Connectez-vous

ou

Abonnez-vous !
60 DH

1 mois
Découvrir les offres
Newsroom

Plan socialRAM: 65 pilotes licenciés, l’AMPL dénonce un «nettoyage social» ciblé

27.08.2020 à 20 H 24 • Mis à jour le 27.08.2020 à 20 H 33
Par
Pour « dégraisser le mammouth », le P-DG de la Royal Air Maroc, Hamid Addou, vient de licencier 140 salariés, dont 65 pilotes. Une décision qui suscite la colère de l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) qui dit faire l’objet d’un « ciblage » et d’un « nettoyage social ». Les détails

Branle-bas de combat à Royal Air Maroc. Moins de dix jours après avoir reçu le feu vert de la gouverneure de Hay Hassani pour procéder à des licenciements économiques, la compagnie nationale passe à l’action. 140 salariés, dont 65 pilotes, ont ainsi reçu une lettre de licenciement notifiée par Me Bassamat Fassi-Fihri, avocate mandatée par RAM.


Une vague de licenciement qui n’est pas sans provoquer l’ire de l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL). « Je vous rappelle que la procédure de licenciement collectif pour motif économique menée par la RAM est entachée depuis son lancement de multiples vices de forme et de fond qui ont été portés à plusieurs reprises à votre attention ainsi qu’à celle du gouverneur et de l’Etat par les représentants des pilotes. Tout licenciement qui serait la conséquence de ce simulacre de procédure est donc nul de plein droit », présente un courrier de réplique adressé individuellement le 26 août par les pilotes licenciés à Hamid Addou.


Dans le viseur, d’abord « la lettre en date du 25 août 2020 signée par Me Bassamat Fassi-Fihri reçue sur ma boite mail professionnelle et qu’il m’est difficile de qualifier de lettre de licenciement économique même si elle se présente comme telle. » Lettre dont les destinataires disent contester « formellement non seulement les termes mais aussi la validité et l’opposabilité. »


Et d’égrener leurs arguments : « La lettre de licenciement doit nécessairement émaner de l’employeur et non d’un tiers fut-il avocat et ce d’autant plus qu’une jurisprudence constante refuse à l’employeur de déléguer la gestion des licenciements notamment les séances d’écoute (prévue par l’article 95 du règlement interne) donc à plus forte raison le licenciement. »


« Irrégulière dans la forme puisque même en suivant l’approche singulière d’un mandat de licencier donné au nom et pour le compte, le mandat en question n’est pas joint à la lettre et ne peut pas être présumé puisqu’il ne s’agit pas d’une situation de représentation judiciaire mais d’une procédure de licenciement encadrée par la loi et les conventions OIT (Organisation internationale du travail) que le Royaume du Maroc a pourtant ratifiées », poursuivent-ils, en soulignant d’autres « irrégularités » qui rendraient, à leurs yeux, la procédure « dépourvue de toute validité et donc privée de tout effet juridique. »


Contactée par Le Desk une source proche de Hamid Addou estime qu’il s’agit « d’une polémique infondée ». « L’avocat peut représenter son client dans toutes les procédures sauf quand il s’agit d’attaquer en faux un document ou de prêter serment, et ce en vertu du dahir réglementant la profession d’avocat », explique-t-on. « Me Bassamat Fassi-Fihri peut bien entendu notifier au nom du client une lettre de licenciement dès lors qu’elle a un mandat général. De toute façon, on arrivera devant un tribunal où on répondra sur ce point. »


L’AMPL victime d’un règlement de comptes ?

Comment Hamid Addou a-t-il choisi les « candidats » au licenciement économique ? Pour l’association des pilotes de ligne, c’est là que le bât blesse. « C’est un nettoyage social, un règlement de comptes en bonne et due forme. Rien n’a été respecté, ni les accords, ni le droit ni la loi. Il y avait un ciblage précis de certaines personnes. C’est un travail de sniper », fulmine le président de l’AMPL, Hicham Falaki, qui fait, lui aussi, partie du lot des licenciés.


Un « ciblage », affirme une autre source, « de ceux qui portent la contestation (pilotes et personnel au sol) ». Celui-ci en veut pour preuve que « seuls 10 % des licenciés sont ‘’neutres’’ ». « Le choix, selon la loi, se fait selon l’ancienneté, la situation familiale, la notation de l‘employeur… Or, cette règle n’a pas été respectée », affirme pour sa part Falaki.


Leur recours ? « Les pilotes sont déterminés à porter le problème au niveau du ministère de l’Intérieur », poursuit notre source. Une demande d’audience est d’ailleurs envisagée avec Abdelouafi Laftit. « Nous avons l’obligation de travailler, contrairement à la RAM, dans le cadre de ce que nous permettent la loi et le droit (…) Nous croyons en l’Etat de droit. Nous allons saisir toutes les institutions qu’il est possible de saisir, Sa Majesté en dernier recours »…


Selon l’association, le feu vert donné par la gouverneure Khadija Benchouikh ne serait pas conforme à la loi. « Sa mission est d’entreprendre toutes les démarches en vue d’éviter le licenciement. Or, tout a été fait en dix jours. Elle n’a même pas réuni les parties. »

 

Un plan coûteux pour la RAM ?

L’article 70 du Code du travail dispose que les salariés licenciés bénéficient « des indemnités de préavis et de licenciement ». Selon l’Economiste, « l’opération des licenciements économiques de la Royal Air Maroc aura coûté en moyenne 4 millions de DH nets par personne. » Les pilotes, eux, auraient perçu « entre 5 et 7 millions de dirhams nets chacun », ajoute le quotidien économique qui précise qu’« entre les DVD et les licenciements économiques, la compagnie a décaissé 360 millions de DH. »


« Faux », rétorque l’AMPL. « Ils parlent des collègues qui sont partis dans le cadre d’un départ volontaire. Nous ne sommes pas concernés par ces chiffres », conteste Hicham Falaki. « Il y a un jeune, marié et père de deux enfants, qui part avec zéro dirham et qui doit, en plus, rembourser un crédit pour formation de 1,3 millions », illustre-t-il.


La controverse et son grand déballage ne font que commencer. « On ne tire pas un trait sur une centaine de personnes sans conséquences sous couvert de crise du Covid-19. On veut laisser croire que les maux de la RAM viennent d’un surcoût de ses pilotes, mais la réalité est tout autre », prévient-on au sein de l’AMPL…

Par
Le Desk Newsroom