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Compte-RenduTanger Tech : deux maquettes pour un même projet

28.07.2017 à 03 H 44 • Mis à jour le 28.07.2017 à 03 H 46
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La conférence de presse très attendue de la BMCE Bank, destinée à dissiper les doutes sur le projet « Cité Mohammed VI Tanger Tech », n’a pas répondu aux questions de fond soulevées par l’enquête en quatre volets du Desk. Clou du spectacle, la maquette présentée à la presse diffère sensiblement de celle présentée au roi en mars dernier

« Afin d’éclairer l’opinion publique, au Maroc et à l’étranger, par rapport aux modalités et autres spécificités du projet et, par la même occasion, dissiper toutes inquiétudes ou doutes à ce sujet, une présentation à la presse est prévue d’être faite au siège de BMCE Bank of Africa à la veille de la célébration de la Fête du Trône, soit avant le 30 juillet prochain », avant promis Othman Benjelloun, président de la BMCE Bank dans un communiqué daté du 10 juillet.


Très attendue, la conférence de presse à laquelle ont été conviés les médias le 27 juillet au siège de la banque à Casablanca n’a pourtant pas répondu aux questions de fond soulevées par la série d’articles du Desk concernant le projet « Cité Mohammed VI Tanger Tech ».



Le président de la BMCE Bank, le ministre de l’industrie, Moulay Hafid Elalamy, et le président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Ilyas El Omari, se sont succédés au micro pour vanter la coopération sino-marocaine et exprimer leur confiance dans la réalisation de cet ambitieux projet.


Benjelloun a évoqué son expérience avec la Chine qui remonte au début des années 70 et décrit en des termes philosophiques et patriotiques l’engagement de son groupe financier. Elalamy, manifestement plus prudent, a réitéré sa vision sur l’industrialisation du Maroc défendant l’idée d’une courbe d’apprentissage en matière de cités industrielles, tandis qu’El Omari, nettement plus brouillon, a laissé filtré que la région TTAH sera actionnaire de la société d’aménagement Holding SA TT prévue à cet effet à hauteur de 5 % par apport du foncier « sur la base sur d’un capital de 1 milliard de dollars », valorisant ainsi le terrain à 50 millions de dollars. « El Omari n’a pas précisé si la viabilisation est prise en charge par la région ou pas », souligne Medias24.


Othman Benjelloun, Moulay Hafid Elalamy en compagnie du représentant du groupe chinois Haite. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK


Pour résumer, les éléments présentés sont les suivants : le projet dont le caractère de smart city a été cette fois-ci escamoté (la plaquette fournie à la presse ne parle plus que d’inspiration smart city), est porté par Haite Group, chef de file d’un groupe d’investisseurs chinois (non encore identifiés) et BMCE Bank of Africa, chef de file pour la partie marocaine. Benjelloun a affirmé recevoir « tous les jours des propositions de sociétés chinoises parmi les plus importantes au monde ». Le partenariat avec la Morocco-China International (société d’investissement de la Chambre de Commerce sino-marocaine), une structure « plus ou moins fantôme » ne sera pas évoqué. Cette alliance était pourtant présentée jusqu’ici comme la colonne vertébrale de ce montage dont on ne sait toujours pas la démarcation précise des rôles dévolus aux acteurs publics et privés. Petit détail à relever, dans son intervention, Elalamy, prenant à témoin Benjelloun, a daté à 2014 sa première rencontre avec Haite en Chine, apportant ainsi un démenti au story telling d’El Omari qui assure mordicus avoir été à l’origine du processus, fin 2015, alors qu’il participait au 7ème sommet Africités de Johannesburg… 

 

Une holding capitalisée à 1 MM $ « dans 15 jours »

Nouveauté cependant à suivre de près : la société Holding SA TT « sera constituée dans 15 jours », a assuré Ilyas El Omari, citant Othman Benjelloun. « Son siège est à Tanger et les équipes marocaines et chinoises y sont déjà à pied d’œuvre » a-t-il poursuivit. Elle aura deux filiales, la première destinée à la zone industrielle et la seconde à la zone commerciale et résidentielle. Le milliard de dollars annoncé sera nécessaire pour la construction dit la brochure distribuée aux journalistes, tandis que les investissements industriels totaliseront 10 milliards supplémentaires. La première usine sera inaugurée dans deux ans, promet Elalamy.



La cité abritera à terme 300 000 habitants dont 100 000 travailleurs répartis dans 10 secteurs industriels : aéronautique, automobile, e-commerce, télécommunication, énergies renouvelables, transport, électroménager, équipements pharmaceutiques, production de matériaux, industrie agroalimentaire, selon le film institutionnel présenté au roi il y a quatre mois et diffusé à l’assistance.


Master Plan du phasage de Tanger Tech. La zone cerclée en rouge qui est adjacente au projet avait été présentée à la presse lors de la visite guidée sur site comme son embryon. Le Desk avait dans un article précédent fait remarquer que ce n'était pas le cas s'agissant de la zone logistique et ONCF bordant l'autoroute et la ligne LGV, infrastructures antérieures au projet. La flèche indique approximativement le lieu où la presse avait été conviée le 19 juillet pour constater des travaux en cours...


