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InterviewRosa de Madariaga : « Rabat fait la sourde oreille » aux attentes rifaines

15.02.2018 à 13 H 55 • Mis à jour le 15.02.2018 à 13 H 59
Par et
L’historienne espagnole Rosa de Madariaga, présente au Salon du livre de Casablanca estime que mâter le mouvement social rifain est le fait des conseillers du roi Mohammed VI. Pour elle, la gestion sécuritaire de la crise du Hirak révèle les traits persistants d’une autocratie. La spécialiste du Protectorat ibère sur la région estime cependant que le séparatisme n’est que minoritaire chez la population et prône un co-développement avec Madrid

Le traitement donné par Rabat à au Hirak rifain « révèle qu’il subsiste au Maroc une série de traits antidémocratiques et autocratiques qui contredisent l’idée que le pays se dirige vers la démocratie », a affirmée l’historienne espagnole Maria Rosa de Madariaga dans une interview avec l’agence EFE.


Spécialiste de la question rifaine, notamment dans sa composante coloniale, Madariaga a cité les 450 prisonniers du Hirak et les procès des mineurs à la chaine.


Pour elle, il ne fait aucun doute que le véritable gouvernement est exercé au Maroc par « un groupe de conseillers proches du Roi Mohammed VI qui l’ont sûrement conseillé dans le sens (…) de donner une bonne leçon au Rif, au lieu d’être trop tolérant. »


Auteur de plusieurs ouvrages spécialisés comme Les Maures qui apportèrent Franco ou Abdelkrim Khattabi : la lutte pour l’indépendance, Rosa de Madariaga est acutuellement à Casablanca pour présenter au Salon du livre son récent opus Histoire du Maroc (2017).


Pour elle, le Rif a vécu une « marginalisation historique » aggravée sous le règne de Hassan II qui a « soumis la région à un abandon total » en plus d’avoir imposé le français comme seconde langue dans une région où l’administration avait été exercée en espagnol, ce qui fit que le Rif fut doté de fonctionnaires et d’enseignants venus de l’extérieur et considérés par les Rifains comme des étrangers. « La question de l’identité est venu plus tard (…), mais fait important, aujourd’hui, les Rifains se sentent comme des citoyens de seconde zone » devant une capitale qui « fait la sourde oreille » à leurs plaintes.


Pour elle, si Mohammed VI, a été beaucoup plus proche du Rif, qu’il a à maintes reprises visité, c’est « sans pour autant inverser cette marginalisation historique ». Cependant, l’historienne insiste que le sentiment d’indépendance ne concerne qu’une « une minorité de Rifains », qui ne parviennent pas, selon elle, « à se défaire du mythe de la république d’Abdelkrim ». Madariaga affirme qu’Abdelkrim était « simplement un ennemi de la colonisation européenne ».


« La crise du Rif a conduit à une détérioration de l’ image du Maroc à l’ international », soutient-elle, ce qui a contribué finalement à ce que Rabat « relâche la pression » pour « maintenir la thèse selon laquelle (le Maroc) est une monarchie parlementaire ».

 

Madariaga n’est que partiellement d’accord sur l’exigence d’une compensation de l’Espagne au Maroc pour avoir utilisé des armes chimiques durant la Guerre du Rif, avec pour conséquence un taux élevé de cancers encore enregistrés dans la région. « Moralement, l’Espagne doit faire un geste : reconnaître et condamner l’utilisation d’agents chimiques qui n’auraient pas dû être utilisés, mais demander pardon est ridicule, c’est inutile. Financer un hôpital serait plus utile, et le rêve historique d’Abdelkrim se réaliserait : L’Espagne contribuerait ainsi au co-développement du Rif », assure-t-elle.

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