Connectez-vous

ou

Abonnez-vous !
60 DH

1 mois
Découvrir les offres
Newsroom

BoycottCopag supplanterait-elle Centrale Danone par la fraude sur le lait ?

07.06.2018 à 03 H 33 • Mis à jour le 07.06.2018 à 09 H 03
Par Issam El Yadari
Selon une enquête de Medias24, la coopérative de Taroudant, propulsée leader du marché du lait après le dévissage des ventes de Centrale Danone suite au boycott qui la frappe, est soupçonnée d'utiliser du lait recomposé à partir de blend importé pour répondre à la demande des consommateurs en lait frais. Une pratique pourtant illégale que l’ONSSA tolère à la marge, mais qui aurait pris dans le contexte du boycott des proportions alarmantes

Selon des données analysées par Medias24, la coopérative Copag, qui commercialise la marque Jaouda, propulsée leader du secteur du lait avec 33 % des parts de marché depuis l’effondrement des ventes de sa rivale Centrale Danone visée par la campagne de boycott populaire, utiliserait très probablement et en toute illégalité du lait reconstitué (blend) à partir de poudre déshydratée importée pour faire face à la demande du mois de ramadan.


Une étude confidentielle du cabinet Kantar citée par Medias24 (mais dont il n’est pas précisé le commanditaire) estime que le dévissage de Centrale Danone porte sur une perte de marché importante de 46,7 % à 18,3 % au 20 avril alors que celles de la coopérative de Taroudant ont bondi de 24,1 % à 33 % avec un pic à 38,4 %. Un basculement brutal qui s’est opéré la semaine du 1er mai, ajoute l’étude. Des professionnels soulignent par ailleurs que le lait de colportage qui n’est pas soumis au contrôle sanitaire, a lui aussi gagné en parts de marché passant de 20 à 30 %.


Ces chiffres ne correspondent pas selon les professionnels aux capacités de production de Copag qui de plus n’a pas pu matériellement se substituer au leader du marché en termes de collecte. Sur les 1,4 milliard de litres de lait collectés annuellement, les circuits de Centrale Danone en brassent 650 millions alors que Copag seulement 200 millions en temps normal. Autre point significatif les éleveurs qui ont vu leur production reniée à 30 % par Centrale Danone n’ont pas non plus été sollicités par son challenger.


Des marges substantielles pour Copag à la barbe de l’ONSSA ?

Si le blend est parfois utilisé en appoint du lait frais à des quotités marginales (aux alentour de 10 %) alors que son usage est strictement réservé aux produits dérivés, au lait UHT et à la pâtisserie industrielle en général, a vu son importation flamber (plus de 20 000 t, soit un doublement depuis 2015) permettant ainsi, si cela se confirme, à certains industriels indélicats de booster leur marge de 30 centimes par rapport à celle obtenue uniquement à partir du lait de vache. Une tendance qui ne cesse de croitre au vu des tablettes de l’Office de change consultées par Medias24 sur un an glissant.


Sachant qu’un kilo de blend à 21 dirhams coûtant donne environ 11 litres de lait, soit autour de 2 dirhams le litre contre 3,5 dirhams en moyenne chez l’éleveur pour le lait frais, et que Copag a multiplié par cinq ses importations (de 200 à 1000 t) en l’espace de trois mois depuis février, selon des données chiffrées obtenues par Medias24, la coopérative aurait-elle ainsi grandement profité de l’éviction de Centrale Danone du haut du marché pour démultiplier ses gains en faisant fi de la réglementation et par la tromperie du consommateur final ?


Interrogé par Medias24, Moulay Mhammed Loultiti, patron de Copag, a éludé les questions précises sur les incohérences de ses résultats engrangés depuis quelques semaines estimant que l’ONSSA est à même de vérifier sa production dont il assure la transparence.


Reste cependant que les statistiques de Kantar sur lesquelles s’appuie Medias24 concernent à priori le lait sans distinction. Or, dans son article 9, si le décret n°2-00-425 du 7 décembre 2000 relatif au contrôle de la production et de la commercialisation du lait et produits laitiers dispose que la fabrication des laits reconstitués, pasteurisés entiers, totalement écrémés et/ou partiellement écrémés est interdite, la fabrication des laits reconstitués stérilisés et/ou stérilisés UHT, demeure autorisée dans des conditions fixées par arrêté ministériel. Cela pourrait-il indiquer que la remontada de Copag s’expliquerait par le succès de son lait UHT et donc dans les clous de la législation ? De source ONSSA, jamais il n’y a eu d’arrêté ministériel autorisant l’usage de blend pour le lait UHT… 


Une situation de fraude, si elle était avérée, abonderait ainsi dans le sens des alertes lancées par le gouvernement et notamment par Aziz Akhannouch, qui lors de la réunion de la commission parlementaire des secteurs productifs a non seulement laissé entendre que l’écosystème industriel de Centrale Danone était menacé, mais a aussi évoqué les risques sanitaires engendrés par le recours aux circuits traditionnels d’approvisionnement des consommateurs. Des professionnels avaient d’ailleurs évoqué quelques jours plus tôt le danger que représente désormais le recours massif de lait en poudre importé lors d’une rencontre avec le ministre. Or depuis cette date, l’ONSSA qui est censée renforcer ses contrôles de traçage de la production de lait durant la période du ramadan, propice à tous les abus, n’a pas encore réagi.

Par Issam El Yadari
Le Desk Newsroom