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MaghrebCholéra en Algérie: les autorités tentent de dissimuler l’épidémie

25.08.2018 à 04 H 43 • Mis à jour le 25.08.2018 à 04 H 44
Par et
Le choléra est de retour en Algérie. Une quarantaine de cas, dont un mortel, ont été enregistrés à Alger et dans trois régions environnantes, a annoncé vendredi 24 août le ministère de la santé. Le choléra n’était plus apparu en Algérie depuis 1996 et les autorités du pays sont accusées de dissimulation

Depuis 17 heures ce vendredi 24 août, plusieurs chaînes de télévision privées diffusent la même information : un cas confirmé de choléra a été enregistré dans la wilaya de Médéa.


Il s’agit d’un enfant de quatre ans qui a été transféré à l’hôpital d’El Katar, affirme Dzair News. Mais vers 18h30, la même chaîne de télévision contacte le directeur de la Santé de Médéa qui dément formellement l’information. « Il n’y a aucun cas à Médéa », a-t-il affirmé. Pour sa part, l’hôpital El Katar a démenti l’information, évoquant une rumeur. Malgré ces démentis, l’information était toujours diffusée à 19h30 sur ces chaînes de télévision.


Un nouveau cas suspect, originaire de la wilaya de Bouira cette fois-ci, a été signalé. Évacué vers le CHU de Tizi-Ouzou, il aurait été finalement renvoyé à l’hôpital de Bouira, selon nos sources, alors que sur les réseaux sociaux, sont diffusées des informations faisant état de l’apparition d’un cas à Tizi Ghennif, dans la wilaya de Tizi-Ouzou.


Une gestion chaotique de la communication

Ces cas illustrent à eux seuls la gestion chaotique de la communication autour du choléra qui sévit dans quatre wilayas du pays : Alger, Blida, Tipaza et Bouira. Depuis la conférence de presse d’hier après-midi, aucune communication officielle coordonnée n’a été mise en place par les autorités.


Les autorités n’ont pas mis en place de cellule de crise. Les responsables de la communication des différents ministères sont aux abonnés absents. Même les walis, censés être en première ligne, ne semblent pas avoir interrompu leurs vacances.



Plus étonnant encore, le gouvernement est aux abonnés absents. Au moins cinq ministres sont directement concernés par la gestion du problème : Noureddine Bedoui (Intérieur), Mokhtar Hezballoui (Santé), Abdelkader Bouazghi (Agriculture), Hocine Necib (Ressources en eau) et Said Djellab (Commerce).


Car en plus de la gestion sanitaire du choléra par les hôpitaux, les interrogations sont nombreuses sur les causes de la maladie. On évoque des eaux de puits contaminées, des problèmes d’assainissement, des fruits et légumes irrigués avec des eaux usées…Des questions auxquelles seuls des ministres, voire le Premier ministre, peuvent apporter au moins un début de réponse pour tenter de rassurer la population.


Dans ce contexte, livrés à eux-mêmes, les responsables locaux de la santé font ce qu’ils peuvent : répondre aux journalistes  démentir les centaines de rumeurs diffusés à la fois sur les réseaux sociaux, les sites de fake news et même des médias classiques  rassurer la population inquiète…


Sans vraiment convaincre. Ce soir, l’inquiétude se propage à d’autres wilayas et même chez les voisins. En Tunisie, le ministère de la Santé a déjà diffusé un communiqué pour rassurer la population : les services de santé sont en train de multiplier les activités de prévention contre le choléra, a-t-il affirmé, selon les médias locaux.


Première conséquence de la psychose provoquée principalement par les lacunes de la communication officielle autour de l’épidémie, une pénurie d’eau minérale est signalée dans plusieurs endroits à Alger et ses environs.


Les citoyens du centre du pays qui suspectent l’eau du robinet d’être contaminée, malgré les démentis du ministère des Ressources en eau, ont été très nombreux à acheter de l’eau minérale en grande quantité, provoquant une réelle pénurie dans les commerces et mêmes chez les grossistes et distributeurs, selon certains commerçants interrogés.


Une situation étendue à plusieurs villes 

Une personne est morte à Blida et au moins quarante autres sont toujours hospitalisés à Alger, Blida, Tipaza et Bouira après avoir contracté le choléra. Au moins 47 autres cas suspects sont sous observations dans ces wilayas, selon le ministère algérien de la Santé.


Vingt-deux cas confirmés ont été enregistrés à Blida, la wilaya la plus touchée. Onze cas ont été confirmés à Tipaza, cinq à Alger et trois à Aïn Bessam, dans la wilaya de Bouira.



Ce vendredi, une femme enceinte est décédée à Blida dans des conditions jugées « suspectes » par la Direction de la santé de la wilaya, rapporte la chaîne Dzair News.


Selon le ministère de la Santé, les derniers cas « sporadiques » de choléra recensés en Algérie remontent à 1996. La dernière épidémie date de 1986 et avait contaminé 4 500 personnes.


Des cas isolés comme l’affirme la Santé publique ?

Selon le ministère de la Santé, ces cas sont « isolés » et concernent quelques familles issues de ces wilayas. « Ce sont des cas isolés, concentrés au niveau des familles », a expliqué le Dr Djamel Fourar, directeur général de la Prévention du ministère dans une déclaration ce vendredi à l’AFP.


« On cherche le lien entre toutes les personnes contaminées », a poursuivi le Dr Fourar, précisant notamment que les malades de Tipaza étaient tous membres d’une même famille dont le père travaille à Blida.


Il a précisé que le foyer recensé à Aïn Bessam, où trois personnes d’une même famille ont été hospitalisées entre le 7 août et le 14 août, « n’était désormais plus actif », aucun nouveau cas n’y ayant été enregistré depuis.


L’origine de la contamination toujours pas connue

L’origine de la contamination n’est toujours pas connue. Officiellement, des analyses sont toujours en cours au niveau de l’Institut Pasteur d’Alger. Mais « la possibilité que la contamination se soit faite par l’eau a été rejetée”, sinon la propagation aurait été plus massive et plus rapide, a précisé le Dr Fourar.


« L’hypothèse privilégiée actuellement est une contamination par des légumes ou des fruits mal lavés », a-t-il dit.


Le ministère a tardé avant de communiquer

Sur les réseaux sociaux et dans la rue, l’annonce de cas de contamination par le choléra suscite de fortes inquiétudes. Des inquiétudes accentuées par l’attitude des autorités sanitaires.


Selon les informations de TSA, l’Institut Pasteur d’Algérie avait les résultats des analyses depuis au moins lundi dernier mais il a refusé de les communiquer aux équipes médicales de l’hôpital d’El Katar (Alger). Le ministère de la Santé a choisi d’attendre hier jeudi avant d’annoncer l’existence de 41 de choléra.


Où sont passés les ministres ?

Au lendemain de cette annonce, aucun dispositif spécial de communication en direction de la population et des médias. Le ministre de la Santé serait toujours en vacances, laissant des cadres de son ministère en première ligne.


Au moins quatre ministres sont directement concernés par ce problème : l’Intérieur, l’Agriculture, les Ressources en eau et le Commerce. Comme leur collègue de la Santé, ils sont aux abonnés absents.

Par et
En partenariat avec TSA
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