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n°572.Maroc: Et si le confinement n’était pas tenable ?

22.03.2020 à 21 H 16 • Mis à jour le 22.03.2020 à 21 H 16
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Alors que d’autres pays ont adopté des procédés alternatifs pour endiguer la pandémie du Covid-19, à l’image de la Corée du sud avec ses dépistages massifs, la mise en application du confinement pour un mois, à l’aune des cas de désobéissance de groupes observés dans plusieurs villes, est-elle illusoire au Maroc ?

Les images diffusées sur les réseaux sociaux, alimentent toutes les discussions au Maroc depuis samedi soir. Dans le nord du pays, à Tanger, Tétouan, Fnideq, villes réputées pour leur conservatisme, des centaines de personnes sont sorties dans la rue, pour invoquer Dieu et lui demander leur salut face au fléau coronavirus, bravant ainsi l’état d’urgence sanitaire appliqué sur tout le territoire depuis vendredi 20 mars, 18 h. A Salé et Fès, les mêmes scènes de rassemblements non autorisés ont été rapportées. Les autorités en charge de l’application de la restriction de circulation, n’ont pas réagi au phénomène.



Un projet de loi habillant juridiquement les mesures de confinement a été voté à la hâte ce dimanche fixant au 20 avril, 18 h, la fin de l’état d’urgence sanitaire. Une date butoir forcément indicative, au vu de la progression du virus dans le pays, notamment dans les zones les plus peuplées.



Pointé du doigt, le roqi Achraf Elhyani, connu pour être une des figures médiatiques de la pratique de la roqiya chariya, (guérison par les psaumes coraniques). Certains l’accusent d’être un des instigateurs de ses sorties de foules nocturnes. Lui s’en défend sur Internet, prétendant haut et fort avoir tenu à respecter à la lettre les directives des autorités.


 


Les scènes de rue filmées par leurs participants, ou des riverains depuis leurs fenêtres, attestent davantage, au delà de qui incombe la responsabilité de cette désobéissance civile même circonscrite, d’un discours ambigu, appelant par moment à la solidarité, remerciant parfois les autorités pour leur engagement à vouloir freiner la propagation du virus, mais invitant surtout les Marocains à agir, par des louanges à Dieu, dans l’espace public.



Ces manifestations improvisées de nature à nuire à l’effort collectif contre le Covid-19, ennemi invisible et souvent à la menace impalpable pour beaucoup de gens, interrogent sur la capacité de l’Etat à isoler le citoyen de l’espace public. Elles contrastent avec d’autres scènes ayant eu un même effet médiatique, celui de la communion entre des citoyens cloîtrés dans leurs appartements et les forces de l’ordre autour de l’hymne national… 



Au Maroc, dans les quartiers populaires et périphériques des grandes villes jusqu’aux localités en milieu rural, l’espace public est une propriété collective, perçue à la fois comme un lieu de sociabilité, avec la multiplication des commerces et lieux de rencontres, avec en sus la prolifération des vendeurs ambulants mais aussi l’affirmation de souks de quartier dans les milieux urbains. Cette tendance rend complexe pour les autorités d’imposer le confinement.


Autre effet de cette mesure adoptée aussi dans plus de 120 pays dans le monde, ses répercussions économiques et sociales, notamment sur les couches les plus défavorisées.


Malgré les promesses de l’Etat et la mobilisation de la CNSS, de la CNOPS et de la CIMR, pour amortir le choc aux salariés du secteur public et du privé, n’est pas la France qui veut, dotée d’une Caisse d’Allocations Familiales couvrant la majorité de la population et des services de proximité (centres sociaux et mairies) plutôt efficaces. L’indemnisation de toutes les personnes lésées, aussi couteuse soit-elle pour le budget de l’Etat est là-bas possible, mais au Maroc, malgré des programmes sociaux comme le RAMED ou l’INDH, il est toujours difficile d’évaluer le nombre de personnes en situation économique et sociale délicate, comme il n’est pas du tout évident de prendre contact avec eux et de leur faire parvenir une éventuelle aide.


De jeunes sans-abris ont passé la nuit dehors sur une des grandes artères de Casablanca comme à l'accoutumée malgré l'Etat d'urgence. Photo prise le 21 mars au matin. LE DESK


Le secteur de l’informel est plus que jamais menacé. Des métiers (chauffeurs, serveurs à mi-temps dans les cafés, restaurants ou snacks, femmes de ménage, concierges, coursiers) pratiqués sans contrat de travail et/ou par des journaliers sont particulièrement vulnérables dans la mesure où leur gagne-pain exclusif n’est que le service quotidien rendu. Selon les chiffres de l’Organisation internationale du travail (OIT), pour 2018, 76 % des emplois au Maroc ne se soumettent à aucune législation nationale. Dans des vidéos diffusées par différents médias depuis quelques jours, micros-trottoirs et témoignages permettent de nous faire réaliser le niveau critique de leur situation poussant d’ailleurs des boulangeries de quartier à offrir gracieusement leur pain aux démunis.



Entre des citoyens Marocains dont le lien complexe avec l’espace public peut difficilement être rompu, et une couverture sociale inexistante pour la quasi majorité d’entre eux, les plus défavorisés en particuliers, l’option du confinement est impossible, malgré le déploiement de l’armée dans les centres urbains. Dans ce contexte d’ailleurs, une décision comme celle d’appliquer une attestation de sortie, à l’image de la France, pour permettre les déplacements professionnels et d’urgence, s’est révélée particulièrement inopérante malgré les efforts de vulgarisation des autorités via les médias et sur le terrain.

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