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PolémiqueCGEM: coup de force contre Neila Tazi à la Chambre des conseillers

21.10.2018 à 18 H 18 • Mis à jour le 22.10.2018 à 03 H 46
Par Kenza Filali
Le patronat est de nouveau au centre d’une polémique qui ne cesse d’enfler. Un vote express aux allures de putsch a servi à acter le remplacement de sa représentante au bureau de la Chambre des conseillers. En ligne de mire, son poste de vice-présidente que la CGEM veut offrir à l’industriel Abdelhamid Souiri. Mais Neila Tazi réplique, mettant autant Hakim Benchamach que Salaheddine Mezouar devant leurs responsabilités

C’est une affaire « qui risque d’aller très, très loin », préviennent nombre d’observateurs au sein du patronat, mais aussi dans le Landerneau politique, tous interloqués « par son modus operandi et ses objectifs non avoués ».


Dans la foulée de la reconduction le 15 octobre de Hakim Benchamach à la présidence de la Chambre des conseillers, le groupe des sénateurs de la CGEM, a, dans une procédure expresse, voulu destituer Neila Tazi de son siège de représentant au sein du bureau du président. Une manœuvre menée en coulisses dans la perspective évidente qu’elle soit déchue de son poste de vice-présidente de la chambre haute, position qu’elle avait acquise par consensus sous le mandat de Meriem Bensalah-Chaqroun à la tête du patronat, après un accord politique passé avec le PAM au nom du principe de la parité.


Une lettre de protestation mise en sourdine

Les faits, tels que rapportés dans une lettre de protestation qu’a adressée Tazi le 16 octobre à son chef de groupe Abdelilah Hifdi, et dont Le Desk a obtenu copie, décrivent un enchaînement réglé comme du papier à musique, mais au scénario de Nuit des longs couteaux.



« La méthode employée est entachée d’absence totale de transparence, de rigueur et de rectitude, ce qui m’a conduit à quitter la réunion que vous avez convoquée d’urgence à cet effet », écrit Neila Tazi qui déroule le coup de Jarnac « prémédité » en deux actes :


Premier acte : le 12 octobre, alors que le roi Mohammed VI s’apprêtait à prononcer son discours devant le Parlement, le directeur du groupe CGEM, sur instruction de Hifdi, fait signer à Tazi, sur le pas de la porte de l’hémicycle, une feuille de présence comprenant la liste des membres du groupe patronal. Dans sa lettre, Neila Tazi s’interroge sur le procédé dont la précipitation lui a fait manquer de réaliser que cette signature était requise en application de l’article 47 du règlement intérieur. Un point déterminant puisqu’il servira à la ferrer plus tard, mais dont l’intéressée conteste la légalité aujourd’hui au vu de la manière avec laquelle ce paraphe lui a été soutiré.


Deuxième acte  : Tazi reçoit le 15 octobre un email « environ une heure avant la séance d’élection du président », l’invitant à tenir une réunion juste après la procédure de vote. Un conclave auquel elle se rend malgré un agenda chargé, et dont elle décrit « la confusion des débats » qui portent sur le représentant du groupe au bureau de la présidence. Selon nos sources, l’ambiance y est particulièrement fébrile. On y fait tourner, une fois de plus, une feuille de présence. Hifdi pose sur la table une urne non conventionnelle, sans isoloir comme l’exige pourtant la procédure. Les critiques fusent contre Tazi, prise entre quatre feux. On lui reproche notamment de « parler à la presse »  ! L’idée se précise : un vote est en train d’être improvisé alors que les palabres sont toujours en cours. Neila Tazi demande alors, par mesure d’apaisement, et pour « plus de transparence », un délai de réflexion, d’autant qu’en juillet, atteste-t-elle, cette question avait été « tranchée » et que décision avait été prise pour que « sa mission au bureau soit reconduite ». Elle quitte alors le conclave séance tenante, ce que confirment par ailleurs d’autres sources consultées par Le Desk au sein de la CGEM. Pourtant, rien n’y fera, les autres membres, qui se sont tous opportunément présentés pour la remplacer, cèdent leurs voix à Abdelhamid Souiri, patron de Tube et Profil et ancien président de la Fédération Métallurgie, dans une parodie de plébiscite.

