution. Je crois que la situation dans la région nécessite aujourd'hui un intérêt plus fort des deux parties pour résoudre le problème ».
Les faits réels
Les médias et semi-officiels, afin de contrecarrer la version de l'AFP, ont préféré se référer à la vidéo disponible sur le compte Youtube officiel ONU. Le secrétaire général de l'ONU y parle en anglais, mais décide de parler en espagnol en réponse à la question du journaliste d'EFE. Ce qui pousse les services de la communication de l'ONU à doubler en anglais cette partie dans la vidéo.

Les médias marocains, furieux contre l'AFP, préfèrent donc se référer plutôt au doublage en anglais où l’interprète commet une erreur. Elle traduit convenablement le reste de la conversation mais bute sur la toute dernière phrase du Secrétaire général de l'ONU, le reprenant lorsqu'il parle « des deux parties », mais ajoutant « toutes les parties ».



Ce qui n'est pas exactement ce qu'a pu dire le Secrétaire général de l'ONU. Pour comprendre ce qu'il a pu affirmer, nous avons plutôt eu recours à une autre vidéo de l'agence de presse Reuters où il n'y a cependant aucun doublage. Parlant en espagnol, une des langues officielles de l'ONU, on l'entend clairement affirmer: « las dos partes », qu'on traduira par « les deux parties ». Aucune correction n'est faite et on passe à la question suivante.

Il y a lieu de signaler donc que la retranscription officielle disponible sur le site internet de l'ONU est bien correcte, vu d'ailleurs qu'elle décide de laisser ce passage en espagnol, afin d'éviter toute confusion.

Pour le journaliste AFP ayant rédigé la dépêche, nous ne savons pas s'il a bien été présent lors de la conférence de presse ou pas. Mais une chose est cependant sûre: ce qu'il a rapporté est conforme à la retranscription officielle de l'ONU et à la vidéo d'Antonio Guterres.
Le verdict
La réaction des médias officiels et semi-officiels renseigne sur l’enjeu principal de la reprise du processus politique mené par le nouvel envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies, Staffan De Mistura, celui de la définition dés belligérants et de leur responsabilité dans le conflit que le Maroc considère comme « régional », puisque le Polisario n’agit qu’en proxy de l’Algérie.

Pour le régime des généraux à Alger, pas question de participer aux tables rondes, considérant que c’est une affaire de décolonisation impliquant le Maroc comme puissance occupante et le Polisario comme mouvement de libération.

Ce que, du côté de Rabat, on ne voit pas d'un bon oeil, préférant à chaque fois dans la terminologie officielle mettre en avant l'implication de toutes les parties (Maroc, Algérie, Polisario et Mauritanie), au pluriel, et non pas que de deux parties, en l'occurrence le Maroc et le Polisario.

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Par @soufianesbiti
Le Desk Désintox