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MaghrebLe FMI et la Banque mondiale douchent l’optimisme du gouvernement algérien

19.04.2018 à 01 H 31 • Mis à jour le 19.04.2018 à 01 H 34
Par Hassan Haddouche
En matière budgétaire aussi bien que pour les équilibres extérieurs de l'Algérie, les rapports très pessimistes des institutions de Bretton Woods de cette année n’hésitent plus désormais à évoquer les perspectives d’une « crise financière ». Ils viennent contredire l’optimisme affiché encore en début de semaine par le premier ministre Ahmed Ouyahia

Décidément l’agenda économique du printemps 2018 n’est pas très favorable à la communication du gouvernement algérien. Quelques semaines après le FMI qui, au mois de mars dernier, estimait que « les nouvelles mesures prises par le gouvernement risquent d’aggraver les déséquilibres économiques, accentuer les tensions inflationnistes et accélérer la perte de réserves de changes », c’est au tour de la Banque mondiale d’annoncer carrément mardi 17 avril que « le pays se dirige vers une crise financière ».


Des déclarations qui constituent une véritable douche froide et viennent contredire l’optimisme affiché encore en début de semaine par le premier ministre Ahmed Ouyahia.


Les Assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale qui ont débuté  le 18 avril en présence des argentiers algériens sont traditionnellement l’occasion de faire le point sur la situation économique de l’Algérie.


Les rapports rendus publics le 17 avril par les experts de Washington sont clairement marqués cette année par une lecture très pessimiste des perspectives de l’économie algérienne et un durcissement du ton des commentaires vis-à-vis de la politique de financement non conventionnel mise en œuvre par le gouvernement.


Une croissance révisée à la hausse en 2018

 Ainsi qu’on pouvait s’y attendre la communication officielle algérienne insiste, dans le sillage des récentes déclarations du Premier ministre, sur des prévisions de croissance révisées à la hausse pour l’année 2018.


Les chiffres publiés hier aussi bien par le FMI que par la Banque mondiale traduisent en effet de meilleures perspectives de croissance pour l’année en cours : 3 % selon le FMI et jusqu’à 3,5 % pour la Banque mondiale.


Des prévisions qui semblent a priori conforter l’analyse d’Ouyahia qui annonçait en début de semaine « une année 2018 meilleure que l’année écoulée ».


Pour les institutions financières internationales, les explications de cette relance de l’activité en 2018 sont claires. Elle fait suite au « processus d’expansion budgétaire », selon la Banque mondiale. Elle est la conséquence de l’« adoption d’un budget expansionniste pour 2018, dont le déficit sera financé principalement par la banque centrale » pour le FMI.


Une accélération de l’inflation dès cette année

Ahmed Ouyahia se félicitait également samedi dernier d’une baisse de l’inflation qui est passée sous la barre des 5 % au cours des premiers mois de l’année en cours, selon l’ONS. Il y voyait, avec un soupçon d’ironie, un démenti infligé « aux prévisions des experts ».


Le FMI et la BM annoncent au contraire en chœur que les premiers signes d’une accélération de l’inflation devraient être visibles dès cette année. Le FMI relève ses prévisions pour l’inflation à 7,4 % en 2018 contre une projection initiale de 4,4 %. La projection pour 2019 se situe autour de 7,6 %. La Banque mondiale est encore plus pessimiste qui annonce 8,1 % en 2019 et 9 % en 2020.


Comme on peut s’en douter, les explications de cette accélération de l’inflation sont les mêmes. « La persistance du déficit budgétaire pourrait provoquer une forte création de monnaie, les autorités ayant jusqu’à présent refusé de financer le déficit en procédant à des emprunts extérieurs », écrit la Banque mondiale qui juge que « l’intention manifestée par les autorités de recourir au financement monétaire est très préoccupante ».


De son côté, le FMI avait déjà averti en mars dernier sur le fait que « les expériences internationales montrent que le financement monétaire du déficit budgétaire entraîne un risque d’accélération de l’inflation ». Si l’État est forcé d’y recourir « il convient de limiter les montants empruntés et la durée de l’endettement ».


La croissance en berne à partir de l’année prochaine

 Mais en réalité, c’est surtout au-delà de l’année en cours que les institutions financières internationales prennent vraiment leur distance vis-à-vis des analyses du gouvernement algérien en dressant un tableau très sombre des perspectives de l’économie de notre pays pour les années à venir.


 « Il sera difficile pour le taux de croissance du PIB de dépasser le seuil de 2 % sur la période 2019/2020, ce qui représente une progression anémique pour un pays à revenu intermédiaire comptant une très forte proportion de jeunes », déplore la Banque mondiale qui ajoute sans grand risque d’erreur et pour la première fois, que les autorités algériennes auront du mal dans ce contexte à « résister à la tentation de retarder à nouveau le rééquilibrage des finances publiques » promis par le gouvernement pour l’année prochaine.


Bien qu’il soit un peu plus optimiste pour la croissance l’année prochaine qu’il prévoit encore à 2,7 % en 2019, le FMI annonce également une remontée du chômage à 11,8 % à partir de l’année prochaine.


Une « crise financière » en perspective

En matière budgétaire aussi bien que pour les équilibres extérieurs de l’Algérie, les institutions basées à Washington n’hésitent plus désormais à évoquer les perspectives d’une « crise financière ».


La Banque mondiale prévoit une « aggravation du déficit » du budget en 2018 en raison du maintien du niveau de dépenses publiques à un niveau élevé non compensé par une hausse des recettes ». Le déficit budgétaire devrait atteindre cette année 11,4 % du PIB.


Les perspectives sont encore plus mauvaises pour les réserves de change dont le montant (17 mois d’importations à la fin de 2017) pourrait ne plus représenter que cinq mois d’importation d’ici fin 2020, soit un niveau proche de 30 milliards de dollars.


Même analyse du côté du FMI qui n’entrevoit pas d’amélioration sensible du déficit des paiements courants de l’Algérie qui continuera de s’élever à 9,3 % du PIB en 2018 puis 9,7 % en 2019.


Si les réactions des institutions financières internationales au virage économique effectué par les autorités algériennes au cours de l’été dernier ont tardé à se manifester. Elles sont donc désormais sans ambiguïtés.


Elles prennent acte des nouvelles orientations économiques algériennes et du nouvel agenda imposé par les échéances électorales. Dans son rapport publié le 17 avril, la Banque mondiale relève que « l’adoption d’une politique monétaire non conventionnelle allège les contraintes sur les finances publiques à court terme ».


Le FMI note pour sa part que « depuis la fin 2017, les autorités ont modifié leur stratégie macroéconomique à court terme. Pour stimuler la croissance et la création d’emplois ».


Leur point de vue sur ce virage économique ne laisse cependant pas beaucoup de place au doute. Il risque purement et simplement d’aggraver les déséquilibres dont souffre déjà l’économie algérienne et il va entraîner le pays vers une crise financière programmée désormais avec une précision croissante pour le début de la prochaine décennie.

Par Hassan Haddouche
En partenariat avec TSA
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