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InterviewEn échec depuis des années, la station balnéaire de Saïdia peine toujours à séduire les vacanciers

17.08.2016 à 23 H 48 • Mis à jour le 18.08.2016 à 10 H 25
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Inaugurée il y a plus de six ans dans le cadre du Plan Azur, la station balnéaire de Saïdia qui comporte pourtant une marina, un port de plaisance, un village d’accueil pour les touristes est quasi-déserte toute l’année et ne réussit pas à faire le plein en période estivale.

Youssef Zaki, élu en avril dernier à la tête du Conseil régional du tourisme (CRT) de l’Oriental pour un mandat de cinq ans. Ce natif de la région, qui gère en plus des dossiers touristiques de la région un établissement hôtelier près de Berkane explique les maux d’une station qui en a déçu plus d’un.


Youssef Zaki, professionnel du tourisme, a été élu en avril dernier à la tête du CRT de l'Oriental. Sa mission : redorer le blason d'une station balnéaire qui n'a pas tenu jusqu'ici ses promesses. CC


La station balnéaire de Saïdia est déserte durant toute l’année, et pendant la saison estivale, elle n’attire pas grand monde. Est-ce en raison de sa position excentrée que les touristes choisissent plutôt Agadir, Tanger ou Marrakech ?

La région a été, effectivement, pendant de très longues années marginalisée, délaissée en dehors de l’espace économique du pays. Aujourd’hui, cet argument ne tient plus. L’accès à la région est devenu très aisé, nous sommes à trois heures de Fès, cinq de Rabat. Nous disposons de plus de deux aéroports internationaux, l’un à Oujda, l’autre à Nador. Il faut faire la différence entre la station balnéaire et la ville de Saïdia.



Ensuite, le produit que nous offrons est différent de celui que propose des régions comme Agadir, Tanger ou même Marrakech. Nous avons une très belle côte méditerranéenne qui se prolonge de Saïdia jusqu’à Nador. C’est un atout de taille sur lequel il faut que nous capitalisions.


Que dites-vous de l’affluence et du taux de remplissage des unités hôtelières à Saïdia, comparativement à d’autres villes ?

Nous avons mis en place un Observatoire du tourisme de la région de l’Oriental qui dépend du CRT. Celui ci aura la tâche de compiler toutes les statistiques sur chacune des villes de la région, chose que nous n’avions pas. L’Observatoire national du tourisme nous fournit des chiffres sur l’axe Oujda- Saïdia. Nous aimerions connaître les performances de la station balnéaire à elle seule. Pour être franc ce qu’on appelle désormais l’« ancienne » ville de Saïdia a accueilli, comme chaque année, des milliers d’estivants, notamment des touristes nationaux et des Marocains résidants à l’étranger (MRE).


Mais le problème de la saisonnalité persiste malheureusement pour la ville et les infrastructures de la station, quelles sont vos pistes de réflexion pour y remédier ?

Il faut penser à l’après-saison en effet. Nous proposons au sein du CRT de s’intéresser au tourisme sportif. Il faudra réaliser un complexe de haut niveau pour pouvoir accueillir des clubs à l’échelon national ou international, et des délégations de sportifs pour des concentrations et pourquoi pas des compétitions. C’est un bon créneau, d’autant plus que, généralement ce sont des activités qui se déroulent en dehors de la saison estivale. Il faudra aussi penser à développer le tourisme d’affaires et organiser des congrès et des séminaires et avoir un palais des congrès au cœur de la station. Une ville comme Oujda peut s’appuyer sur son capital culturel et le valoriser.


Mohammed VI à l'inauguration de la station balnéaire de Saïdia en 2009. Réalisée sur une superficie de 696 hectares, Saïdia Mediterranea devait être dotée de 30 000 lits, 9 hôtels, 12 villages de vacances, 8 résidences touristiques, 2 700 appartements, 300 villas et de nombreux centres commerciaux. Son inauguration avait eu lieu en marge des 9èmes Assises nationales du tourisme tenues à Saïdia. LINH/MAP


Il faut faire développer l’arrière pays pour accompagner la station balnéaire par la concrétisation du contrat programme prévu à cet effet. C’est le rôle de la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) qui doit redoubler d’efforts pour attirer les investissements et soutenir les hôteliers à s’installer dans la région. Nous disposons d’une belle région montagneuse vers Tafoughalte sur laquelle nous devons capitaliser. Maintenant, le CRT n’est qu’une force de proposition.


Comment agissent les hôteliers avec cette contrainte de saisonnalité ?

Les hôteliers souffrent pendant toute l’année, et ils ont 1 à 2 mois d’activité. Il est donc tout à fait normal qu’ils profitent de l’occasion pour augmenter les prix de leurs prestations. Ils ont des charges à payer sur toute l’année. Les grands établissements arrivent, tant bien que mal, à s’en sortir. Ils ont une clientèle fidèle qu’ils commencent à accueillir vers la fin mars et jusqu’en octobre.


L’autre handicap auquel nous faisons face, en tant que CRT, est au niveau de la promotion de la station. Elle manque cruellement de capacité litière. A 3 200 lits actuellement, cela est en deçà du nécessaire. Notre apport sera de renforcer cette capacité pour pouvoir la développer. Je ne vous cache pas que cela prend beaucoup de temps et autant de travail.


