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InvestissementUn projet français d’Anas Sefrioui combattu par le Front national

14.12.2016 à 21 H 15 • Mis à jour le 14.12.2016 à 21 H 41
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Le projet d'usine de ciment du groupe Sefrioui à Fos-sur-Mer dans les environs de Marseille subit une levée de boucliers menée notamment par Marion Maréchal-Le Pen, la très remuante nièce de Marine, patronne du parti français d'extrême droite. Son investissement de 50 millions d'euros pourrait être compromis

« Depuis plusieurs mois, les salariés des usines de ciment Vicat – Lafarge – Calcia, à Fos-sur-Mer, se battent contre le projet d’installation d’un nouveau complexe cimentier par le groupe Sefrioui, dirigé par le Marocain Anas Sefrioui. Si ce projet se concrétise, il mettrait en danger de mort l’industrie cimentière française, et menacerait des centaines d’emplois dans notre Région », déclare dans un communiqué daté du 13 décembre, le trio du Front national (FN), Marion Maréchal-Le Pen (nièce de Marine Le Pen, candidate à la présidentielle française), Stéphane Ravier et Emmanuel Fouquart.



« L’usine Sefrioui n’utilisera pas de matière première (clinker) extraite en France, mais provenant du Maroc. Ainsi, les normes environnementales et sociales françaises ne s’appliqueront pas tout au long du processus de production et notamment lors de la phase la plus polluante, l’extraction. Ces produits seront importés à très faible coût, engendrant un prix faible pour le ciment ainsi fabriqué. Les sites d’extraction autour de Fos-sur-Mer et dans le Haut-pays niçois seraient rendus inutiles par le nouveau complexe cimentier », ajoute le communiqué du FN.


Le FN ajoute que « cette catastrophe industrielle est rendue possible par l’inaction des dirigeants socialistes et de Christian Estrosi, président de la Région PACA et de la métropole Nice-Côte d’Azur, qui refusent d’engager une politique de patriotisme économique pour sauver nos fleurons industriels. Les salariés de Vicat – Lafarge – Calcia et les centaines d’autres employés menacés, peuvent compter sur la mobilisation des élus du Front National pour les défendre par tous les moyens possibles », poursuit le communiqué du parti d’extrême-droite français avant d’ajouter que le groupe FN déposera une motion pour que le Conseil régional de PACA s’engage à « défendre les salariés menacés dans toute la région. »


Le FN mène campagne contre Anas Sefrioui dans le sud de la France sur la thématique sensible de l'emploi. FN


Pour mémoire, le Groupe Sefrioui s’était lancé dès 2012 dans un projet de construction d’une cimenterie à proximité du port de Fos-Sur-Mer à quelque cinquante kilomètres de Marseille. Il a cependant du faire face à la résistance virulente des lobbies politiques locaux qui avaient remué ciel et terre pour retarder la délivrance de la batterie des autorisations nécessaires. La mairie s’est opposée au projet requérant à plusieurs reprises des audiences publiques pour tirer un trait sur cette implantation industrielle marocaine.


Un investissement de 50 millions d’euros menacé

Son objectif était de fournir du ciment à la région PACA très consommatrice de matériau de construction (40 % du marché hexagonal) sur la base du clinker importé du Maroc. En 2012, les grands projets de réhabilitation industrielle lancés par le Grand Port Maritime de Marseille, exploitant et gestionnaire du plus grand port de France et du deuxième plus grand port de la Méditerranée situé dans la commune de Fos-sur-Mer justifiait cet investissement censé générer du profit à partir de l’hinterland situé à proximité des zones de débarquement portuaires.


Sefrioui via sa filiale Sudvrac, se met sur les rangs pour promettre de produire 400 000 tonnes par an sur la base d’un investissement de 50 millions d’euros et la création de plus d’une centaine d’emplois, selon des documents consultés par Le360, avec à la clé des possibles phases d’extension. L’idée avant tout est de répondre à une demande ciblée que les cimenteries déjà en exploitation ont des difficultés à assouvir, n’étant pas uniquement dédiées au broyage du clinker et souffrant de surcapacités.


Les démarches s’étaleront de 2013 à l’automne 2014 date d’acceptation du dossier marocain, mais la procédure allait se complexifier entre les différentes administrations dont l’Autorité en charge du respect des règles environnementales.


Marion Maréchal Le Pen, petite-fille de Jean-Marie Le Pen et nièce de Marine est députée du Vaucluse. Elle a fait du dossier Sefrioui son cheval de bataille avec les élus sudistes du FN. ASSEMBLEE NATIONALE


Un lobbying exacerbé d’un groupe concurrent français

Dans son enquête qui avait révélé l’affaire en mai 2016, Le360 évoquait déjà un lobbying exacerbé contre le projet de Sefrioui mené notamment par Vicat, un groupe concurrent qui aurait l’appui inconditionnel de certains élus locaux dont le maire de la commune, René Raimondi, qui s’est clairement opposé à ce projet lors des réunions publiques. Se sont joints à lui de nombreux représentants, employés et syndicalistes de Vicat qui ont mis en avant des craintes de pertes d’emploi dans la région.


Alors que le projet était au point mort, l’actualité politique très tendu ces dernières semaines a été l’occasion pour le FN de se saisir de ce dossier afin de faire valoir sa capacité à défendre l’emploi dans une région globalement sinistrée et surtout acquise aux idées souverainistes du clan Le Pen.


Déjà chahuté en Afrique où nombre de ses activités et chantiers sont à l’arrêt, le magnat de l’immobilier pourrait dans ces conditions voir un de ces autres projets à l’international s’enliser à cause des contingences politiques hexagonales.

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Le Desk Newsroom