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INTERVIEWAbdelmoumni : « Il n’y a pas une volonté politique forte pour éradiquer la corruption »

03.05.2016 à 19 H 57 • Mis à jour le 04.05.2016 à 16 H 48
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Les pots-de-vin continuent à être monnaie courante au Maroc. C’est en tout cas ce qui ressort du baromètre global de la corruption 2016 présenté ce mardi 3 mai par Transparency Maroc, quelques heures après le lancement tambour battant de la stratégie nationale de lutte contre la corruption par Abdelilah Benkirane. Entretien avec le secrétaire général de l’association.

Une corruption toujours aussi fréquente et un défaitisme global, voici les deux principaux points qui sautent aux yeux au vu des résultats du baromètre global de la corruption 2016 mené par Transparency Maroc. Selon cette enquête, la corruption affecte, depuis 2006 date du lancement de ce baromètre, les secteurs essentiels du pays : la justice, la police, la santé, les services-autorisations auprès de l’administration. « Dans l’ensemble, 48 % des personnes interrogée en contact avec les services concernés ont payé un pot-de-vin à au moins un des secteurs couverts par l’enquête  », note le rapport. Face à cela, seulement 10 % de la population interrogée déclare ou dénonce les cas de corruption observés. Un état des lieux alarmant pour Fouad Abdelmoumni, secrétaire général de Transparency Maroc. 


Qu’est-ce qui est le plus frappant dans les résultats de votre baromètre ?

C’est la permanence des données depuis 2006. Cette stagnation est dramatique car nous sommes dans une période où il y a eu énormément de promesses : des promesses de la rue avec le 20 février, des promesses de l’Etat avec le changement de constitution, des promesses de l’ancienne opposition qui est aujourd’hui au gouvernement et qui avait bâti sa campagne électorale sur la lutte contre l’autoritarisme et la corruption. Cinq ans après, on se retrouve dans une situation tout aussi dramatique. Les gens interrogés semblent être vraiment lassés des déclarations et des promesses, de ne pas voir une action pertinente et institutionnelle.


Quelles sont alors les recommandations de Transparency Maroc ?

Nous considérons qu’il faut une action globale, volontaire, très décidée politiquement qui engage une dynamique. Ce matin, le gouvernement a tenu une grande messe pour la signature de la convention d’opérationnalisation de la stratégie nationale de lutte contre la corruption qui a été adoptée le 28 décembre dernier. Nous considérons que le texte de cette stratégie, dont nous avons contribué à son élaboration, va dans le bon sens même s’il y a des éléments qui montrent qu’il n’y a pas suffisamment de volonté politique pour changer les choses. On n’a pas prévu par exemple un engagement très fort dans la protection des donneurs d’alertes et des victimes qui dénoncent les actes de corruption. Il n’y a pas eu d’engagement non plus sur  la publication de certains rapports ou du moins des extraits de certains rapports produits par les inspections des ministères, de l’inspection générale des Finances ou de l’inspection générale territoriale. Ces rapports mériteraient d’être mis à la disposition de la justice.


Vous dites que la stratégie nationale de lutte contre la corruption va dans le bon sens, pouvez-vous être plus précis ?

Ce qui va dans le bon sens, c’est qu’aujourd’hui, nous avons enfin une stratégie dans laquelle il y a des objectifs datés dans le temps avec la désignation de programmes qui vont permettre de réaliser ces objectifs, avec la désignation également de responsables qui seront comptables de la réalisation de ces programmes et de l’aboutissement de ces objectifs. C’est la première fois qu’au Maroc une stratégie engage le gouvernement.


Quel regard portez vous sur l’institution de lutte contre la corruption qui semble être démunie de moyens pour faire son travail ?

Le texte a été adoptée l’année dernière et n’a toujours pas été mise sur pied. Les membres n’ont toujours pas été nommés et en plus, cette institution est démunie des prérogatives qui nous semblent impératives pour qu’elle soit pertinente comme le droit à l’investigation, qui d’une certaine manière lui est retiré.


Le baromètre global de la corruption est édité tous les trois ans. Logiquement, avec la stratégie nationale de lutte contre la corruption, dans trois ans, la corruption devrait diminuer, non ?

Logiquement, oui, si on donne des preuves à l’opinion publique que les choses sont en train de changer raisonnablement. Vous savez, aujourd’hui, nous ne sommes plus dans la situation d’antan où le pouvoir pouvait user et abuser de la propagande, de la répression, de la corruption pour acheter les consciences. Aujourd’hui, la rue est très exigeante. On voit bien qu’après le 20 février 2011 est venue une période de désespoir avec toutes ces immolations par le feu, avec de plus en plus de réactions de rejet des formes les plus abjectes de l’autoritarisme et de la corruption. Je pense que c’est une situation qui ne peut perdurer. Soit on avance sur tous les plans et on passe à la normalité, sans un système qui mine la vie des citoyens et de l’économie marocaine, soit on va vers le gouffre.

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Le Desk Newsroom