Ilot Leila, les coulisses d’un désastre
« Est-ce que tu te rends compte que le secrétaire d’État des États-Unis ne s’occupe, depuis vingt-quatre heures, que d’un petit rocher stupide que nous avons eu de la peine à localiser sur les cartes ! ». Colin Powell est plus qu’agacé.
L’ilot Leila est situé à quelques encablures de la côte marocaine et non loin du préside de Ceuta (Sebta). Pour des raisons de commodité liées à la cohérence du récit, nous avons choisi l’appellation de Perejil dans le texte. Infographie : Mohamed Drissi Kamili / Le DeskAu bout du fil, ce 18 juillet 2002, celle qui monopolise son temps précieux, alors que la campagne militaire afghane bat son plein et que l’invasion de l’Irak se prépare, est Ana Palacio, son homologue espagnole. La cause ? Une mini-guerre moderne qui a failli éclater entre Madrid et Rabat pour un ridicule îlot en Méditerranée : 13 hectares inhabités battus par les eaux, 200 mètres de long à peine, séparés du continent africain par un minuscule bras de mer, une falaise de 60 mètres de haut, fendue par une grotte.
PARTIE I
Une colère royale
Mohammed VI prenant la pose devant l’œil du photographe de Time le 26 juin 2000 pour sa toute première interview, accordée à Scott MacLeod, chef du bureau cairote du magazine américain. TIME
Le 11 juillet 2002, autour de midi, une douzaine de soldats du Groupement d’intervention de la gendarmerie royale marocaine prennent possession d’une petite île appelée Perejil, du nom d’une algue marine communément appelée « persil », et rebaptisée Leila par des bergers qui y font paître à l’occasion leurs maigres troupeaux de chèvres.
Le rocher Leila fait partie du chapelet de présides espagnols dispersés le long de la côte marocaine et dont Madrid a toujours refusé la rétrocession au Maroc après l'indépendance du royaume en 1956 Les images publiées plus tard par la presse montreront que le commando engagé par le Maroc avait été relevé par six mokhaznis, des forces auxiliaires peu aguerries à ce type d’opérations coup de poing. Toujours est-il qu’ils y ont dressé un campement de fortune et hissé le drapeau rouge frappé du pentagramme vert, étendard du royaume chérifien. En toile de fond, la longue histoire du protectorat espagnol sur le nord du Maroc jusqu’en 1956.
Les Espagnols avaient obtenu à l’arraché de maintenir leur souveraineté sur une douzaine de présides, dont Perejil, affirment-ils, distante de 150 mètres à peine du littoral marocain, et surtout des emblématiques enclaves de Ceuta et Melilla, vestiges de la Reconquista d’Isabelle de Castille, que le royaume chérifien ne cesse depuis de revendiquer avec plus ou moins d’ardeur au gré des relations en dents de scie qu’il entretient avec son voisin européen.
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