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n°722.Le tabac chauffé, une sérieuse alternative à la cigarette conventionnelle ?

08.11.2021 à 11 H 27 • Mis à jour le 08.11.2021 à 12 H 21
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La multinationale Philip Morris International introduit au Maroc dès le mois d’octobre sa nouvelle technologie IQOS, un produit de substitution à la cigarette. Il élimine la combustion et par conséquent la fumée qui contient les principales composantes nocives responsables des maladies cancérigènes liées au tabagisme. Une alternative pour les fumeurs complémentaire aux politiques de prévention et une transition potentielle vers le sevrage ?

Selon les statistiques de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le tabagisme tue près de 8 millions de personnes par an dans le monde. Une hécatombe qui concerne un fumeur sur deux.


Au Maroc, la prévalence du tabagisme sous diverses formes (cigarettes, cigarillos, cigare ou encore chicha) est estimée, selon les différentes études consultées par Le Desk, de 14 à 18 % chez les Marocains âgés de 15 ans et plus, avec près de 41 % de la population exposée au tabagisme passif.


Un rapport de l’Enquête nationale sur les facteurs de risque communs des maladies non transmissibles établi par le ministère de la Santé sur la période 2017-2018 chiffrait cette consommation de tabac à un niveau moins sévère, soit 11,7 % au sein de la population marocaine et relevait une prévalence plus importante parmi les 30-44 ans (13,8 %) et les 45-59 ans (13,1 %), sans distinction selon la résidence en milieu urbain ou rural. Des taux qui dénotent avec ceux de la France, dont la prévalence tabagique, certes en baisse, s’élève encore actuellement à 25,4 %.


Toujours est-il que parmi les fumeurs assidus, 13,2 cigarettes est la moyenne fumée par jour. Dans le détail, l’enquête a estimé que 31,9 % des Marocains fumaient entre 10 et 14 cigarettes par jour et 31 %, entre 15 et 24. En d’autres termes, au Maroc, plus de 60 % des fumeurs réguliers consomment entre 10 et 24 cigarettes à un rythme quotidien.


Au Maroc, 15 milliards de cigarettes partent en fumée chaque année

Aussi, le Maroc est considéré comme l’un des plus grands consommateurs de cigarettes  dans la zone méditerranéenne avec plus de 15 milliards de cigarettes par an.


Si les statistiques sur l’impact sur la santé demeurent inexistantes ou évasives au Maroc, notamment quant au nombre exact de décès liés à la cigarette, le cancer du poumon fait des ravages. Selon la Fondation Lalla Salma, 90 % des cancers du poumon sont dus aux cigarettes. Leur consommation serait également responsable de 25 % des insuffisances coronaires dont l’infarctus.


Si depuis 1996, le Royaume dispose d’une loi anti-tabac (n°15-91) qui l’interdit formellement dans certains lieux publics, la propagande, la publicité au profit du tabac, l’exposition à sa fumée constitue également un facteur de risque dans le développement de pathologies non transmissibles et de décès évitables. Dans le cadre de l’enquête nationale citée plus haut, le tabagisme passif sur les lieux de travail et de vie concerne un quart de la population, et celui à l’intérieur des foyers, 16,5 %, avec un pourcentage plus élevé en milieu rural (18,9 %) qu’en milieu urbain (15,1 %).


Fait à souligner, l’enquête s’est aussi intéressée à ceux qui avaient déjà tenté d’arrêter de fumer et ceux qui avaient été avertis par un professionnel de santé. Dans les faits, 64,1 % des fumeurs ont effectivement déjà essayé le sevrage tabagique. En outre, 38,3 % ont été avertis, avec là, une différence entre les milieux urbains (41 %) et ruraux (33,1 %).


De plus, le danger de la banalisation de la cigarette vient aussi de l’exposition des enfants à ce fléau en milieu scolaire. Toujours selon la Fondation Lalla Salma, la prévalence du tabagisme chez les jeunes âgés de 13 à 15 ans en milieu scolaire atteint un taux inquiétant de 6 %.


Autre donnée à ne pas négliger, la prévalence relative au tabac sniffé, mâché ou pris par la bouche qui ne s’élève qu’à 2,2 % de la consommation globale. Le tabac sniffé est davantage en vogue dans le milieu rural et chez les 60 ans et plus, alors que le tabac mâché ou pris par la bouche l’est dans le milieu urbain. L’écart restant était comblé jusqu’ici par l’utilisation de la cigarette électronique (vapo) qui ne dépasse pas 1 % de la consommation globale, du fait de sa récente introduction sur le marché et de son coût nettement dissuasif.


