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Grand angle

Nouveau souffle pour la station balnéaire de Saïdia ?

09.07.2019 à 01 H 36 • Mis à jour le 09.07.2019 à 01 H 36
Par
TOURISME
Inaugurée il y a 10 ans dans le cadre du Plan Azur, la perle bleue de l'Oriental comporte aujourd’hui une marina, un port de plaisance, 5 hôtel de luxe, 2 golfs, un aquaparc. À ces infrastructures s’ajoute la richesse de son arrière-pays et sa proximité des trois aéroports (Oujda, Nador et Melilia), qui sont des atouts majeurs. Néanmoins des efforts sont encore à fournir pour que sa relance soit, cette fois-ci, réussie. Reportage

Prévue dans le cadre du Plan Azur pour la construction de plusieurs stations balnéaires tout au long du littoral marocain. Ce projet locomotive de la région de l’Oriental inauguré par Mohammed VI en 2009 a connu de nombreuses difficultés, suite à la faillite de l’Espagnol Fadesa et sa gestion chaotique par le promoteur immobilier Addoha.


La Société de développement de Saïdia (SDS) filiale de la CDG a pris le relai en 2012. Créée en décembre 2011 et détenue respectivement par Madaef et Ithmar (Fonds marocain de développement touristique) à hauteur de 66 % et 34 %. Elle a pour mission la mise à niveau des infrastructures et des aménagements, le développement de la capacité d’hébergement touristique et des espaces de loisirs et d’animation, ainsi que des actions pour le développement durable.


Depuis la reprise par SDS, trois hôtels de luxe (5 étoiles), un deuxième golf de 18 trous et un parc aquatique ont vu le jour. Au total la SDS à investi près de 1,7 milliards de dirhams.


La marina un atout majeur



Située à 60 km de Nador, 60 km d’Oujda, 75 km de Melilla, 148 km de la côte d’Almeria, à 217 km de la Costa del Sol et à 240 km de Gibraltar, la Marina Saïdia offre un lieu de villégiature pour faire escale, se reposer ou pratiquer des sports nautiques (plongée sous marine, pêche ou navigation), profitant d’un ensoleillement moyen d’environ 300 jours par an, et d’un climat doux quasi constant.


La SDS a pour ambition de repositionner la marina, à court terme, et d’en faire une destination nautique internationale. Troisième port de la Méditerranée et labellisée Pavillon bleu depuis 2017, elle est opérationnelle depuis juin 2008. Sa surface en terrain-plein est égal à 267 620 m² et son plan d’eau 322 120 m² avec 850 anneaux. La marina dispose aussi de 3 000 m² de locaux pour restauration et de 4 000 m² destinés aux ateliers techniques.


Une offre hôtelière et résidentielle diversifiée




Saïdia l’une des plus longues plages du Maroc, 14 kilomètres d’eaux turquoises et de sable doré. Cette station abrite aujourd’hui cinq hôtels de luxe. Le Meliá Beach Resort compte 397 chambres, Le Meliá Garden Golf Resort 150 chambres. Ces deux hôtels propriétés de la SDS sont régis par le groupe espagnol Sol Melia. Iberostar du groupe Coralia 485 chambres, le Be Live Collection 488 chambres, sont les deux plus récents, ouverts cette année, le Saïdia Palace et le Blue Pearl propriétés du groupe Portugais Oásis Atlantico avec une capacité de 1 200 lits.



« Aujourd’hui, on ne peut pas se comparer à la Costa Del Sol, ces destinations sont consolidées elles ont quarante ans d’avance. Il y a des atouts ici qui n’existent pas là-bas et vice versa » explique Sébastien Boué DG de Melia Saidia Resorts.


Pour la partie résidence, la SDS détient un parc de 192 appartements soit 768 lits, il s’agit du Meliá Résidences géré par le groupe espagnol Sol Melia. Le projet devait voir le jour en juillet 2019. Il ne sera opérationnel qu’en 2020. Le deuxième projet résidentiel en cours de finalisation est les Résidences du Golf doté de 11 villas, 24 townhouses et 139 appartements. La première tranche est achevée dans les temps prévus néanmoins la commercialisation du projet connait quelques difficultés.


Le golf une autre carte… gagnante ?




La SDS a vu indispensable de diversifier sa clientèle et mise aussi aujourd’hui sur des touristes mordus des coups de fer. Deux golfs de 18 trous ont ainsi été réalisés. Il s’agit du Golf de Saïdia Lacs d’une surface de 75 ha annexé au Meliá Garden et du Golf de Saïdia Teelal avec une surface totale de 82 ha.


