Connectez-vous

ou

Abonnez-vous !
60 DH

1 mois
Découvrir les offres
Newsroom

SociétéLe Maroc ignore l’appel mondial à l’interdiction des tests de virginité

14.12.2018 à 13 H 27 • Mis à jour le 14.12.2018 à 13 H 27
Par Javier Otazu Agencia EFE
Interrogé au sujet de l'appel lancé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) d'interdire les tests de virginité dans le monde entier, le porte-parole du gouvernement, Mustafa Khalfi a alors répondu, avec une certaine indifférence, que ces tests « ne sont pas obligatoires » dans le pays, rapporte EFE

Le gouvernement marocain a ignoré l’appel lancé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’interdire les tests de virginité dans le monde entier, alors que dans le pays ils sont pratiqués chaque fois qu’il y a un rapport de viol et qu’ils sont également habituels avant de nombreux mariages, rapporte l’agence espagnole EFE.


Le 17 octobre, l’OMS, appuyée par ONU-Femmes et ONU-Droits de l’homme, a lancé un appel mondial à l’interdiction du « test à deux doigts » pratiqué sur les femmes pour vérifier si leur hymen était intact. Sa valeur scientifique est nulle et ne peut pas prouver s’il y a eu pénétration ou non. Ces pratiques constituent des examens « douloureux, humiliants et traumatisants ».


Interrogé à ce sujet, le porte-parole du gouvernement marocain, Mustafa Khalfi a alors répondu, avec une certaine indifférence, que ces tests « ne sont pas obligatoires » dans le pays, rapporte EFE.


La représentante de l’OMS au Maroc, Maryam Bigdeli, a reconnu à EFE que son agence « n’a pas abordé cette question avec les autorités sanitaires » dans le pays après avoir passé presque deux mois et s’est cachée derrière le même argument que le gouvernement, affirmant « une pratique qui ne répond à aucune obligation légale ».


Cependant, il s’agit là d’une demi-vérité : l’article 488 du Code pénal dispose que ce que l’on appelle la « défloration » (ou perte de la virginité) constitue une circonstance aggravante dans tous les cas de viol et entraîne une condition aggravante des peines de prison pour l’agresseur.


Pour une suppression de l’article 488 du Code pénal

Par conséquent, chaque fois qu’une violation est rapportée sur une mineure ou sur une femme célibataire, la police, le procureur ou le juge ordonne le test d’hymen, généralement à la demande de la famille de la femme, afin d’aggraver la peine du violeur. Dans certains cas, c’est l’agresseur qui prétend prouver qu’il y a eu un faux rapport.


« Nous devrions commencer par demander un amendement au Code pénal et supprimer cet article, mais la vérité est que personne ne l’exige », explique à EFE le sociologue Abdesamad Dialmy, l’un des promoteurs de l’éducation sexuelle les plus en vue, « et c’est compréhensible : demandez aux médecins qui cessent de délivrer des certificats de virginité, considérés comme des promoteurs du libertinage et des relations sexuelles entre jeunes », a-t-il ajouté.


Pour sa part, Chafik Chraibi, gynécologue de premier plan et défenseur de la légalisation de l’avortement, se déclare totalement opposé à la pratique des tests de virginité, mais reconnaît que la question « n’est pas discutée par le corps médical » du pays.


Un test de virginité, pratiqué par un médecin généraliste ou un gynécologue, peut coûter le prix d’une consultation, entre 100 et 300 dirhams.


« C’est un test simple mais violent : le médecin sépare les jambes de la femme et lui presse le vagin. C’est une grande violence lorsque la jeune fille n’a pas d’expérience sexuelle », explique Soumaya Naâmane Guessous, membre de l’Association marocaine de sexologie et auteur de « Au-delà de toute pudeur », un classique de la sexualité au Maroc.


Guessous n’est pas étonnée que le corps médical ait été immunisé contre les appels de l’OMS : « Imaginez, dans les quartiers populaires de Casablanca, et en été, période des mariages, un médecin peut facilement faire entre 10 et 15 tests de virginité quotidiens », a-t-elle relaté à EFE.


« Et où est le secret professionnel, la protection de la vie privée ? », poursuit-elle, « le test est fait pour être communiqué immédiatement à la famille, en effet, il y a des médecins qui autorisent la mère ou la future belle-mère à assister au test de virginité pour prouver qu’il n’y a pas eu de tromperie ».


« Et le pire, conclut-elle, est que c’est une affaire de femmes », c’est-à-dire que ce sont les mères des futurs époux qui exigent la virginité des futures belle-filles.


Une pratique cependant en régression au Maroc

Tous les spécialistes consultés s’accordent à dire que ces tests sont pratiqués principalement dans des environnements modestes, à la campagne ou dans des quartiers urbains pauvres.


Dialmy soutient que la pratique est en régression car dans la société actuelle « l’hymen est le seul capital d’une femme pauvre, mais pas parmi les classes aisées, où d’autres actifs, tels que leurs études ou leur travail, gagnent en valeur ».


Le spécialiste attribue à l’Islam l’obsession de la virginité : « Dans le Coran, la femme idéale est la houria, la vierge qui n’a été touchée par personne : c’est l’idéal féminin ».


Guessous, pour sa part, estime que l’idée de « femme pure » ne vient pas de la religion, mais de ce qu’elle appelle la mentalité arabe patriarcale : « La valeur suprême de l’homme est la virilité, celle de la femme, la virginité. Pour le mariage, l’homme présuppose des expériences sexuelles, mais pas la femme » , conclut-elle dans son entretien à EFE.

Par Javier Otazu Agencia EFE
Le Desk Newsroom