Déjà en 2008, une enquête nationale sur les habitudes et les comportements des fumeurs établissait que le fumeur marocain dépense en moyenne 22 dirhams (DH) par jour pour l’achat de tabac, soit 30 % du salaire minimum (SMIG). Plus récemment, une actualisation de cette étude menée en partenariat avec l’OMS montrait que cette dépense avait en moyenne bondi à 32,40 DH par jour pour l’achat du tabac (13,2 cigarettes par jour). La variable du coût étant ainsi à prendre en considération dans l’analyse de l’usage du tabac auprès de la population.


De cela, la réduction de la consommation, voire l’éradication de la cigarette conventionnelle qui tient le haut du pavé du marché, même si souhaitable, reste un objectif commun de santé de longue haleine. C’est aussi une manne annuelle de pas moins de 9 milliards de dirhams pour les caisses de l’État (TVA et TIC), représentant 75 % du chiffre d’affaires du secteur, évalué à 12 milliards de dirhams. Les politiques publiques sont donc confrontés à des enjeux économiques importants et surtout encore indépassables aujourd’hui.

Informer les fumeurs pour une transition plus saine

Dans ce contexte qui ne diffère pas dans l’ensemble de la situation des autres pays, les grands cigarettiers, comme Philip Morris International (PMI), se sont lancés dans des programmes inédits de transformation technologique dont l’objectif est d’offrir à terme des produits sans effluves. « PMI sera bien plus qu’une entreprise de cigarettes. Nous voulons changer la société et offrir un avenir meilleur et sans fumée. Pour faire de notre vision une réalité, nous transformons et mettons tout notre avenir sur une gamme de produits sans fumée », promet ainsi le géant mondial de l’industrie du tabac sur son site internet.


« Pour que la science puisse conduire les politiques publiques, il est impératif de faire face à la désinformation relative à la perception des risques liés au tabagisme par les citoyens », a indiqué Gizelle Baker, Vice-présidente du Global Scientific Engagement à PMI, lors d’un panel organisé sous le thème « Science Driving Policy », dans le cadre du Global Tobacco &  Nicotine Forum (GTNF) tenu ce mercredi.


Selon une étude récente de PMI sur l’impact de la désinformation sur la compréhension des risques, près de 80 % des répondants ont convenu que la réduction des risques exige que les fumeurs adultes aient accès à de meilleures alternatives aux cigarettes en plus de disposer d’informations sur celles-ci, afin qu’ils puissent prendre des décisions, a-t-elle relevé.


La même étude révèle que 59 % des répondants sont incapables d’identifier la cause principale des maladies liées au tabagisme, au moment où 48 % ne savent pas que la nicotine, bien qu’elle crée une dépendance et ne soit pas sans risque, n’est pas la principale cause de maladies liées au tabagisme, a-t-elle ajouté.


Évoquant les produits sans fumée, Baker a précisé que 91 % des fumeurs qui sont passés à ces mêmes produits ont indiqué que des informations précises sur les meilleures alternatives et en quoi elles diffèrent des cigarettes, ont constitué un facteur crucial dans leur décision de changer, alors que 33 % n’ont pas envisagé de passer à ces produits en raison d’un manque d’informations scientifiques et équilibrées concernant ces mêmes produits.


Et de poursuivre dans le même contexte : « Nous disposons d’une base de consommateurs qui ne changera vraisemblablement pas d’habitudes de sitôt et notre rôle est de faciliter leur conversion en les poussant vers une transition plus saine …  En offrant des produits à risque réduit, les risques sont automatiquement et considérablement réduits, grâce bien évidemment à la science et à la technologie ».


Selon les équipes Maroc de PMI, la multinationale a ainsi développé IQOS, une nouvelle technologie qui permet de chauffer le tabac sans le bruler. Un atout décisif pour les fumeurs : « Son processus élimine la combustion et par conséquent la fumée qui contient les principales composantes nocives responsables des maladies cancérigènes liées au tabagisme », développent-ils.


« Il n’y a aucun débat sur le fait que le tabagisme est nocif ou que la nicotine crée une dépendance », reconnait PMI. Ce qui compte, selon la compagnie, c’est ce que le consommateur inhale : « Il y a une énorme différence entre la fumée d’une cigarette allumée et l’aérosol d’un produit non combustible. C’est le processus de combustion qui crée la grande majorité des produits chimiques nocifs et potentiellement nocifs qui sont les principales causes des maladies liées au tabagisme ».


