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HoaxIlyasGate : Le rétropédalage médiatique d’Ilyas El Omari

06.05.2016 à 18 H 00 • Mis à jour le 07.05.2016 à 20 H 59
Par
Après le démenti de la Fondation Bill & Melinda Gates, la Banque Islamique de Développement sort à son tour pour nier la signature d’un accord de financement avec la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Pendant ce temps-là, Ilyas El Omari tente d’effacer toute trace de l’intox distillée par le PAM et ses relais médiatiques.

Après le démenti de la Fondation Bill &  Melinda Gates révélé par Le Desk, la Banque islamique de développement a aussi nié la signature d’un accord de financement avec le président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima d’un montant de 100 millions de dollars. Dans une déclaration à CNN Arabic, un responsable de la BID a assuré qu’aucun accord n’a été signé avec la région, et que le montant avancé par les médias marocains qui ont relayé l’intox est tout simplement surréaliste. « Le fond va réserver 500 millions de dollars de financement pour tous les pays qui rentrent dans son périmètre d’action, avec un rythme annuel de 100 millions de dollars par an. Accorder toute l’enveloppe d’une année à une seule région serait injuste », explique-t-il.


Ces deux cinglants démentis ont été suffisants pour que le parti du tracteur fasse machine arrière. Non pas en s’excusant de sa grossière erreur, mais en tentant une opération de nettoyage à grande échelle sur son site officiel et sur les pages Facebook et Twitter de ses dirigeants, responsables, sympathisants et relais médiatiques.

Effacer toute trace du forfait

Le PAM qui avait publié mardi un communiqué pour annoncer la grande nouvelle a ainsi discrètement changé le contenu de sa publication. Le titre et le chapô du communiqué qui annonçaient clairement et sans détour « la signature » de l’accord ont été remaniés en catimini. Le terme « signature » a sauté, pour laisser place à cette phrase : « Après deux mois de contacts… La région se dirige vers la conclusion d’un financement de 100 millions de dollars… ». Une nouvelle erreur professionnelle pour le média officiel du parti du tracteur, qui au lieu de publier un disclaimer pour faire amende honorable de son impair, a préféré caviarder la publication originale datant du mardi 3 mai, en retouchant l’adresse URL et en déréglant l’horloge de sa mise en ligne sur la plateforme pour brouiller les pistes et empêcher tout scrutateur de retrouver la première version de la page « en cache » sur les différents moteurs de recherche. Des techniques qui renseignent sur l’honnêteté intellectuelle des communicants du PAM. C’était sans compter sur les possibilités techniques qui servent à déterrer tout enfouissement sur Internet.


Le Desk a ainsi pu extraire des tréfonds de la Toile la trace de la publication qui avait permis à Ilyas El Omari et au PAM de fanfaronner sur leur exploit imaginaire et qui avait surtout servi à tromper la presse ayant relayé le faux scoop, souvent à coup d’articles laudateurs.


Malgré la tentative grossière d'enfouissement de la version originale du communiqué du PAM publié le 3 mai 2016 sur son site Internet, Le Desk a pu en retrouver la trace. CAPTURE LE DESK


Quant à Ilyas El Omari, après avoir essayé, jeudi soir lors d’une rencontre à HEM, d’accuser ses détracteurs de faire de la surenchère politique autour d’un sujet d’intérêt national, il confie le lendemain à CNN Arabic qu’il n’a jamais déclaré que la région avait signé cet accord avec les deux bailleurs de fonds, rejetant toute la responsabilité de cette bourde à la cellule communication de son parti et au community manager de sa page Facebook et de son compte Twitter. Il y annonçait fièrement la signature de l’accord, mais comme pour le communiqué du PAM, les messages ont tout bonnement disparu sans la moindre explication.


Message publié par Ilyas El Omari sur sa page Facebook aujourd'hui effacé. CAPTURE ECRAN LE DESK


Tweet d'Ilyas El Omari effacé depuis hier de son compte. CAPTURE LE DESK


Idem pour tous les membres et dirigeants du PAM qui ont relayé l’intox. « Nous avons reçu des consignes pour tout supprimer. C’est malhonnête je l’avoue, mais des ordres sont venus d’en haut », confie, sous le sceau de l’anonymat, un membre du parti qui se dit extrêmement gêné par cette affaire.

Une erreur politique fatale ?

Voulant récupérer politiquement une simple rencontre avec des bailleurs de fonds venus en phase prospective, le PAM s’est ainsi tiré une balle dans le pied, rongeant tout ce qu’il a pu construire en capital sympathie auprès de sa cible électorale. Cette affaire a surtout démontré qu’Ilyas El Omari ne connaît pas les codes du monde de la haute finance, où comme le veut l’usage l’on s’interdit de communiquer sur une levée de fonds avant le closing final. Ce qui pourrait expliquer la sortie rapide et tonitruante de la Banque islamique de développement et de la Fondation des Gates qui ont manifestement très peu goûté cette manip’ bassement électoraliste.


Face à cela, le Conseil de la région s’est vu lui aussi contraint de publier un communiqué pour clarifier les choses. Un communiqué où l’on apprend que les discussions préliminaires se font sous la houlette du ministre des Finances Mohamed Boussaid, qui a été le premier à recevoir à Rabat les responsables des deux institutions internationales, avant qu’ils ne prennent la route vers Tanger pour tenir une rencontre d’information avec Ilyas El Omari, en présence du Wali de la région et d’un représentant du ministère des Finances. Le communiqué précise également qu’il s’agissait d’une réunion de présentation et que les différentes parties se sont mises d’accord sur la préparation de certains dossiers à soumettre au Conseil d’administration du fonds qui se tiendra en septembre prochain.


Voilà qui met fin au hoax monté en épingle par le PAM. Un hoax qui peut se révéler fatal politiquement pour si Ilyas, qui donne l’impression par cette opération ratée d’enfumage de l’opinion publique de vouloir surfer sur toutes les vagues pour se tailler un costume d’homme d’Etat, capable de jouer dans la cour des grands aux côtés des Gates et de gros bailleurs de fonds internationaux. Une affaire qui donne aussi du carburant à ce qui semble être le nouveau slogan électoral du PJD et ses alliés : l’maâqoul (le sérieux).

Par @MehdiMichbal
Le Desk Newsroom