“Nous voulons faire de Saïdia une destination golfique. Aujourd’hui nous sommes à la quête d’une nouvelle clientèle. Cette nouvelle cible viendra en dehors de la saison estivale. Il y a le golf de Nador qui s’ajoute à la liste. En plus, à Oujda, il y a un petit neuf trous donc on peut venir jouer et faire ensuite un tour à la médina de la ville. Toute l’année on reçoit des gens de Melilla pour jouer ici et passer du bon temps.” raconte Nabil Doubi Kadmiri.



Notre visite à Saïdia a coïncidé avec l’organisation de la deuxième édition des 24 Heures du Golf. Prés de 150 golfeurs venant de tout le pays se sont pratiqués sur les deux golfs de Saïdia.



“L’événement s’est déroulé dans les meilleures conditions. J’espère qu’avec les efforts fournis Saïdia prendra son envol et devienne une destination qui draine différentes catégorie de touristes.” nous confie Majid Bennis, dirigeant de HLO et initiateur des 24 Heures du Golf. Les adeptes de ce sport ont une grande exigence tant hôtelière que alimentaire et de loisirs. Le positif est que la majorité des participants était satisfaits de la prestation et du service qui a été assuré par le Meliá Resort.  “Mon but par cet évènement est de promouvoir cette merveilleuse destination mais reste quelques ajustements en terme de ressources humaines et d’attractivité de l’arrière-pays.” ajoute Majid Bennis.


Des infrastructures pour
élargir la cible




Après avoir été lâché par les deux tours opérateurs Politours et Soltour. La SDS s’est tournée vers d’autres horizons afin d’attirer une nouvelle clientèle. En plus des deux golfs, un complexe sportif de haut niveau est en cours de construction.


« Nous travaillons aussi sur un complexe sportif aux standards internationaux. Nous aurons les équipements qu’il faut pour les équipes de haut niveau pour venir quand ils sont en trêves. Il y a aussi un segment qui ne fréquente pas aujourd’hui la station c’est le segment senior, une niche très intéressante et qui peut être attirée par la destination parce qu’il fait beau pratiquement toute l’année. La vision, c’est de confirmer la destination en sport nature. Avec nos partenaires locaux nous sommes entrain voir comment accélérer aussi le développement de l’arrière pays et le mettre réellement en tourisme. Il y a du potentiel qui malheureusement n’est toujours pas exploité. Quand le touriste arrive, Il faut s’assurer que l’accès, la sécurité les infrastructures d’accueil sont bonnes. En tout cas il y a du potentiel. Aujourd’hui notre stratégie est claire, notre défi est de faire vivre la station, améliorer la fréquentation, travailler sur la saisonnalité et en parallèle chercher des partenaires qui viendraient investir dans la station et réaliser le reste. Quand vous ramenez des privés, cela veut dire qu’ils sont convaincus et que ce qu’ils vont développer va marcher. Mais rester tout le temps sur des attentes par rapport à l’État n’est pas normal. L’État fait le travail de la base, le l’infrastructure mais après c’est aux privés et aux citoyens de créer leur business, notre rôle est de les accompagner pour réussir. L’Etat trace la stratégie, l’agenda… » nous confie Nabil Doubi-Kadmiri Directeur Général de la SDS Société de Developpement de Saïdia


Un arrière-pays très riche
mais mal exploité




Le village Cap de l’eau dit Ras el Ma qui se trouve à 30 minutes à l’ouest de Saïdia se situe à 12 Km de Saïdia, dans la province de Nador, très prisé pour ses plages dorées surplombées d’une falaise haute d’une quarantaine de mètres « Quamkoum El Baz »,  offrant un panorama alliant la beauté naturelle du littoral méditerranéen et un espace forestier et verdoyant couvrant le bas de la falaise et l’arrière plage. Le long du rivage, ses rochers abritent une biodiversités marines propices aux amoureux de la plongée sous marine. Le site est doté d’une multitude de restaurants de poissons frais qui proposent un large choix de produits de la mer.



Non loin du Cap de l’eau, à 37 Km, Keriat Arekman se situe au sud de la lagune de la Mar Chica. Elle est bordée de plages sauvages. La plage Rouge et la plage de Sidi Bachir sont d’une beauté saisissante, plus accessibles par voix maritime que terrestre.