 

Le fabricant le commercialise d’ores et déjà dans plus de 67 marchés internationaux et s’apprête à le lancer au Maroc dès le mois d’octobre. Ainsi, selon les communications publiques de l’entreprise, près de 14,7 millions d’anciens fumeurs ont arrêté complétement la cigarette et ont commencé à utiliser exclusivement ce produit de substitution, présenté « à risque réduit comparé à une cigarette et sans combustion ».


« 95 % de substances nocives en moins… »

En effet, IQOS constitue, selon ses concepteurs, « une alternative sérieuse à la cigarette » : il chauffe le tabac jusqu’à 350°degrés sans le bruler, contre 850 à 900 degrés pour une cigarette fumée, réduisant ainsi les composants nocifs générés par rapport aux volutes dégagées par la cigarette.


Selon PMI, « IQOS génère jusqu’à 95 % de substances nocives en moins que la fumée de cigarettes ». La Food and Drug Administration (FDA) américaine, instance draconienne de contrôle des substances alimentaires et médicamenteuses, a d’ailleurs reconnu IQOS en tant que « produit du tabac à risque modifié (MRTP) ».


PMI assure qu’avec IQOS « il n’y a pas de cendres et pas d’odeur de fumée de cigarette ». La firme se targue de prôner ce système comme étant beaucoup moins dangereux que la cigarette classique, même s’il génère un effet pyrolyse qui dégage à dose réduite du monoxyde de carbone, l’une des principales substances nocives retrouvée dans le tabac fumé, d’après une étude menée par le Pr Reto Auer, de l’Université de Berne.


Karl Fagerstrom, président de Fagerström Consulting et créateur du test éponyme qui permet de dépister et de quantifier le niveau de la dépendance au tabac au cours du tabagisme, « contrairement à l’alcool, ce n’est pas la substance recherchée, la nicotine, qui cause le plus de dommages mais les composantes nocives générées par la combustion » a-t-il dit lors de la conférence du GTNF. Et de soutenir que si « une société ne peut interdire les cigarettes, elle est dans l’obligation de réduire drastiquement les méfaits sans égal d’une vie entière de tabagisme ».


Pour sa part, le directeur général de China National Tobacco Quality Supervision and Test Center, Qingyuan Hu, a relevé que les découvertes scientifiques ont permis aux gens de reconnaître le lien entre les cigarettes et les effets sur la santé, notant dans ce sens, que la mise en œuvre des politiques de lutte contre le tabagisme a également favorisé l’innovation continue dans le domaine de la science et des technologies.


D’après Hu, les progrès scientifiques et technologiques en termes de recherche sur le tabac ont favorisé la politique de réglementation de celui-ci, affirmant que la période actuelle constitue « une étape assez critique », en raison de l’émergence continue de nouveaux produits du tabac outre l’application d’un ensemble de méthodes d’évaluation des risques.


Il a, à cet égard, fait savoir que de nombreuses lacunes en matière de recherche doivent être comblées, relatives notamment à l’évaluation des risques de divers produits, notant à ce propos, que l’ouverture aux nouvelles technologies ne peut qu’aider à comprendre les diverses politiques en la matière et à accélérer la mise en œuvre de la lutte anti-tabagisme.


Il a, par ailleurs, relevé qu’un effort conjoint entre la communauté scientifique et les organismes de santé publique demeure impératif, pour accélérer le processus visant à mettre fin à l’utilisation de produits combustibles et à promouvoir l’objectif d’élimination des maladies et de la mortalité liées au tabagisme.


Pour nombre de scientifiques et de toxicologues, la transformation ne peut se faire sans conversation, alors que le débat autour du tabagisme a longtemps été polarisé, ce qui a conduit à son tour à la paralysie.


« Sans la volonté des dirigeants mondiaux, des gouvernements, des régulateurs et des ONG d’examiner sans passion les preuves scientifiques en faveur des alternatives sans fumée par rapport au tabagisme continu, le changement transformateur ne se produira pas rapidement. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, il est de plus en plus reconnu que les alternatives sans fumée à la cigarette peuvent compléter les politiques de santé existantes axées sur la prévention et le sevrage », explique PMI dans son plaidoyer contre ceux qui s’opposent à toute alternative transitionnelle quitte à désactiver les solutions de santé publique : « Ils bloquent le changement, refusant potentiellement aux fumeurs adultes à la fois l’accès à des informations précises sur ces alternatives sans fumée, et la possibilité de passer à eux s’ils n’arrêtent pas ».


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