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PatronatCrise à la CGEM: Mezouar sous le feu avant le Conseil du 10 janvier

04.01.2019 à 22 H 22 • Mis à jour le 04.01.2019 à 22 H 34
Par Ali Amar
Alors que la démission d’Ahmed Rahhou du bureau de la CGEM bouscule la tenue du Conseil de la CGEM prévue le 10 janvier, une réunion du groupe parlementaire convoquée pour lundi par Salaheddine Mezouar et durant laquelle devaient se faire face Abdelilah Hifdi et Neila Tazi, a été reportée sine die. Forte d’une pétition de soutien qui flirte avec les 5000 signatures, cette dernière a saisi de son côté le Conseil constitutionnel sur la question de la parité…

Tenue secrète depuis le 13 décembre et révélée par Le Desk le 2 janvier de source très proche de Salaheddine Mezouar, la démission de Ahmed Rahhou du bureau de l’organisation patronale, où il occupait le poste de vice-président chargé de la compétitivité et de l’environnement des affaires, continue de créer des remous à quelques jours de la tenue d’un Conseil d’administration à hauts risques programmé pour le 10 janvier.


Pour éteindre l’incendie, un « proche du président » a affirmé à TelQuel que l’affaire Neila Tazi, objet du mécontentement de Rahhou, a été « surmédiatisée », s’agissant d’un « faux-problème qui occupe l’espace public » au détriment des « thèmes sur lesquels la CGEM travaille ».

  

Rahhou « en dépression », Rahhou « très pris »…

La même source a ainsi affirmé que « le président Mezouar veillera à ce que Rahhou, une force de proposition et d’action à nulle autre pareille doublée d’une pièce maîtresse de l’organisation patronale, demeure à bord. Il fera tout pour le retenir ». Pourtant, contacté directement par Medias24, Ahmed Rahhou confirme avoir pris ces distances « sans pour autant donner de précisions sur les motivations de cette démission ».


Un mutisme qui fait dire à des sources autorisées de la CGEM que l’attitude du président de CIH Bank ne serait pas directement en lien avec son accrochage verbal avec Hifdi. Depuis ce vendredi, on laisse même entendre par ailleurs que Rahhou serait entré « en dépression depuis qu’il a vu ses ambitions avortées à la tête du Conseil économique et social ». « Il a reçu un coup de massue en apprenant la nomination d’Ahmed Chami à la présidence du CESE, il boude ses réunions depuis cette date alors qu’il y était assidu à un rythme hebdomadaire », lâche-t-on dans les premiers cercles du patronat.


Seul à sortir du bois, Fayçal Mekouar, vice-président général de l’organisation patronale, apporte une tout autre explication et tout aussi inattendue. Il a catégoriquement nié dans un entretien avec Médias24 les raisons du départ d’Ahmed Rahhou avancées jusqu’ici. « La démission d’Ahmed Rahhou n’a rien à voir avec Abdelilah Hifdi. Nous avions convenu depuis le début de notre mandat qu’il allait rester momentanément dans le bureau de la CGEM », a-t-il indiqué évoquant « une sorte de convention dès le départ pour qu’il apporte momentanément sa contribution (…) à la CGEM (…). Etant PDG d’une banque et membre actif au CESE, M. Rahhou est très pris », explique Mekouar. Si tel était le cas, pourquoi Rahhou, principal concerné, s’est défendu de tout commentaire ? Pourquoi ne pas l’avoir annoncé en amont ?


Réagissant à un précédent article du Desk évoquant la mainmise sur le patronat par Abdelilah Hifdi, président du groupe parlementaire qui a orchestré le putsch contre Neila Tazi à la Chambre des conseillers, la source citée par TelQuel, affirme qu’il « n’est pas le boulet de Mezouar, d’ailleurs (…) les deux hommes déjeunent régulièrement ensemble et observant une sorte de pax romana, Mezouar utilisant Hifdi comme une sorte de porte-flingue, un homme des sales besognes », empruntant un langage digne de la mafia.

 

Une réunion de conciliation finalement reportée

En clair, Mezouar et Hifdi seraient parfaitement synchro dans l’affaire de l’éviction de Tazi de la vice-présidence de la Chambre des conseillers. Le président de la CGEM aurait donc, de l’aveu d’un de ses proches, acquiescé à la méthode pour le moins brutale employée contre Tazi au motif qu’elle « était entrée en dissidence avec la nouvelle présidence de la confédération ».


