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Droits humains
Le Maroc expulse de nouveau des migrants subsahariens par avion

15.10.2020 à 18 H 34 • Mis à jour le 15.10.2020 à 18 H 34
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Le gouvernement marocain a repris les vols d’expulsion pour les immigrés subsahariens en situation irrégulière vers au moins trois pays : le Sénégal, le Mali et la Guinée Conakry, selon EFE de diverses sources, y compris des organisations d’aides aux migrants.


Ces vols –  cinq à ce jour –  sont organisés depuis la fin septembre, en secret et en collaboration avec les ambassades de ces pays au Maroc, qui ont aidé à l’identification de leurs citoyens respectifs, mais en tournant le dos aux organisations de l’ONU, raison pour laquelle ils ne peuvent pas être considérés comme des « vols de rapatriement » car non volontaires.


Les immigrés ont été détenus principalement dans les villes sahariennes de Laâyoune et de Dakhla, où la majorité des Africains subsahariens sont actuellement en transit, en attendant de pouvoir embarquer sur un navire vers les îles Canaries.


Après avoir été soumis à des tests PCR pour écarter le coronavirus (ceux qui sont testés positifs ne voyagent pas), les immigrés, équipés de vêtements neufs, ont été envoyés -parfois via Casablanca- dans les trois capitales respectives : Dakar (un où deux vols), Bamako (deux autres) et Conakry (un vol).


Les sources contactées, qui ont eu accès aux témoignages directs de certaines personnes concernées- elles ont pu garder leur téléphone –  n’ont pas été en mesure de préciser combien de personnes au total ont été expulsées dans ces avions affrétés spécifiquement pour ces opérations.


Des sources du Réseau méditerranéen des droits de l’Homme ont déclaré que sur un vol à destination de Conakry, assisté par des représentants du consulat guinéen jusqu’à leur départ, 75 Guinéens voyageaient, dont au moins deux mineurs non accompagnés.


De son côté, l’organisation Alarm Phone a dénoncé que 144 Sénégalais avaient été expulsés par avion vers Dakar selon la même procédure.


Il n’y avait aucune sorte de supervision par un organisme indépendant, national ou international, sur aucun des vols. Le gouvernement marocain n’a pas non plus fourni d’informations à ce sujet et ne souhaitait pas non plus répondre aux questions d’EFE.


En 2018, le gouvernement marocain a lancé une campagne d’expulsion similaire qui a officiellement touché quelque 1 800 personnes, mais l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) a ensuite porté ce chiffre à 6 500 personnes concernées.


Là aussi, les ambassades des pays concernés ont été « associées » aux opérations d’expulsion, que le gouvernement a alors présentées comme des transferts volontaires, ce qui a été refusé par l’Organisation internationale pour les migrations.


Au cours des six dernières années, le Maroc a entrepris deux opérations massives de régularisation des migrants (en 2014 et 2017) qui ont permis de légaliser la situation de quelque 50 000 personnes.


Cependant, et comme EFE l’a appris, bon nombre de ces immigrés régularisés, qui possédaient des documents valables depuis trois ans, sont retombés dans l’illégalité, faute de deux documents essentiels pour renouveler leur permis : un contrat de travail, plus un contrat de location de domicile.


Rien n’indique pour le moment que le Maroc va réaliser une troisième opération de régularisation, mais le pays continue d’attirer les réseaux de traite des êtres humains en raison de sa proximité avec l’Europe.


Les principales organisations qui viennent en aide aux migrants au Maroc ont convoqué une réunion pour la semaine prochaine afin de traiter spécifiquement de la situation de la population émigrée à Laâyoune et Dakhla, les deux plus grandes villes au Sahara, où l’absence de journalistes indépendants et la présence limitée d’ONG rendent très difficile d’appréhender de manière directe la situation des immigrés.

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