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Éducation
Enseignement français au Maroc : les parents d’élèves mis à contribution pour combler le désengagement budgétaire de Paris

21.01.2026 à 18 H 36 • Mis à jour le 22.01.2026 à 15 H 39 • Temps de lecture : 3 minutes
Par La Rédaction
Le Groupe scolaire Claude Monet, à Mohammedia, affilié à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger.

À partir de la prochaine rentrée, les familles des établissements français en gestion directe (EGD) au Maroc feront face à des hausses inédites des frais de scolarité, appelées à se répéter chaque année, assorties de l’instauration de droits d’inscription annuels, une première dans l’histoire du réseau.


Cette évolution est explicitement justifiée par le désengagement progressif de l’État français, dans un contexte de déficit structurel, et par le transfert vers les parents du financement des retraites et avantages statutaires des enseignants expatriés ou détachés. Les sommes collectées sont intégralement reversées à Bercy, sans aucun réinvestissement local, y compris à l’échelle du pôle Rabat-Kénitra.


Ces frais, inexistants dans l’enseignement public et privé en France, comme dans les établissements de l’Office scolaire et universitaire international (OSUI), ne concernent que certains établissements affiliés à l’Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) au Maroc, créant une rupture d’égalité. Par ailleurs, des coûts relevant normalement de l’ambassade de France (gestion du bureau des examens, personnels administratifs, occupation de locaux scolaires) sont désormais intégrés aux frais de scolarité, au détriment direct des espaces pédagogiques.


Le malaise est accentué par une gouvernance centralisée à Paris, sans concertation effective avec les parents, alors même que ceux-ci assurent désormais l’essentiel du financement. Le collège Saint-Exupéry de Rabat illustre ces dérives : estimée à 6 millions d’euros (M €) il y a moins de dix ans, sa reconstruction est aujourd’hui budgétisée à 18 M €, soit près de 200 millions de dirhams (MDH), sans démarrage des travaux. Sur ce montant, 10 M € proviennent déjà des hausses successives de frais de scolarité, 4 M € ont été annoncés par l’AEFE, et les 4 M € restants devront être couverts par de nouvelles augmentations. En attendant, les élèves sont scolarisés dans l’ancien groupe primaire Malraux à Diour Jamaa, dans des infrastructures jugées inadaptées, sans calendrier clair de retour dans un établissement conforme.


À l’échelle du réseau, les effectifs reculent d’environ 3 % par an, avec une baisse marquée dans le primaire. À Rabat, l’école Ronsard devrait fermer, tandis que d’autres établissements perdent des classes. Dans le même temps, l’offre éducative se contracte : suppression d’options, fermeture du programme de classes préparatoires, regroupement de classes avec des effectifs pouvant dépasser 28 élèves, et nouvelles hausses tarifaires privilégiées à toute refonte pédagogique.


Les parents dénoncent une dégradation tangible du service – absences non remplacées, formations sur temps scolaire, grèves répétées, manque de visibilité stratégique – et estiment que le contrat de confiance est rompu. Ils contestent moins le principe de contribuer que le fait d’être les seuls à assumer, sans transparence ni gouvernance partagée, le coût des erreurs de gestion et du retrait financier de l’État français, au risque de fragiliser durablement le modèle de l’enseignement français au Maroc.

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