La région de Saïdia a l’avantage d’avoir un arrière-pays naturel riche et plein d’histoire. Nous avons été guidé lors d’un second tour par M. Melhaoui consultant du Conseil Régional du Tourisme. Ce fin connaisseur de la région nous a fait une courte visite de quelques endroits parmi d’autres, susceptibles d’intéresser les amoureux de la nature et de la randonnée.



A la découverte du parc naturel traversé par la rivière Moulouya, à mi-chemin entre Cap de l’eau et Saîdia,  Melhaoui précise qu’il s’agit d’un des hauts lieux d’ornithologie, où différentes espèces d’oiseaux, de reptiles et de poissons cohabitent..


En route vers la grotte du chameau, au sud de Berkane, nous découvrons la vallée de Zegzel, des néfliers à pertes de vue. « La récolte est de très bonne qualité dans cette région en calibre et en qualité gustative. Les agriculteurs de la région ont un grand savoir-faire. Les nèfles de cette région sont classées produit du terroir Bio. Elles sont labellisées depuis 2013 et représentent plus de 80 % de la production nationale ». Il en est de même pour les orangers de la région.



Arrivés à la grotte du Chameau, une parmi tant d’autres, richesses mal exploitées de la région, nous sommes accueillis par Youssef Zaki, président du CRT de l’Oriental et du gardien de la grotte Lahmadi. La gestion de ce site spéléologique par excellence a été léguée à une entreprise privée suite à un appel d’offres. Bonne initiative, sauf que la grotte est fermée depuis 1991 et inaccessible au public. Le sol est souillé par des déchets de toutes sortes.. “Ce n’est pas de mon ressort” lance Youssef Zaki, pour justifier la situation. Venant d’un président la réponse était jugée intolérable… 



Mais la sensation de malaise s’accentue à la découverte de la situation du gardien et guide Lahmadi. Ce dernier, aujourd’hui retraité et fatigué, délègue cette responsabilité à son fils, sans statut, ni rémunération officiels. « J’ai passé presque toute ma vie dans les cavités de cette grotte. Aujourd’hui je suis retraité et c’est mon fils qui détient les clés », lance-t-il .Les explications de Melhaoui et de Zaki sont peu  convaincantes. “Il est prévu dans le cahier des charges que le père et le fils obtiennent deux kiosques au pied de la grotte. Concernant la rémunération ce n’est pas de notre ressort.” se justifie Melhaoui, autant que Zaki


A sept kilomètres de là, la grotte de Tafoughalt appelée grotte des Pigeons, est fermée elle aussi au public. « Ce site archéologique tient son nom des colonies de pigeons qui y habitent. Sa fermeture au publique s’explique par les activités de recherche de plusieurs institutions universitaires nationales et internationales. Plusieurs importantes découvertes ont été faite dans ce site. Les scientifiques ont découvert les plus anciens objets de parure au monde datant de 100 000 ans, ils ont aussi découvert que la première opération chirurgicale au monde appelée « trépanation » a été faite dans cette grotte il y’a 15 000 ans… » nous raconte Melhaoui.


D’autres endroits proches de Saïdia se rajoutent à cette liste : les gorges de Zegzel, le parc naturel des Béni Snassen, la réserve naturelle Al Halg, la Casbah historique, etc … 


Que reste-t-il à faire pour redorer le blason de Saïdia ? D’abord, l’achèvement du complexe sportif en cours de construction.  Ensuite, une stratégie des resources humaines adaptée avec la création d’un écosystème viable et attractif pour une qualité de service répondant aux standards internationaux et enfin, une gestion spécifique et adaptée, au service du développement touristique.


En tout le périmètre repris par la SDS est de 163 ha de parcelles viabilisées et 243 ha de golfs et de parcs. À terme, Saïdia abritera 5 hôtels, 4 Résidences Hôtelières, 6 Hôtels clubs, 7 parcelles résidentielles, 7 parcelles pour les équipements et l’animation, 3 golfs et 3 parcs.


Il faudrait avant tout pour valoriser la station, améliorer l’attractivité de l’arrière-pays, que le CRT s’active davantage pour faire avancer les chantiers. Il faudrait aussi que la compagnie aérienne nationale et l’ONDA adhèrent à cette stratégie en augmentant la connectivité aérienne et en améliorant les services dans les aéroports d’Oujda et de Nador. Et enfin allonger la saisonnalité. La station de Saïdia pourra à ce moment prendre son envol… 

Par Mohamed Drissi K. @meddrissi
Le Desk Grand angle