Selon le phasage envisagé, Tanger Tech s’étendra à l’horizon 2027 sur 2 000 hectares et sera réalisée en 3 segments. Le premier, de 500 ha, sera dévolu à l’industrie. Le second de 700 ha aux services, tandis que le troisième (800 ha) sera résidentiel.


Le représentant chinois présentant la nouvelle maquette du projet Tanger-Tech. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK


Des Chinois anonymisés, Benjelloun insondable

La partie chinoise a quant à elle fait de la figuration. Composée d’un membre du conseil d’administration du groupe Haite (qui a pris brièvement la parole), « de représentants du gouvernement chinois et de grands groupes privés multisectoriels », la délégation est demeurée très discrète et complètement anonymisée. Retenu dans son pays, Li Biao, le patron de Haite reçu par Mohammed VI en mai dernier, s’est exprimé par le biais d’un enregistrement vidéo. Son allocution s’est résumée « à vanter les 39 ans d’expérience de réforme économique et d’ouverture de la Chine », synthétise Telquel.ma.


Un administrateur chinois de Haite a pris la parole durant la conférence de presse, mais sa position dans l'organigramme de Haite n'a pas été précisée. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK


Au terme de plus d’une heure et demi de présentation, Othman Benjelloun a douché l’assistance en coupant court aux questions sur la composition du tour de table de la société d’aménagement Holding SA TT en cours de constitution. « Dans tous les projets, je ne dévoile jamais les chiffres à l’avance. Les négociations sont en cours, attendons qu’elles aboutissent (…) Nous sommes en cours de négociation du capital. Je reçois tous les jours des propositions de sociétés chinoises dans le monde, dans l’aéronautique, les télécoms, la construction. Je n’aime pas trop parler au départ. Tout ce que je peux dire, c’est que c’est en bonne voie », a-t-il dit, avant de convier l’assistance à admirer la maquette du projet.


Othman Benjelloun lors de son allocution. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK


Représentant la phase 1 du projet, celle-ci diffère notablement dans sa composition et son assemblage à celle présentée au roi Mohammed VI lors de la cérémonie au Palais Marshan de Tanger le 20 mars dernier, comme on peut le constater en comparant ces deux images, preuve supplémentaire qu’à ce stade seules les intentions et les vues d’artistes peuvent attester véritablement de l’avancement du projet.


La maquette de Tanger Tech dans sa version exposée au siège de la BMCE Bank et présentée à la presse le 27 juillet. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK
La maquette de Tanger Tech présentée au roi Mohammed VI en présence de Li Biao, patron de Haite, le 20 mars 2017 au Palais Marshan de Tanger. AIC PRESS


Pourtant, comme l’explique le document remis à la presse, le partenariat sino-marocain « est cadré par une convention de mise en valeur » qui intègre « le cahier des charges du projet, établi sur la base des études techniques, définissant les spécifications urbanistiques, architecturales et techniques de la construction et de l’aménagement de la cité, ainsi que les modalités de valorisation et de gestion de cette dernière ».


Cette convention, dont les détails n’ont pas été révélés, comprend aussi « le business plan du projet détaillant le financement et l’exécution des travaux d’aménagement des sites composant le projet et précisant les caractéristiques, les descriptifs et les estimations des coûts ». Aucune présentation chiffrée à la presse ne sera cependant faite à ce sujet, alors que « le programme de valorisation fait ressortir le meilleur retour sur investissement aussi bien pour l’Etat marocain que pour les investisseurs », peut-on lire dans le dossier de presse.


Le mémorandum d’entente pour « la création du parc industriel et résidentiel au Maroc » signé à Pékin le 12 mai 2016 entre le ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie Numérique avec la région TTAH et Haite « inaugurant le projet de la cité industrielle », n’a jamais été non plus rendu public.


Une présentation de la structure de Haite imprécise

La structure de Haite Group telle que présentée dans le dossier de presse de la BMCE Bank laisse penser que Haite Group est une holding, ce qui n'est pas le cas.
L'actionnariat et les filiales identifiées de Haite par Le Desk, montrent en fait que Haite Group n'est qu'une appellation parapluie et non une holding à proprement parler. Infographie: Mohamed Drissi Kamili / Le Desk


Sur les capacités de Haite Group dont Le Desk avait pointé les insuffisances financières et la structure byzantine dans le premier volet de son enquête, rien ne sera dit, comme d’ailleurs les raisons de l’abandon du schéma du cabinet Whitestones dont le ministre Elalamy a nié dans une déclaration « lapidaire » à Telquel.ma, le rôle antérieur, pourtant documenté par Le Desk, dans l’élaboration du master-plan de la zone industrielle intégrée de Aïn Dalia.

Par @MarocAmar
Le Desk Newsroom