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Enquête - Partie 12Affaire Pedovex: Doukkali désavoue une décision illégale approuvée par Louardi

18.04.2018 à 14 H 07 • Mis à jour le 18.04.2018 à 14 H 08
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Premier désaveu de taille infligé par le ministre de la Santé à l’endroit de son très controversé directeur de la pharmacie et du médicament, Omar Bouazza, objet de toutes les critiques suite au scandale Pedovex révélé par Le Desk. Anass Doukkali a ordonné l’annulation d’une note administrative qui avait permis en 2015 de surseoir à un décret de Abdelilah Benkirane daté de 2012 portant sur la bioéquivalence des médicaments génériques. Les détails

Est-ce le signe du début du démantèlement du « système Bouazza » qui prévaut depuis dix ans au sein de la Direction du médicament et de la pharmacie (DMP) ?


Effet immédiat du scandale Pedovex révélé par Le Desk, le ministre de la Santé, Anass Doukkali a en effet tiré un trait sur la fameuse note administrative du 12 février 2015, portant sur la bioéquivalence des médicaments génériques, approuvée par un ‘avis favorable’ de l’ex-ministre de la Santé El Houcine Louardi et dont Le Desk avait fait état.


La note administrative du Dr. Bouazza, directeur de la DMP qui annule le décret signé par Benkirane. Elle a reçu un avis favorable de l'ex-ministre de la Santé, El Houcine Louardi


En date du 11 avril, soit quelques jours après nos premières révélations sur le Pedovex de Zenith Pharma, interdit dans son pays d’origine mais en vente au Maroc, et nos critiques envers les justifications inquiétantes apportées par le ministère de la Santé sur ce scandale, Doukkali a instruit par ordonnance ministérielle Omar Bouazza, directeur de la DMP pour annuler les instructions de son prédécesseur visant à annuler le décret du chef du gouvernement datant de 2012.



« Comment le directeur de la DMP s’est permis d’annuler d’une simple note interne un décret qui a pourtant été signé par le chef du gouvernement (Abdelilah Benkirane, ndlr) ? », s’insurgeait dans nos colonnes un spécialiste du secteur à propos de cette décision illégale. Et pour cause, au-delà du cas Pedovex, se pose au Maroc, la problématique plus vaste de la bioéquivalence, garant de l’efficacité et de la sécurité des patients.


En juin 2012, la DMP, sous la houlette du Dr. Omar Bouazza avait concocté sans consultation véritable avec les professionnels et les experts universitaires en pharmacocinétique un décret relatif à la bioéquivalence des médicaments génériques avec leurs princeps (Décret n° 2-12-198 du 21 rejeb 1433, 12 juin 2012).


Un décret incomplet et incohérent totalement inapplicable

Ce décret s’est révélé être totalement inapplicable car il reste incomplet et comporte de nombreuses incohérences et contradictions avec la loi 17-04 (code de la pharmacie et des médicaments). Ceci a retardé du même coup le lancement de nombreux nouveaux médicaments génériques sur le marché pharmaceutique marocain.


Selon nos sources, la DMP était incapable de fournir une liste des laboratoires spécialisés dans la réalisation des études de bioéquivalence agréés réalisant ce genre d’études, dans les normes et standards définis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et avec toute la rigueur scientifique et le respect de l’éthique.


Or pour agréer ces laboratoires, la DMP devait missionner ses inspecteurs pour visiter leurs installations, dans les différents pays où ils se trouvent. Ce qu’elle n’a pas fait. « Ceci est devenu impératif dans un contexte pharmaceutique secoué par des scandales liés à des études de bioéquivalence douteuses », avertissait dans un précédent article une source scientifique interrogée par Le Desk.


Jusqu’ici, « les laboratoires qui détiennent une quelconque étude de bioéquivalence n’avaient qu’à la fournir et peu importe les conditions dans lesquelles celle-ci a été réalisée tandis que les laboratoires qui n’avaient pas d’étude disponible n’avaient qu’à fournir un simple test de dissolution comme au bon vieux temps et le tour était joué jusqu’à l’éclatement du scandale Pedovex en Arabie Saoudite », commentait la même source.


Un premier projet de modification du fameux décret mort-né ainsi qu’un projet d’arrêté fixant les conditions de réalisation des études de bioéquivalence et les conditions de dispenses des études in vivo des médicaments génériques avaient été transmis par la DMP aux associations professionnelles pharmaceutiques en mars 2016. En retour, l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP) avait alors renvoyé ses commentaires le 31 mars 2016.


En octobre 2016, des nouvelles versions de ces deux projets de textes ont été mis en ligne sur le site du Secrétariat général du gouvernement (SGG). L’AMIP avait alors transmis ses remarques à la DMP qui ont été publiés sur le site du SGG le 19 octobre 2016.


Dans l’attente d’un nouveau texte… 

« Depuis cette date, il n’y a eu aucun retour de la DMP ni du SGG. A ce jour, les AMM des médicaments génériques continuent d’être délivrées par nos autorités en application des usages obsolètes d’avant janvier 2013, ce qui constitue une menace latente pour la santé des Marocains », prévenait un membre de l’AMIP.


« N’aurait-t-il pas été plus logique de chercher à amender les défaillances et incohérences du décret de la bioéquivalence que de chercher à le gommer de la sorte ? », ajoutait-il.


Aujourd’hui, Doukkali désavoue son directeur de la DMP, en attendant la publication d’un nouveau décret modifiant et complétant celui de 2012. Il ordonne ce faisant à Bouazza de « veiller à l’application des dispositions de ce décret ». Mais l’oukaze bienvenu n’est pas suffisant. Un simple coup d’épée dans l’eau, sachant que le texte byzantin est entretemps inapplicable…


Lire aussi les onze précédents volets de l’enquête :

Partie-1 :  La grenade dégoupillée de l’industrie pharmaceutique nationale

Partie-2 : La grande arnaque des « labos fantômes »  (plus En Off : « Labos fantômes » : Anass Doukkali réagit à l’enquête du Desk)

Partie-3 : La lente agonie de la veille sanitaire marocaine

Partie-4 : Santé : des « Assises du médicament » pour enfumer le débat

Partie-5 : « Assises du médicament » : chronique d’un fiasco annoncé

Partie-6 : Omar Bouazza : l’homme clé de la Santé accusé de racket

Partie-7 : Le Pedovex, interdit dans son pays d’origine, en vente au Maroc

Partie-8  : Médicaments : une baisse des prix pour masquer le scandale Sophos

Partie-9  : Scandale du Pedovex : Zenith Pharma et le ministère de la Santé tentent d’étouffer l’affaire

Partie-10 : Affaire Pedovex : les justifications inquiétantes du ministère de la Santé et du fabricant local

Partie-11 : Scandale du Sophos : Zenith Pharma distribue ses lots pré-périmés


Par @MarocAmar
Le Desk Newsroom