Ce storytelling à plusieurs bandes cache mal en réalité l’ascendant qu’a pris Hifdi sur Mezouar qui observe lui aussi un silence de mort alors que la CGEM vit un profond malaise. Alors qu’il a demandé à Jaouad Hamri d’occuper le siège vacant de Rahhou au « climat des affaires » en attendant son hypothétique retour, Salaheddine Mezouar s’est timidement employé en coulisses à manier la chèvre et le chou pour atténuer les tensions. Selon nos informations, il a convié dans ce sens les membres du groupe parlementaire de la CGEM à « une réunion de la concorde » lundi 7 janvier. Finalement, ce premier face-à-face entre Hifdi et Tazi sous les auspices du président depuis le déclenchement de la crise a été officiellement ajourné « pour cause d’agenda ». 


La Cour constitutionnelle saisie pour « éclairer le droit »

Sur le front de la question de la parité, et alors qu’une pétition en défense de Neila Tazi flirte avec les 5000 signatures, celle-ci, selon nos sources, a saisi dès le 15 novembre le Conseil constitutionnel. Objectif : « éclairer le droit » sur l’esprit de l’article 19 de la Constitution pour confirmer si sa traduction dans les faits tient de la réalité ou du vœux pieux. « Au delà de la menace que Hifdi constitue avec ses méthodes d’un autre âge dont il se gargarise dans la presse, se vantant de sa filiation avec Driss Basri, notamment dans ses velléités de noyauter les régions, c’est aussi son dédain pour la place de la femme dans la société dont il est question dans cette affaire », lance une pétitionnaire, militante associative. Une « misogynie » dont il a fait preuve « en entravant la nomination d’une autre femme, Nabila Freidji, à la vice-présidence de la CGEM, en remplacement de Hakim Abdelmoumni, parti diriger la fédération de l’automobile », commente une autre source patronale.


« Pister l’argent opaque de la Chambre »

Les dessous de l’éviction de Tazi fomentée par Hifdi trouvent aussi leur origine au niveau des petits arrangements menés par Hakim Benchamach pour se maintenir à la présidence de la deuxième Chambre. Selon des sources pamistes interrogées par Le Desk, ce n’est qu’à la faveur d’un deal byzantin avec ses appuis et partisans qui devait consacrer l’Istiqlalien Abdessamad Qayouh à la vice-présidence du Sénat qu’il a pu rempiler. « Déjà pour son premier mandat, Benchamach n’avait pu emporter le poste que d’une voix avec l’appui total de la CGEM », rappelle un parlementaire qui ajoute : « Il n’avait pratiquement aucune chance pour ce second mandat alors que le PAM est en déconfiture depuis le départ d’Ilyas El Omari et que Benchamach traîne casseroles sur casseroles… ». L’accord conclu avec Hifdi, comprenant la neutralisation de Tazi, « trop titilleuse », lui a ainsi permis de sauver la mise. Et pour cause, il a réussi dans la foulée à imposer son collègue du PAM, Larbi Mharchi en tant que questeur en s’assurant de n’avoir que des affidés (dont Hifdi) à la fameuse « Commission 13 », celle-là même qui doit scruter les comptes de la Chambre et dont le rapport d’audit financier n’a jamais vu le jour. « Il faut pister l’argent de la gestion opaque de l’institution pour bien saisir les enjeux cachés qui impliquent aujourd’hui la CGEM », insiste cette source parlementaire.


Un scandale en lien avec l’OFPPT à venir ?

Toujours dans le registre de l’argent, l’activisme de Hifdi, que ce soit à la Chambre ou à la CGEM sur fond d’intérêts particuliers, suscite beaucoup de commentaires qui font remonter à la surface ses propres affaires personnelles, voire ses supposées turpitudes. Il est ainsi question de ses anciennes accointances avec Larbi Bencheikh, ex-patron de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) limogé en 2017 pour sa gestion catastrophique du secteur.


Selon des sources internes à la CGEM, la fédération du transport et de la logistique présidée depuis une quinzaine d’années par Hifdi a été particulièrement choyée par les largesses de l’OFPPT. « Le groupement interprofessionnel d’aide au conseil (GIAC) rattaché à cette fédération a capté l’essentiel des fonds octroyés par l’OFPPT qui ont profité en grande partie à l’Institut supérieur de transport et de la logistique (ISTL), appartenant au même Hifdi », glisse un transitaire de premier plan qui a cependant souhaité garder l’anonymat, tant le sujet est sensible : début octobre le roi Mohammed VI avait personnellement pris à bras le corps le sujet de la formation professionnelle dans le sillage de son discours du 20 août, traçant un nouveau cap au gouvernement et à Loubna Tricha, nouvelle patronne de l’OFPPT dont la mission première est de nettoyer les écuries d’Augias laissées par son prédécesseur. Autant dire que le Palais suit le sujet comme le lait sur le feu… 

Par Ali Amar @MarocAmar
Le Desk Newsroom