 

Levée de boucliers contre Benchamach au PAM

L’opération, mal ficelée, doit alors être publiquement entérinée. Certains médias sont alors mis à contribution pour dire que l’affaire a été expédiée comme une lettre à la poste. Mais, invité à Matin Première, Zakaria Fahim, patron de Hub Africa, bombardé président de la Commission Sud-sud à la CGEM par son chaperon Salaheddine Mezouar, est interrogé par surprise par le journaliste Rachid Hallaouy. Pris au dépourvu, il bafouille, invente des raisons au départ programmé de Neila Tazi, parlant d’une « élection à mi-mandat », « d’un choix de mettre l’industrie au bureau ( !) », « d’une volonté de se mettre en retrait (…) de s’occuper de leurs entreprises », « d’une envie exprimée de passer à autre chose (…) Ca c’est fait en bonne intelligence, il n’y a pas de polémique… ». Bref, un cafouillage révélateur d’une gêne palpable au patronat, alors que la missive contestataire de Tazi à Hifdi était déjà connue de tous à la CGEM…



Les choses se compliquent d’ailleurs un peu plus pour le camp des putschistes. Si du côté de la CGEM, Salaheddine Mezouar, déjà chahuté pour avoir privilégié « affidés et obligés », dont Fahim, dans la distribution de maroquins au sein de l’organisation, aurait affirmé qu’il se garderait bien de s’immiscer dans les affaires des élus, Hakim Benchamach qui doit officiellement acter le sacre de Souiri à la vice-présidence dès ce lundi, fait face quant à lui à une véritable bronca au sein même de sa formation politique.


La question de la parité au centre de l’affaire

Et pour cause, pour nombre de pamistes, rien ne justifierait que l’on accorde le poste de vice-président de la Chambre à un suppléant de la CGEM. Le patronat qui ne dispose que de sept membres au Sénat n’y a pas droit mécaniquement, fait-on remarquer, pouvant au mieux hériter d’un strapontin de questeur, d’autres écuries partisanes ou syndicales, mieux représentées devraient passer devant en toute logique. Et surtout le PAM, qui n’avait concédé le fauteuil à Tazi qu’au nom de la parité. « Or, ce n’est pas une femme qui en remplace une autre, mais un candidat sorti du chapeau qui à l’époque de Horani s’était même opposé à la création du groupe CGEM à la chambre », commente un vieux routier du syndicat des patrons. Dans ce contexte électrique, Benchamach « vit des heures difficiles », déjà, Mohamed Habib Bentaleb, élu PAM de Marrakech, rue dans les brancards…


Ceux qui défendent cette élection revendiquent « sa pleine légalité ». « Neila Tazi a bel et bien signé cette feuille de présence et a assisté au vote qui a porté Souiri », réplique un proche de Mezouar qui la tacle à la carotide : « Nous n’avons pas vocation à faire de la lutte contre l’analphabétisme : Tazi savait ce qu’elle signait, elle doit accepter la volonté unanime du groupe, le président Benchamach compte d’ailleurs faire l’annonce solennelle de la désignation de Abdelhamid Souiri à ses côtés lundi à 11 heures suivant un pacte déjà conclu (…) Et puis, cette histoire de parité tourne à l’obsession, vraiment ! ».


Au-delà des arguties sur la tenue de ce vote, son timing organisé pour régler manifestement si vite l’affaire, les batailles intestines au sein de la CGEM autour de l’héritage de Bensalah-Chaqroun, c’est « une question de principe » qui demeure cruciale, autant pour les détracteurs de Mezouar que ceux de Benchamach, « si ce dernier décide de prendre le risque d’adouber ce procédé indigne ». Et sur ce plan, les soutiens de Neila Tazi sont catégoriques. « Cette situation est tout simplement inacceptable, Benchamach joue la cohésion de son parti dans cette histoire et Mezouar se défausse de ses responsabilités au sens politique du terme », martèle un de ses partisans. « Au lieu de jouer un rôle de tempérance et de conciliation, il laisse faire Hifdi qui constitue aujourd’hui sa planche pourrie, ferme les yeux sur le tissu de mensonges débités sur ce coup de force qui vise, il faut le dire et le répéter, la seule femme du groupe ! ». Car, « en plus des pratiques ignobles et des basses manœuvres qui entourent ce cas, c’est encore et toujours de la parité dans les institutions dont il est question », ajoute-t-il, promettant que la bataille est loin d’être finie…

Par Kenza Filali
Le Desk Newsroom