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Enquête - Partie 3Mondial 2026: des manœuvres pour disqualifier le Maroc?

09.03.2018 à 11 H 00 • Mis à jour le 11.03.2018 à 17 H 42
Par Issam El Yadari
Extension à 48 équipes, droits télé en Amérique du Nord consentis avant l’heure, diktat de la FIFA envers les soutiens du Maroc, indulgence envers Sunil Gulati, le président de l’US Soccer Federation…Un faisceau d’éléments qui portent à croire que la candidature nord américaine à l’organisation du Mondial 2026 a été balisée par l’instance mondiale du football

« Avant même que le processus ne commence, il était biaisé », lance un initié du football international, cité par Play The Game. « Élargir la Coupe du monde à 48 équipes était un autre biais et un moyen de s’assurer que personne d’autre ne pourrait renchérir après l’Amérique du Nord. »


Cette extension à 48 équipes faisait partie d’une série de réformes introduites par Gianni Infantino après l’entrée en fonction du nouveau président de la FIFA en 2016, explique le site spécialisé. Afin éviter le truquage des offres qui a entaché les précédentes Coupes du monde, la FIFA permet également à tous ses membres de voter sur la Coupe du monde 2026 plutôt que sur le comité exécutif.


Or, nombre de ces mêmes membres ont soutenu Infantino en 2016 lorsqu’il s’est présenté face à Blatter « parce-que ce politicien du football suisse a proposé d’augmenter le Programme d’aide financière aux fédérations d’un million de dollars versés tous les quatre ans à 5 millions de dollars ».


Nombre d’observateurs rappellent que la Coupe du Monde est la principale source d’argent de la FIFA, mais que les sponsors ont été réticents à soutenir l’événement cette année en Russie ou pour le tournoi de 2022 au Qatar en raison de la corruption qui gangrène depuis des années l’organisation mondiale.


Sachant que la FIFA faisait face à un déficit financier, en janvier 2018, le président de l’US Soccer Federation, Sunil Gulati, également membre du Conseil de la FIFA, a averti en coulisses que son soutien était la seule façon d’assurer un financement adéquat à la grand-messe du football.


Le New York Times a rapporté dans ce sens que Gulati a déclaré que « les finances de la FIFA dépendent lourdement et fortement d’un événement, la Coupe du monde masculine. Il y a donc une corrélation directe entre le financement des programmes de retransmission télévisuelle dans le monde et les revenus générés par la Coupe du monde ».


Ce commentaire n’a pas suscité de réactions au sein de la FIFA qui semble faire évoluer les règles du processus d’offre au fur et à mesure que la procédure se déroule.


Des droits télé consentis avant l’heure 

Bien que la candidature marocaine démontre noir sur blanc qu’un tournoi en Afrique du Nord rapporterait autant d’argent sinon plus à la FIFA qu’une coupe du monde partielle aux Etats-Unis, des bonus pour les networks couvrant la compétition de la FIFA, ont bizarrement émergé.


Après que le tournoi du Qatar ait été déplacé de l’été européen à l’hiver, Fox News et Telemundo, qui avaient déjà les droits pour les Coupes du Monde 2018 et 2022, se sont plaint avec véhémence. En compensation, les deux puissantes chaines de télévision ont pu acheter les droits nord-américains jusqu’en 2026 sans aucun appel d’offre, ni conditions préalables.


Aussi, si la candidature des Américains l’emporte, la FIFA recevra automatiquement 302 millions de dollars supplémentaires de la part de Fox News et de Telemundo. En outre, cela renforcera potentiellement la position financière de la FIFA d’une manière plus prévisible que l’argumentaire déployé par les Marocains au sujet du fuseau horaire calé sur le marché européen.



« Les droits TV européens pour 2026 restent invendus et la position marocaine, dont le fuseau horaire est seulement à deux heures de différentiel de la plupart des pays d’Europe, pourrait être attrayante mais l’offre du Maroc a été lente à l’allumage, ne se dévoilant véritablement que le 23 janvier », juge-t-on.


« Vous ne pouvez pas communiquer avant de connaître les règles du jeu », a répliqué Hicham El Amrani, coordinateur entre la commission d’organisation de la Coupe du Monde 2026 et la FIFA dans une déclaration à Play The Game.


L’ancien secrétaire général de la CAF a ajouté : « Nous avons déclaré un intérêt en août et nous avons lu les règlements en septembre et confirmé les mêmes règlements à la FIFA lors de la réunion du conseil en octobre en Inde ».


Couper le Maroc de ses soutiens ?

Exemple parmi d’autres, la FIFA a également exclu les accords entre les soumissionnaires et d’autres pays ou groupements régionaux, même si le Maroc s’était assuré de tels soutiens bien avant le début du processus.


Bien que l’Océanie soutienne l’Amérique du Nord et que le Botswana et le Qatar soutiennent le Maroc, Fatma Samoura, secrétaire générale de la FIFA a envoyé le 26 janvier une lettre, dont Le Desk détient copie, à tous les membres pour leur demander d’arrêter de faire des déclarations publiques en faveur des camps en lice.


Aussi, la FIFA est intervenue pour empêcher le président de la CAF, Ahmad Ahmad de se déclarer sur la candidature du Maroc à Casablanca début février. Cependant, une quinzaine de jours plus tard, le 16 février, Gulati a tweeté qu’il venait de faire une présentation à Johannesburg aux 14 membres du Conseil des associations de football d’Afrique australe (COSAFA).



Cela semblait contredire le diktat de la FIFA imposé à la conférence de presse à Casablanca, mais le comité d’éthique de l’organisation mondiale a alors agi très rapidement pour s’assurer que Gulati ne violait aucune règle.


Le jour même où Gulati a tweeté à propos de sa rencontre avec le COSAFA, le représentant du Comité d’éthique de la FIFA chargé du monitoring du processus de candidature de la Coupe du monde 2026, a envoyé une lettre à Fatma Samoura, disant que de telles réunions étaient désormais autorisées.



Cette lettre de trois feuillets de la FIFA, envoyée de Zurich par mail par le président de la fédération de Gibraltar, Michael Llamas, qui représente le comité d’éthique de la FIFA sur le processus d’appel d’offres et dont Le Desk a obtenu copie, énonçait trois « limitations et principes » pour les soumissionnaires : « Les présentations des soumissionnaires au Congrès ou aux réunions des confédérations se limiteront aux réunions des six Confédérations dans la semaine précédant le 68e Congrès de la FIFA. Celles-ci seront autorisées lors des réunions des associations régionales, des groupements d’associations membres et des associations membres individuelles », y est-il indiqué.


Une manière d’absoudre Gulati en somme, sans que personne n’y trouve rien à redire.


Lire aussi les précédents volets de l’enquête :

Partie-1 : Mondial 2026 : les Américains ont tenté de passer en force

Partie-2 : Mondial 2026 : une « task force » décidera du sort du Maroc

Par Issam El Yadari
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