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PortfolioHommage : Malick Sidibé, le père de la photographie africaine

20.04.2016 à 19 H 58 • Mis à jour le 22.04.2016 à 21 H 48
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Mort le 15 avril à l'âge de 80 ans, Malick Sidibé a immortalisé grâce à ses photos les folles nuits bamakoises et la jeunesse malienne au lendemain de l'Indépendance, donnant à voir au monde entier une Afrique insouciante et pleine d’espoirs.

Malick Sidibé est né en 1935 à Soloba, un petit village à 280 km au sud de Bamako. Ce même village où il sera enterré, après qu’une foule en liesse lui ait rendu un dernier hommage vibrant samedi 16 avril dans la capitale malienne. Ce jour-là, dans un stade du centre-ville, plus de mille personnes se sont levées pour saluer la dépouille, recouverte du drapeau national, de celui qui a été « souvent qualifié de père de la photo africaine », selon les termes du communiqué du ministère français de la Culture, publié vendredi 15 avril après l’annonce de sa mort.


Combat des amis avec pierre, 1976. Cette série shootée pour le magazine américain Paper montrant des nageurs le long du fleuve Niger contribuera à faire changer le regard que porte la société outre-Atlantique sur la beauté black.


Son influence, on la retrouve aisément dans les clichés du Sénégalais Omar Victor Diop, du Camerounais Samuel Fosso, de l’Egyptien Youssef Nabil ou même, de façon plus lointaine, dans les portraits de l’Américaine Mickalene Thomas. Il était l’un des photographes africains les plus connus à l’international, aux côtés de son compatriote Seydou Keïta. En 2003, il a reçu le très prestigieux prix Hasselblad, ce qui fait de lui le premier Africain à être reconnu par cette institution, et en 2007, un lion d’or de la Biennale de Venise pour l’ensemble de sa carrière.


Fans de James Brown,1964. Comme partout ailleurs, la jeunesse africaine des années 1960-1970 se déhanche sur des tubes de James Brown ou des Beatles.


Enfant, ce fils de paysans peuls était chargé par ses parents de conduire les moutons aux pâturages. Plus tard, repéré à l’école de Yanfolila pour ses talents en dessin, il suivra une formation à l’Ecole des beaux-arts de Bamako, appelée alors Maison des artisans soudanais, en 1952, où il se spécialisera en bijouterie. Mais engagé en 1955 comme apprenti par Gérard Guillat, dit « Gégé la pellicule » (un Français installé dans la capitale malienne), dans son magasin studio Photo-Service, il prend goût à la photographie, « plus vraie et plus rapide que le dessin » selon ses propres mots. Avec sa mobylette, le jeune Malick sillonne les rues de Bamako pour effectuer les reportages que lui commande son patron. Il prend en photo la vie culturelle bamakoise et ses soirées dansantes.


Les jeunes bergers peuls, 1972. Qui mieux que Malick Sidibé pouvait saisir ce qui habitent ces jeunes bergers, lui qui, enfant, aidait son père paysan dans le sud du Mali en conduisant les moutons au pâturage?


En 1962, il ouvre son propre studio, le studio Malick, qu’il installe dans le très populaire quartier de Bagadadji, à l’angle 19 de la rue 30, non loin de la grande mosquée. Il y travaillera pendant plus de cinquante ans, entouré de carcasses d’appareils photos, de cartes postales aux couleurs passées, de boîtes de négatifs…  Et surtout, gravitaient toujours autour de lui une poignée de clients ou d’amis passés dire bonjour ou siroter un thé. Sans que cela semble jamais l’ennuyer ou le déconcentrer : « Le bonheur est avec le monde. C’est une chance, tous ces gens qui viennent me voir. »


Toute la famille à moto, 1962. Dans le studio de Malick Sidibé, les gens pouvaient être photographiés seuls, à deux ou même en famille. Avec son ballon de foot, son mouton ou sa radio.


Une attitude qui ne s’est jamais démentie chez cet artiste au tempérament généreux, enthousiaste, plein d’énergie. D’une incroyable modernité. A l’instar des sujets qu’il photographie. Dans son studio, les gens pouvaient poser seuls, à deux ou en famille. Avec leur ballon de foot, leur mouton ou leur moto. Vêtus d’un boubou de fête ou en pattes d’eph’  et chemise bariolée. Les cheveux recouverts d’un voile, d’une perruque ou coiffés en Afro. Avec Malick Sidibé, tout était permis. 


On est bien loin de l’élégance classique des portraits du grand maître de l’époque, Seydou Keïta.« Seydou, c’était la grande classe des fonctionnaires, avec des hommes richement habillés qui couvraient leur dame de chaînes en or. Moi, c’était la classe moyenne », confiera-t-il dans une interview accordée au quotidien Le Monde.


Nuit de Noël (happy club),1963. Malick Sidibé était le maître du mouvement. Dans ce cliché, sans doute le plus connu du photographe malien, on voit virevolter un jeune couple, sourire aux lèvres et les pieds nus.


Des centaines de clichés — réalisés pour la plupart à l’aide d’un 6×6 pour le studio et d’un 24×36 pour les reportages — sont nés de cette démarche. Des photos d’une infinie tendresse qui donnent à voir une Afrique insouciante et joyeuse. L’Afrique des années 1960-1970, exhubérante, jouisseuse, peuplée de baigneurs indolents au bord du fleuve Niger ou de jeunes se déhanchant sur du twist. Une Afrique pleine d’espoirs nourris par la toute nouvelle indépendance. Et, bien sûr, par le vent de révolutions panafricaines qui soufflait alors sur le continent.


Ces images, largement diffusées et exposées en Occident à partir des années 1990, sont un témoignage précieux d’ « une période importante de l’histoire africaine, qui fut une étape d’émancipation, de bouleversements culturels, de fierté et d’espoir pour l’avenir », comme s’est plu à le souligner le jury PhotoEspaña en lui attribuant son prix en 2009.

Par @FadwaIslah
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