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Crise gouvernementaleFace au couperet royal, le PJD tenté logiquement par l’opposition

16.03.2017 à 14 H 53 • Mis à jour le 16.03.2017 à 15 H 01
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Le PJD va-t-il répondre favorablement à la nouvelle donne imposée par le roi ? En acceptant d’envoyer au charbon un substitut à Benkirane, le parti islamiste risquerait de perdre sa cohésion. La logique serait qu’il bascule dans l’opposition pour éviter que les germes d’une scission à venir ne lui soient inoculés

« C’est notre roi et il est venu avec une décision qui respecte le cadre de la Constitution, que j’ai toujours défendu », a déclaré Abdelilah Benkirane à la tombée hier soir du communiqué du cabinet royal faisant état de la décision de Mohammed VI de mettre fin à la mission confiée au secrétaire général du PJD de constituer le gouvernement après sa victoire aux législatives d’octobre.


Le roi a de cette manière mis un terme à un processus de négociations qui a duré plus de cinq mois et qui s’est soldé, de l’avis de toutes les parties, par un échec. Benkirane n’ayant pas réussi à former une coalition nécessaire face à Aziz Akhannouch, un adversaire aussi inattendu dans la course que coriace.


Une relève difficile au sein d’un parti uni

Des scénarios de coalitions probables, les observateurs sont aujourd’hui tous pendus à la réaction officielle du PJD qui devra répondre officiellement à la décision royale d’envisager de nommer une autre personnalité issue des rangs du parti islamiste. Un choix que le Palais justifie parmi d’autres options possibles, par sa volonté de préserver la volonté des électeurs, conformément à l’esprit de la Constitution.


Les pronostics vont bon train alors que la plupart des figures politiques saluent la décision du roi destinée avant tout à sortir de l’impasse. Trois noms sont naturellement évoqués. Deux cadors du parti, le psychiatre Saadeddine El Otmani qui avait déjà été aux commandes du régalien ministère des Affaires étrangères, l’avocat Musapha Ramid, qui à travers son mandat de ministre de la Justice s’est désormais habitué à l’exercice du pouvoir dans un secteur dit de souveraineté, et enfin Aziz Rabbah, technocrate ambitieux du ministère de l’Equipement, connu pour ses positions les moins marquées idéologiquement.


Si le Palais a renvoyé de nouveau la balle dans le camp du PJD, la relève de Benkirane ne sera pas un choix aisé, sinon impossible pour un parti dont l’identité est devenue consubstantielle à celle de son chef. Tout au long de la crise, le parti de la lampe a fait corps avec son leader écartant toute possibilité de mener une coalition gouvernementale avec un substitut.


Le PPS de Nabil Benabdallah demande à son allié de répondre favorablement à la nouvelle donne, mais observe-t-on au PJD, cela voudrait dire que l’origine du blocage ne viendrait pas d’une vision politique assumée de ce que devrait être l’architecture de l’Exécutif, mais de la personnalité même de Benkirane qui l’aurait ainsi imposée à ses partisans au fil de son mandat. Une sorte de déni de sa démocratie interne en somme.


Eviter l’écartèlement et se faisant la domestication

La crainte pour les islamistes est de voir leur parti écartelé, le nouveau prétendant au poste devant immanquablement infléchir l’orientation du parti pour céder aux désidératas des adversaires, dont en premier lieu, Aziz Akhannouch, qui en exigeant l’entrée de l’USFP, a scellé le sort de Benkirane.


En conclave au lendemain de la déchéance de leur chef, le PJD peut aussi se conformer à la décision royale sans pour autant changer de cap. Une situation qui entraînerait le pays dans un nouveau cycle de tractations sans fin et pousserait ainsi le Palais à chercher une nouvelle alternative hors des rangs islamistes. Cette option ne serait pas non plus favorable au PJD dont la responsabilité politique serait alors définitivement engagée.


Enfin, c’est l’avenir aussi de Benkirane qui est en jeu. Si à Reuters, il a affirmé qu’il « continuera à travailler sur le terrain », comme un simple militant, démontrant ainsi la discipline légendaire du parti, la perspective du prochain Congrès prévue en fin d’année est aussi à prendre en considération. Dans une logique de repli, voire de combat, le PJD pourrait modifier ses statuts pour ouvrir la voie à un troisième mandat de son champion et demeurer uni avec la même chaîne de commandement.


C’est cette option qui serait la plus conforme au mode opératoire d’un parti qui s’est hissé au fil des ans au pinacle de la politique marocaine grâce à son incomparable résilience. Déroger à cette unité en acceptant de jouer la carte du Makhzen l’entrainerait dans la voie pentue empruntée au cours de l’Histoire par tous les grands partis né du Mouvement national…  jusqu’à leur domestication finale.

Par @MarocAmar
Le Desk Newsroom