Est-ce vraiment la solution ? Des hôtels ferment toute l’année et vous voulez augmenter la capacité d’accueil ?

Nous ne pouvons pas vendre une station avec si peu de lits. A ce faible niveau, il est impossible de convaincre les grands tours opérateurs. Pour y parvenir et que cela devienne rentable pour eux, il faut au moins atteindre 10 000 lits, voire plus.


Et il y a un travail qui se fait dans se sens. Nous espérons qu’avec l’arrivée du nouveau patron de H Partners, Abbas Azzouzi, l’ancien Barcélo de Saïdia, qui est fermé depuis plus de trois ans, rouvrira ses portes. C’est malheureux qu’un hôtel de 620 lits soit ainsi en désuétude, d’autant qu’il a la possibilité d’atteindre 1 200 lits à terme. Nous restons confiants et optimistes quant à sa réouverture, soit sous la gestion de H Partners, soit s’ils décident de le céder, de la part du nouvel acquéreur qui pourra, nous l’espérons, beaucoup aider dans la promotion de la région.


Dotée d'une marina et d'un port de plaisance, la station voit peu à peu ses anneaux se vider des voiliers qui y accostent en raison notamment des nuisances sonores et de la pollution des bassins. CC


Deux autres hôtels seront ouverts d’ici la saison prochaine appartenant à l’Espagnol Sol Melia. Une société portugaise a, elle aussi, racheté un centre de vacances et qui sera dotée d’une cinquantaine d’appartements supplémentaires. La première tranche de l’Aqua-parc sera livrée et en exploitation la saison prochaine. C’est de bonne augure, et moi je parie que la saison prochaine sera celle de Saïdia.


L’Office national du tourisme (ONMT) qui doit vendre la destination Maroc vous accompagne-t-il dans vos efforts ?

Vous savez qu’avant que je devienne président du CRT, je suis passé par le Conseil provincial du tourisme (CPT) à Berkane et Saïdia. Nous avons fait avec les moyens du bord notre propre promotion. La seule fois où nous avons travaillé avec l’ONMT, ils nous avaient donné un stand lors d’une manifestation internationale et une autre fois en 2011 lorsqu’ils nous ont aidé à financer une compagne de communication. C’est tout. Pourtant nous avons toujours transmis des propositions et nos plans d’actions, mais sans aucun feed-back. Maintenant, pour le CRT, nous sommes toujours dans la phase de préparation, et nous ne les avons toujours pas approché. On verra d’ici là.


L’hôtel Barcelo de Saïdia est fermé depuis trois ans. Inauguré en grande pompe en juin 2009, l’établissement avait d’ailleurs accueilli les IXe Assises du tourisme et affichait de belles ambitions avec ses 614 chambres réparties sur deux ailes, dont 52 suites et 12 master suites. CC


Le village situé au sein de la station balnéaire est toujours vide. Comment expliquez vous cela ?

Il y a eu un mauvais départ, avec la faillite de l’espagnol Fadesa puis avec la reprise par le promoteur immobilier Addoha, qui s’est chargé au pied levé de l’achèvement de la construction. Ensuite, la gestion de l’ensemble a pâti de dérives. A mon niveau, je ne comprends pas pour quelle raison la société gestionnaire a donné des restaurants en gestion à des personnes qui sont étrangers à la profession, par exemple. Il y a aussi le point du prix de la location des locaux commerciaux qui est de 200 dirhams le m2. C’est exorbitant. Pour un petit magasin, il faut payer environ 20 000 dirhams de loyer par mois et les restaurateurs sont à plus de 60 000 dirhams. Au vu des difficultés qu’ils trouvent pendant toute l’année, des dépassements sont constatés : il y a maintenant plusieurs bars ou pubs déguisés en restaurants par exemple. Avec le temps, leurs tenanciers n’ont pas pu suivre et ils ne peuvent pas s’acquitter des loyers durant toute l’année avec en contrepartie trois mois d’exploitation au mieux. Cette situation a fait que l’on ne dispose plus de pharmacie, de boulangerie, d’épicerie ou même de coiffeur. Il fallait trouver un accord pour que ces personnes puissent rester au moins l’été. Proposer des cahiers des charges et les faire payer un montant raisonnable en dehors de la haute saison. Où même accorder aux petits artisans quelques magasins à titre gracieux. C’est bien eux qui font vivre un village ou une ville non ?


Mais la société ne peut pas se permettre un tel sacrifice financier, n’est-ce pas ?

La société gestionnaire de la station balnéaire dépensait jusqu’à il y a quelques années plus de 5 millions de dirhams dans des animations. Ils peuvent bien se permettre cela. D’autant plus que nous n’avons jamais vu la couleur d’un bilan de ces manifestations. Il faudrait bien établir l’impact réel de ces dépenses de loisir sur les commerces ou sur les établissements hôteliers. D’un autre coté, ces activités ont fait fuir les bateaux accostés à la marina en raison de la pollution sonore. Aujourd’hui, même le bassin du port de plaisance est vide, et il est dans un état regrettable.

Par @berradaelmehdi
Le Desk Newsroom